Cette année 2012 qui ne fait que démarrer marquera la commémoration du 25e anniversaire de deux évènements dramatiques majeurs dans l’Histoire contemporaine du pays. D’abord, la confirmation, le 11 septembre 1987, d’un premier cas de VIH/sida à Maurice. Ensuite, le crash, le samedi 28 novembre de la même année, du Boeing 747 Combi de la South African Airways (SAA) à 125 milles nautiques à l’est du pays. Deux évènements tragiques qui, à l’époque, ont profondément marqué les esprits et fait couler beaucoup d’encre. Dans ce deuxième numéro de cette nouvelle année, Week-End revient sur ces deux drames.
Vendredi 11 septembre 1987 : en pleine ambiance euphorique du Festival de la Mer, l’opinion publique locale mal préparée apprend, avec stupeur, la terrible nouvelle: l’île Maurice compte son premier cas confirmé d’une patiente atteinte du VIH//sida. « It’s not a social disgrace or whatsoever: the point is that you have to face the fact that something is coming up to you », avait déjà prévenu à Week-End au mois d’avril précédent le Dr Tino Schwarz, virologiste allemand dépêché dans l’île par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour procéder à de tous premiers tests de dépistage de la terrible maladie sur des groupes à risques.
La victime, Mme X, la soixantaine, fut admise le 3 septembre à l’hôpital des maladies pulmonaires de Poudre d’Or. Elle fut soumise à des traitements appropriés mais, au fil des diagnostics, ses médecins traitants découvrent qu’elle présente des symptômes apparentés au sida. Un premier test sanguin effectué le lundi 7 septembre au laboratoire central de Candos révéle que la patiente est séropositive. Toutefois, comme le veut alors la pratique, un échantillon de son sang est envoyé à un laboratoire de Munich, en Allemagne, pour de nouveaux examens. Et c’est de là que vient, le vendredi 11 septembre 2011, la confirmation: Mme X est bel est bien porteuse du VIH/sida.
Dès le mardi 8 septembre, alors même que la nouvelle d’un cas suspect de VIH/sida se répand dans le village de Poudre d’Or et avant l’émission d’un premier communiqué officiel du ministère de la Santé pour évoquer ledit cas suspect de la terrible maladie, des habitants du village, pris de panique, manifestent dans les rues contre la présence de la patiente à l’hôpital de la localité. Le personnel infirmier du même établissement hospitalier rouspète, pour sa part, contre le fait que les infirmières qui s’occupaient de la patiente n’ont été informées de sa réelle maladie que bien après son admission.
En vue de couper court aux protestations, certes injustifiées des habitants, le ministère de la Santé choisit de transférer la patiente dans la soirée du mercredi 9 septembre à un autre centre hospitalier plus discret et met en place un important système de sécurité pour garantir au maximum la sécurité tant du personnel que des autres malades de l’hôpital. 
Alors qu’avec l’aide du Dr Schwarz, l’expert de l’OMS, le personnel du laboratoire central de Candos est déjà familier aux techniques de traitement des échantillons de sang pour les tests de dépistage du VIH/sida à Maurice, des tests déjà pratiqués sur les donneurs bénévoles de sang s’intensifient en vue d’assurer que les transfusions sanguines se fassent dans les meilleures conditions de sécurité pour les malades. Parallèlement, l’utilisation, dans les établissements hospitaliers, de seringues jetables déjà en cours depuis un certain temps devient encore plus de rigueur.
« Très pauvre campagne de sensibilisation… »
Dans un article d’opinion à la suite de la confirmation de ce premier cas avéré de VIH/sida sur notre sol, Week-End critique, quand même, le ministère de tutelle pour avoir, disions-nous à l’époque, « mis sous l’éteignoir » le problème du VIH/sida et l’accuse, en substance, d’avoir engagé, préalablement à l’apparition du premier cas, une campagne d’information et de sensibilisation « très pauvre, sinon inexistante ». « Sans minimiser la valeur d’une information médicale et sanitaire adéquate, l’on peut affirmer que la préparation psychologique de la population est d’une importance capitale pour lui permettre de bien assumer son problème et de l’affronter avec une certaine dignité », écrivions-nous.
Par ailleurs, dans certaines autres colonnes, le ton est souvent au sensationnalisme, sans doute, compte tenu du fait qu’à Maurice, à l’époque, pour beaucoup, le VIH/sida n’est encore que l’une de ces « maladies honteuses » qui n’affectent, croit-on, faussement, que ceux qui « vivent une vie de débauche ». Week-End pose, quant à lui, déjà la question: « Et si c’était un de nos proches, quelqu’un que nous aimons le plus? Le sida, une incitation à la réflexion et à un changement d’attitude, de mentalité. » « Nul n’est à l’abri de cette maladie car le sida a quitté son véto », nous rappelait, d’ailleurs, le Dr Scchwarz, le virologiste allemand, spécialiste de l’OMS dans l’interview qu’il nous avait accordée au mois d’avril précédent. Depuis, fort heureusement, les réactions ont beaucoup changé même si certains porteurs du virus vivent encore chez nous des difficultés pour être pleinement acceptés.
« Mayday!, mayday! »
4h03, samedi 28  novembre  1987: « Mayday!, mayday! », lance, de son cockpit du Boeing 747 Combi de la South African Airways (SAA),  le commandant Dawie à la tour de contrôle de l’aéroport sir Seewoosagur Ramgoolam de Plaisance dont la nouvelle aérogare va être inaugurée dans quelques jours. Puis, plus rien! A 2h45, ce matin, l’alerte avait été déclarée quand le commandant de bord avait laissé entendre à l’aiguilleur du ciel de service: « There is smoke in the cockpit. » Pour ajouter à 3h05, « emergency landing ». A 4h03, ce samedi 28 novembre, donc, le Boeing de la SAA crashe en mer à 125 milles nautiques à l’est de l’île Maurice.
Aucun survivant parmi les 140 passagers et les neuf membres d’équipage à bord de l’appareil qui assurait la connexion Taipeh / Johannesbourg via Plaisance. Parmi, deux Mauriciens: Mohammad Farook Rostom, un jeune industriel et Ah Ko Huang Cheong, directeur d’une entreprise de textile. Outre ces deux Mauriciens et 55 Sud-Africains, les passagers comprennent 47 Japonais, 30 Chinois, deux Australiens, un Britannique, un Allemand, un Néerlandais et un Danois.
Aussitôt l’appel de détresse reçu à Plaisance, une cellule de crise comprenant le pdg d’alors d’Air Mauritius, sir Harry Tirvengadum, le directeur d’alors du département de l’Aviation civile, M. Baguant ainsi que le représentant de la SAA à Maurice, M. Edouard Nairac se réunit dans un bureau de la nouvelle aérogare dont l’inauguration officielle est prévue le mardi suivant. Les préparatifs sont réglés en vue du lancement du « search and rescue operation » prévu de démarrer à 6h30 avec le départ du Twin Otter d’Air Mauritius vers le lieu présumé du sinistre.
16h57: repérage de débris divers. Les autorités françaises à la Réunion, sollicitées, répondent immédiatement. A 7h00, un Transall quitte Gillot pour une première opération de reconnaissance. Les autorités américaines basées à Diego Garcia répondent aussi aux sollicitations. Un Orion quitte la base militaire pour participer aux premières recherches. Du côté australien, un avion spécialement équipé décolle de Perth.  A 9h00, les responsables de trois bateaux de pêche  acceptent, eux aussi, de participer aux recherches.
16h57: un Beachcraft qui vole à 700 pieds d’altitude signale au Rescue Coordination Centre qu’il a repéré des débris divers ainsi qu’un canot pneumatique sans aucun rescapé à bord. L’avion se trouve, alors, au point 19° 04 Sud et 59° 36 Est. Cela fait, alors, déjà 13 heures depuis le premier message de détresse. Repérés précisément à 125 milles nautiques de la côte nord-est de Maurice, ces premiers débris de l’appareil s’étant crashé comprennent, outre un canot pneumatique abandonné, deux morceaux de valise et un veston, entre autres objects divers.
Vers 18h00, le Transall de l’armée de l’air française signale, pour sa part, Gillot qu’il ne peut certifier la disparition de tous les passagers. Vers 19h45, alors que la nuit tombe, il annonce l’arrêt des recherches. En fait, aucun des 140 passagers et des 19 membres d’équipage ne survivra à la catastrophe.
La Commission d’enquête sudafricaine instituée, plus tard, pour faire la lumière sur ce crash aérien sans précédent recensé dans les eaux territoriales mauriciennes concluera officiellement à un accident sans rien de particulièrement suspect. Dès le départ, toutefois, les plus folles rumeurs ont circulé sur la nature du feu qui se serait, à l’origine, propagé dans l’appareil. Il a été question d’une alerte à la bombe ayant au départ retardé le décollage de l’appareil à Taipeh. D’autres rumeurs ont évoqué la présence alléguée, à bord, de marchandises interdites sur un avion de ligne transportant des passagers.
Toujours est-il que le fait qu’à cette époque, l’Afrique du Sud était encore sous le régime de l’apartheïd et subissait des sanctions internationales — militaires, notamment — a beaucoup fait courrir toutes sortes de suppotations. Aujourd’hui encore, pour une poignée d’irréductibles, le crash de ce Boeing 747 Combi de la SAA dans les eaux mauriciennes demeure toujours un mystère…