Ady gasy, le film qui porte ce titre, donne sens comme jamais à cette expression qui signifie « à la manière malgache ». Comme jamais parce que le kabary malgache n’avait jamais été le sujet d’un documentaire sous un angle aussi novateur. Comme jamais parce qu’il explore sur un mode très constructif les petits métiers manuels, l’univers de la débrouille, de la récupération et du recyclage, ce secteur informel que l’on connaît très mal. Comme jamais parce qu’il donne la parole à ces ingénieuses familles vivant de revenus très modestes, en mettant réellement leurs pensées en valeur. L’intime conviction du réalisateur Lova Nantenaina est en effet que nous avons beaucoup à apprendre d’elles pour vivre mieux.
Les 84 minutes d’immersion dans l’univers d’Ady gasy que l’on passe accompagné par l’oratrice Blandine, son homologue Rado et leurs confrères musiciens ou danseurs apportent une fine connaissance des valeurs de la société malgache telles qu’elles se sont forgées au fil des décennies. La sagesse populaire y est présente non seulement à travers les commentaires riches en proverbes souvent métaphoriques mais aussi dans la pensée des nombreuses personnes à la rencontre desquelles le cinéaste est allé ces quatre dernières années.
Ce film a été motivé par l’idée que les solutions aux problèmes de la société malgache se trouvent dans la vie et les enseignements de toutes ces personnes qui animent ce que les économistes appellent le secteur informel — soit environ 90 % de l’activité économique de la Grande Île si l’on inclut l’agriculture — plutôt que dans les innombrables rapports économiques et sociaux régulièrement publiés par les instances gouvernementales ou internationales. Le réalisateur Lova Nantenaina et la productrice Eva Lova-Bely nous confiaient la semaine dernière qu’ils constatent aussi qu’elles concernent au-delà de la société malgache, en ce sens que la population a développé des pratiques et savoir, par exemple en matière recyclage et de réparation, qui coïncident avec certaines nouvelles aspirations des sociétés dites développées et avec certains mouvements altermondialistes. Ce regard sur la pauvreté dessille en indiquant le chemin d’un renouvellement de la pensée, chose que différents festivals de cinéma documentaire ont comprise en programmant ce film…