« Il Saggiatore a finalement écrit l’histoire. Après 78 années d’attente, il émule avec panache la fabuleuse jument Winking, détenteur des 4 classiques en 1934. Le super-cheval auréole sa saison incroyable d’un titre de Cheval de l’Année, étant certainement le meilleur qu’on ait vu jusqu’ici ». Ces lignes auraient pu être écrites. Elles ne le seront jamais… Et pourtant. Lors du Barbé 2012, Il Saggiatore convergeait au panthéon des grands. Il Saggiatore, le livre de l’astronome Galileo, parla des comètes en 1623 et Turf Magazine titrait à juste titre « Il Saggiatore tel un météore ». Fils de Galileo, Il Saggiatore, tel un objet céleste, fila le long d’une ligne droite extraordinaire, dans une atmosphère de délire, où de parfaits inconnus s’entrelacèrent, moi compris, scandant « Saggiatore ! » Il nous ouvrit les yeux sur la possibilité d’un Grand Chelem grandiose : Duchesse, Barbé, Maiden, Coupe d’Or. On se demanda qui pouvait arrêter Il Saggiatore ?
Mais ce fut au terme d’un calendrier mal inspiré, dessinant les traits d’une course mal gérée, que l’on fut témoin d’une des plus grandes déceptions hippiques. Acheté en vue du Maiden et avec deux classiques déjà, l’après-Barbé parfaite aurait été le Bicentenaire, le Golden Trophy, le Maiden et la Coupe d’Or. Alors pourquoi la deuxième manche du championnat des 4-ans à une semaine du Bicentenaire ? L’objectif Bicentenaire avait un apport sentimental indéniable pour l’écurie Gujadhur. Le regretté Ton Mica disait en 1993 qu’il espérait « que la famille sera toujours présente quand le Club fêtera ses 200 ans en 2012. » Je persiste à croire qu’on aurait vu la victoire d’Il Saggiatore aux dépens d’Ice Axe, qui débutait, s’il n’avait pas couru quelques jours avant, avec 61 kg.
Le cas Burke suite au Golden Trophy est à souligner. Bernard Delaître dans l’éditorial de Turf Magazine écrivait judicieusement : « On pourrait reprocher à Robbie Burke son manque d’initiative dans cette course. Mais que se serait-il passé si, en le faisant, il avait quand même été battu ? » Simple prémonition ? Glen Hatt, voulant forcer la main dans le Maiden, mais surtout éviter le manque d’initiative ultra-reproché à l’ancien jockey, força Il Saggiatore dans une impasse coûteuse, entre Ice Axe et Super Storm, à 300 mètres de l’arrivée. Le résultat fut une blessure grave à 20 secondes du but. Oui, Robbie Burke faillit dans la course préparatoire, mais le courage du cheval, terminant à une demi-longueur malgré le coup, démontre à mon avis qu’il aurait remporté le Ruban Bleu si sa course fut limpide et non précipitée dans la partie cruciale. Et la Coupe d’Or aussi.
L’entraîneur Ramapatee Gujadhur disait après la Coupe d’Or que « à 99,9 % on ne le reverra pas en action cette saison. » Mais deux semaines après une performance titanesque, compte tenu de sa préparation délicate et de sa forme douteuse, Il Saggiatore dut courir un 2200m avec 61 kg pour accrocher un titre de Cheval Champion. Et cette Coupe des Présidents ne fit qu’entacher un coursier qui se retrouvait graduellement. Il Saggiatore termina dernier, avec une blessure de surcroît. Joey Ramsden, l’ancien entraîneur d’Il Saggiatore, avait exprimé sa « surprise voyant le nombre de fois que le cheval a couru depuis qu’il est à Maurice. »
Il Saggiatore deviendra-t-il un deuxième Acuppa en 2013 ? Tel un héros shakespearien, disparaîtra-t-il malgré toute sa classe ? Mais j’ai l’espoir qu’il réalise une triple couronne Barbé-Maiden-Coupe d’Or. Pour y arriver, sa saison devra être vue méthodiquement, ses priorités établies, sa préparation soigneusement faite. Et ainsi sa progression s’accentuera, et il remportera ce titre de Champion qu’il mérite… Parce que pour un cheval qui fut le porte-drapeau de tant de promesses, il est inconcevable qu’il termine dans l’abysse des oubliés. Et parce que son nom signifie l’Essayeur, en 2013, Il Saggiatore essaiera encore.