Il y a 125 ans de cela, l’industrie sucrière étant le pilier de l’économie de Maurice et les constructions de maison fragiles, la population était en général très angoissée par la saison cyclonique qui ne s’était alors jamais étendue au-delà du 12 avril. Mais, alors même qu’ils pensaient enfin pouvoir aspirer à des jours plus tranquilles, voilà qu’un 29 avril, les habitants furent pris au dépourvu par un cyclone meurtrier. Bilan : 1 200 morts et 4 000 blessés à travers le pays. Si le tableau des rafales du Weather and Climate of Mauritius ne peut que donner une estimation de 225 km/h pour les rafales (l’anémomètre fut endommagé), selon les calculs de l’ingénieur Régis de Chazal, le cyclone aurait entraîné des rafales de 275km/h contre 280km/h pour Gervaise en février 1975.
En dépit d’un Observatoire de première classe (le Royal Alfred Observatory, qui se trouvait à Pamplemousses), en dépit des meilleurs outils météorologiques disponibles pour l’époque, en dépit d’autre part de toute l’expérience du directeur qui était nul autre que le Dr Charles Meldrum, membre de l’Académie des Sciences d’Angleterre et dont les travaux, publiés dans les revues scientifiques, étaient reconnus au niveau international, ce dernier n’a pu prévenir la population de la violence meurtrière que cachait un temps qui, la veille encore, n’affichait aucune détérioration. En effet, le 27 avril, deux jours avant, alors que la mer grossissait sur la cote nord, l’Observatoire prédisait un mauvais temps sans pour autant crier au loup. Le 28 avril, l’Observatoire confirme la présence d’un cyclone au nord ouest de l’île mais n’y voit aucun danger de plus. Et, même lorsque le temps se dégradera rapidement au courant de la matinée du 29 avril, le Dr Meldrum ne se rangera pas de l’avis de ses assistants qui estimaient, eux, que le danger était bien là. Pour le Dr Meldrum, l’île allait simplement connaître une forte bourrasque mais s’en sortirait. Il était loin de prédire la force de destruction que recelait ce mauvais temps. Et, lorsqu’enfin le cyclone affirme sa toute puissance sur l’île en fin de matinée et que le Dr Meldrum s’en rendit compte, il était déjà trop tard pour alerter les autorités et la population, les fils télégraphiques étant alors déjà brisés.
Il faut savoir qu’en 1892, qu’importe l’expérience du Dr Meldrum et les meilleurs instruments dont il disposait, il n’y avait pas d’images satellitaires, d’observations en temps réel de la situation météorologique dans les îles avoisinantes. Le scientifique ne pouvait que compter sur le baromètre et la force de direction du vent et sur son propre jugement. Lequel, n’a pas été le meilleur ce jour-là.
Les rafales se firent de plus en plus violentes jusqu’en début d’après-midi après quoi survint un calme : c’était le centre du cyclone. Ignorant cela, d’aucuns avaient recommencé à vaquer à leurs occupations et à sortir dans les rues. Avant que ne reprenne les bourrasques peu après 15h pour atteindre leur paroxysme, ravageant pratiquement tout : maisons, feuilles de tôle blessant et tuant des gens… Dans la capitale, les dégâts se verront partout : des édifices publics et privés endommagés quand ils ne sont pas complètement ravagés à l’instar du Couvent des Soeurs de Charité et la partie centrale du Collège Royal. Des navires échoués dans la rade alors que la coupe est réduite à moitié. Au total, on dénombrera 1 200 morts et 4 000 blessés à travers le pays.
On ne peut qu’avoir une estimation de la vitesse des rafales car l’anémomètre de l’Observatoire mesurait seulement la vitesse moyenne du vent qui fut à 142 km/h, ce qui équivaut à 225 km/h. Mais, se basant sur l’Obélisque Malartic au Champ de Mars qui fut endommagé à mi-hauteur pendant la deuxième partie du cyclone, l’ingénieur Régis de Chazal estime que les rafales ont dû être de l’ordre de 275 km/h, ce qui est comparable à Carol (255 km/h à Médine) en février 1960 et à Gervaise (280 km/h à Mon Désert Alma en février 1975).
En vue de rappeler ce cyclone d’une violence inhabituelle survenu il y a 125 ans de cela, Le Mauricien y consacrera la semaine prochaine un dossier spécial en plusieurs volets sous la signature de Jacques Pougnet. Pour rappel, notre journal avait présenté un autre dossier sur ce cyclone à l’occasion des 100 ans de ce jour tragique, en 1892.