NOOR ADAM ESSACK

Il y a des rencontres qui nous marquent. Me concernant, celle de Noor Adam Essack fut de celles-là. Il y a peut-être une dizaine d’années, après le démarrage de l’aventure de l’Université populaire de l’île Maurice, c’est dans ce contexte que l’on s’est connu et que je trouvais beaucoup de plaisir à le rencontrer ; ici, autour d’un café, ou là, lors de ces grandes fêtes-rencontres qu’il organisait. Car Noor aimait rencontrer des gens, et faire se rencontrer les gens aussi, noble attitude dont il faisait preuve en organisant ce genre de festin, où les amitiés se nouent et les connaissances se tressent. Noble but, dis-je, dans un monde où faire se rencontrer des gens pour leurs affinités, leurs points communs, leurs assonances et, parfois, dissonances, est une démarche rare et à souligner lorsqu’elle est pratiquée. L’amitié n’est pas possible sans dissonances : ce sont elles qui, sans doute, la nourrissent le mieux.

Le philosophe, poète et médecin de l’antiquité grecque, Empédocle, voyait l’univers comme étant composé de deux forces, l’amitié et la haine. Ces principes sont à la base de tout, et de toute la matière de l’univers. On ne peut, d’ailleurs, imaginer nos vies, sans l’une et l’autre, sans l’une ou l’autre de ces forces cosmiques. La haine, c’est ce qui divise, détruit, empêche d’avoir des moments de sérénité et de paix. L’amitié, c’est ce qui unit, rapproche, crée des passerelles, construit des ponts, atteste que malgré la différence, les différences, il est possible de faire quelque chose ensemble. C’était et c’est toute la noblesse de Noor, car c’est au présent que je continuerai à communiquer son sens du partage. L’amitié était sa force, et cette force, inscrite dans l’univers, est cette chose universelle que j’aimerais garder de lui.

JOSEPH CARDELLA