L’introduction d’espèces exotiques de substitution dans le but de régénérer un écosystème, voire de recréer un « maillon manquant » dans la chaîne alimentaire, est une des voies explorées par les scientifiques pour lutter contre la désintégration de la biodiversité. À Maurice, une expérience de ce type est menée depuis 12 ans avec les tortues géantes des Seychelles (Aldabrachelys gigantea) et les tortues étoilées de Madagascar (Astrochelys radiata). Initiée par la Mauritian Wildlife Foundation avec la collaboration des Parcs nationaux, elle a jusqu’ici réussi dans un délai relativement court, au point de constituer un modèle pour l’ensemble de la communauté scientifique.
L’introduction d’espèces, lorsqu’elle est supervisée par des spécialistes de la nature, peut permettre de remédier aux déficiences de nos écosystèmes malades et contribuer à réduire les risques d’extinction dans la faune et la flore endémiques, tant qu’il en est encore temps. À ce chapitre, Dennis Hansen et Mauro Galetti ont souligné en 2009 dans un article du célèbre magazine Science le rôle très important qu’ont pu jouer certains grands vertébrés aujourd’hui disparus, ne serait-ce qu’en matière de dispersion des graines. Cet article évoquait à titre d’exemple le paresseux terrestre géant et le gomphothere (un pachyderme) d’Amérique Latine, l’oiseau éléphant de Madagascar et aussi… les tortues géantes de Maurice.
Parmi les cinq espèces de tortues géantes connues dans les Mascareignes, deux vivaient à Maurice, celles-ci ayant été nommées Cylindraspis inepta pour la plus petite et C. triserrata pour la plus grande… Le livre Lost Land of the Dodo rappelle que les explorateurs, colons et marins ont tellement apprécié leur capacité de survie sur les bateaux, l’huile qu’on pouvait en extraire, la succulence de la chair et les usages que l’on pouvait faire de leur carapace… qu’elles ont disparu depuis les années 1730 sur l’île principale de Maurice et les côtes réunionnaises pour des espèces comparables. Quelques tortues géantes ont survécu à Rodrigues jusqu’en 1790, dans des groupes isolés à l’Île Ronde et à l’intérieur des terres dans l’île soeur jusqu’en 1840. Heureusement, d’autres espèces se sont maintenues jusqu’à maintenant à Madagascar et dans l’archipel des Seychelles. Étant les plus grands herbivores présents sur l’île à cette époque, ces tortues jouaient avant l’arrivée des humains, un rôle fondamental dans l’écosystème et avaient un impact notable sur les autres animaux et les plantes.