MARIE JACQUES LAVAL PANGLOSE
G.O.S.K
AMI ET ÉLÈVE DU GRAND E

« Avez-vous observé parfois, dans le désert, ces pierres transparentes qui se forment là où la foudre est tombée ? C’étaient des pierres opaques. La foudre les a vitrifiées.

Ils méditèrent l’image.

Quelle est cette foudre?

La révélation qu’apporte la lumière. »

Gérald Messadié : L’Affaire Marie Madeleine ed. Poche p. 265-266.

L’ÉNONCÉ

 Tout Être qui s’aime, se questionne, puisque réflexion lui-même, reflet du Créateur : Imago Dei. Il est un penseur absorbé dans l’incarnation terrestre cherchant la réalisation de son essence: Deus. Tout Être veut retrouver sa divinité, redevenir Dieu, pas en pensée passive, mais de plein escient.  Si, le temps pesant on l’a oublié, on doit vitrifier sa pierre.

LA THÈSE

C’est Descartes qui fit l’annonce. Cogito ergo sum. Je pense donc je suis. René Descartes, mathématicien, qui guerroyait pour le prince Maurice de Nassau, maniait habilement l’épée de sa pensée de croyant. Il disait que s’il doutait de quelque chose, alors il y avait bien un résidu qui se livrait au doute et puisque ce reste était lui, donc il existait. La question reste ceci: la pensée dépend-elle de l’existence ou est-ce l’inverse?

Ces deux choses doivent se départager. Mais cela est-il possible?

Pour trancher il importe de définir ce qu’est la vie.

Cette dernière ne veut pas dire naître, s’incarner en l’Homme. Elle est, en revanche, le don du Créateur, MonSeigneur, QUI, en disant : ‘Sois’ en imaginant un Être le fait apparaître, donc se manifester. De pensée intérieure il jaillit parole formée. La vie provient de la pensée divine. Chaque Être est la manifestation volitive unique d’une pensée de MonSeigneur. Chaque Être est spécifique.

Cela semblerait donc dire que la vie vient de la pensée. La réponse est que quand c’est MonSeigneur QUI crée, oui, cela s’entend.

 Mais une fois un Être créé, alors il pense. La pensée l’attise. Les mythologies diverses enjolivent l’idée de manière très spectaculaire.

Ainsi chez les Grecs Pallas Athene sort de la tête de Zeus, représentant la victoire: Athene-Niké, tandis qu’en Inde Shatarupa-Saraswati naît de la scissiparité de Brahma qui, alors, s’éprend d’elle et elle le trouve partout. MonSeigneur est victoire ainsi qu’Amour éternel omniprésent. Voilà ce qu’indiquent de façon poétique et imagée ces mythes possesseurs de vérité. Sous cet aspect on dit que MonSeigneur réside en toute chose et que rien ne peut avoir d’existence sans LUI. Cependant bien qu’étant en tout IL ne dépend de rien.

Cette idée que tout ce qui existe, toute création ne provient que de MonSeigneur se retrouve aussi chez Abu Hamid Muhammad al-Ghazali, dit Al-Ghazali, grand philosophe de Tûs en l’ancienne Perse dans les années 1058 à 1111. Dans le Michkat Al-Anwar,

Le Tabernacle des Lumières, traduit par Roger Deladrière aux éditions du Seuil: Points Sagesse 1981, page 52, c’est écrit: » En effet, toute chose autre que LUI, considérée dans son essence et en tant que telle est pur néant. Tandis que, si l’on considère la face(wajh) par laquelle l’existence se communique à elle à partir de l’UN vrai, on la voit comme existante, non pas dans son essence mais par la face de son existantitateur, de sorte que l’existant est uniquement la face de Dieu. » 

En existence, l’Être débute ses activités. Il détient le libre arbitre de choisir comment connaître la vie: soit en tendant vers des univers subtils soit en s’englobant dans la matière dense. Il est libre et de là son reflet divin. Rien ne le contraint. Le merveilleux serait de ne pas s’incarner mais de s’améliorer en acquérant au fur et à mesure les attributs divins. Certains, cependant choisissent l’humanité comme expérience. Et nous en sommes, qui avons voulu connaître la prise du corps, l’influence des astres, la lente succession du temps, l’illusion des sens. En sanscrit cela se nomme Maya. C’est raconté comme l’histoire d’un couple qui approche la berge d’une rivière au bord de laquelle il s’assied. L’un des deux veut nager pour aller du côté opposé, ce que se refuse à faire l’autre qui préfère simplement regarder la rive d’en face de loin.

-“Prends garde,” dit-il à son compagnon, “ il est dit que plus tu vas vers l’autre bord, plus tu oublies ce côté, plus tu nous délaisses.”

-“ Jamais,” répond l’autre, “tu es partie de moi. Comment t’oublier?”

Et il plonge dans les ondes sous le regard tendre et aimant de celui qui reste. Le nageur, une fois dans les flots, en combat la densité, s’avance péniblement, n’a d’attentions que pour sa lutte vers la berge qu’il veut atteindre. Après bien des efforts l’y voilà, mais soudain isolé dans un monde inconnu. Cherchant la rive d’où il vint, il n’en voit plus les contours et même son souvenir de son ami est fugace, lointain, indiscernable.

Il lui faut maintenant reprendre le chemin du retour qui ne se trouve plus dans les flots franchis. Son accès est sinueux, déroutant. Dorénavant il faut le chercher à travers la nouvelle contrée tout en y cueillant les diverses expériences éprouvées pendant ce parcours. C’est le chemin terrestre dans la condition humaine. L’Être croit maintenant que toute réalité ne se résume à ce qu’il voit et ressent à travers son nouvel aspect: le corps.

L’ANTITHÈSE

Certains, prenant appui sur les sens, affirment que la réalité ne se trouve que dans ce que perçoit le cerveau, sans lequel rien ne se saisit. Ils ne croient que ce qu’ils peuvent ressentir, voir, toucher. L’argument mis en avant dit que personne ne revint de l’au-delà pour en raconter les mystères. Ce qui est donc certain demeure le fait que la vie s’arrête quand le dernier souffle est poussé.

Même le droit stipule de façon claire cette idée. Ainsi la maxime est mise à l’avant et elle dit: “ Le mort saisit le vif” pour expliquer les successions. Celui qui vit encore sur Terre prend la place du disparu et s’il n’existe personne pour combler le vide, l’État, entité fictive, sauf pour les besoins du droit, s’empare de tout. Voilà pour les réalités tangibles.

LA SYNTHÈSE

Dans le Svetasvatara Upanishad, septième édition publiée par Sri Ramakrishna Math, Mylapore, Madras, commenté par le swami Tyagisananda, parlant de Jiva, l’âme, le Sage dit: « Deux oiseaux au brillant plumage, deux amis inséparables habitent le même arbre. Un en mange les fruits avec délice sous le regard de l’autre qui ne mange pas. »

Ce passage poétique explique le concept de l’Homme. Sous son action de tout instant, aux prises avec le torrent quotidien, l’Homme demeure impassible mais attentif à sa nature divine qui observe. C’est son âme, cette image de MonSeigneur, qui ne peut défaillir.

Il est usuel, pour l’Homme, d’entretenir des pensées continuellement, appréhendant les situations qui s’enchainent dans le fil du temps comme si la personnalité ne se résume qu’à une succession de réactions. C’est le quotidien de l’incarné. Mais comme le torrent glisse sur son lit, ainsi les pensées bougent en kaléidoscope sur la lumière qu’est l’âme. Et le temps échappe au contrôle de l’Homme. Il reste un dur combat d’en vaincre l’écoulement car il faut une détermination assidue pour garder son identité dans un corps vieillissant.

Dans le Tarot, la lame VII imprime le mouvement tassé de cette lutte, de cet élan gardé sous maîtrise. Elle est connue sous le nom du Chariot. Toutes les lames sont en fait des équations s’ajustant aux possibilités du devenir. Celle-là peut se résoudre par l’explication qui dit : « Spiritus Dominat formam. » Traduite en français elle exprime l’axiome que l’esprit vainc la forme. L’image sur la lame, dans la version Hermétique, est celle d’un chevalier sur son char menant des sphinx, représentant l’idée d’une grande force intérieure tenant en laisse le feu de l’action afin de mener à bien la mission du retour vers MonSeigneur. Chez Aleister Crowley, les deux sphinx sont remplacés par quatre figures ressemblant aux symboles des quatre évangiles. La victoire pour l’homme est de monter aux cieux, telle l’ascension pour Le Christ. Le mouvement sur la lame est comme figé car l’effort pour y arriver est mesuré, mais continu. La flèche dans le vent est immobile.

L’essentiel pour l’Être reste de toujours garder en mire sa finalité sans se perdre dans une forêt de rituels. Ces derniers sont importants pour la mise en condition de l’Être quand il est dans la chair de l’Homme. Cependant quand les rituels prennent le pas sur le but, l’étoile est chavirée, l’énergie dissipée, le retard accumulé. Mais quand tout s’accorde, l’harmonie mène l’Être gracieusement vers son éveil.

Toujours dans le Svetasvatara Upanishad, tout au début, le Sage pose la question du destin de l’Homme ainsi:

« Ceux qui étudient Brahma se demandent : Quelle est la cause première? Est-ce Brahma? Pourquoi naissons-nous? Pourquoi vivons-nous? Quel est notre refuge final? À qui obéissons-nous, nous qui connaissons Brahma, dans notre soumission à la loi du bonheur et du malheur? »

Voilà la réponse donnée dans le même poème au chapitre cinq versets douze et treize:

« L’Être incarné choisit plusieurs formes, grossières et subtiles, dépendant de ses qualités inhérentes, ses actions et son intellect. La cause de la combinaison en est tout autre.

 Ayant atteint l’accomplissement de devenir celui qui n’a ni commencement ni fin, qui crée le cosmos du chaos, qui prend plusieurs formes et qui seul enveloppe tout, Celui-là se libère de toute entrave. »

En d’autres termes, L’Être devient partie agissante de Dieu. Tel est notre destin.