« Imagine no possessions. I wonder if you can. No need for greed or hunger. A brotherhood of man. Imagine all the people… Sharing all the world ». Des paroles d’une autre époque, d’une chanson qui aura fait le tour du monde. Rassembleuse, mais aussi divisant, lorsqu’il y est question de religion notamment. Une chanson dont les paroles, pourtant, devraient nous interpeller en ces heures sombres. Nous rappeler combien il peut être facile, pour peu que la volonté suive, de changer. Se changer soi, d’abord, pour ensuite changer le monde. Alors oui, peut-être est-il grand temps aujourd’hui de se laisser guider par notre envie de construire un monde meilleur, un monde où l’argent n’aurait plus le pouvoir. Ou l’on retrouverait l’envie de créer, l’envie de revenir aux fondamentaux, l’envie de se débarrasser de notre monde matérialiste pour laisser enfin la planète respirer. Bref, l’envie d’avoir envie.

Car oui, notre monde va mal, très mal. La température augmente graduellement, année après année, les catastrophes se multiplient, les glaciers fondent inexorablement, notre biodiversité animale et végétale s’appauvrit… Et tout cela au nom de l’argent, de la croissance, de notre confort. Un confort éphémère cependant, ne l’oublions pas, car intimement lié à notre mode de production et de consommation. Un château de cartes qui, aux dires d’un nombre croissant de personnalités éclairées, risque à tout moment de s’effondrer, et ce sans que nous y soyons préparés. Non pas par manque de connaissances, mais par simple manque de volonté.

On le sait en effet depuis longtemps déjà. Depuis le début, la mécanique de notre système capitaliste est grippée. Son moteur, qui tourne à plein régime, a toutes les chances de ne plus pouvoir bientôt fonctionner, du moins lorsque le carburant, fossile bien entendu, finira par manquer. Ce qui est inévitable. Qu’importe le nombre de nouveaux gisements que l’on découvrira encore. Alors pourquoi ? Oui, pourquoi ? Pourquoi s’entêter à poursuivre notre route alors que l’on sait la voie sans issue ? Pourquoi ne pas rebrousser chemin, revenir à l’essentiel ? Pourquoi ne pas nous engager dans une voie résiliente, quitte à bouleverser l’ordre économique des choses ?

La réponse à toutes ces questions tient en une phrase : « Parce que l’on ne veut pas ! ». Pourquoi en effet changer un système qui semble marcher ? Parce que des oiseaux de mauvais augure nous malmènent depuis des années avec le réchauffement climatique ? Parce que des populations entières sont chaque année affectées par ses conséquences ? À quoi bon hypothéquer notre confort, s’investir dans un changement de paradigme à l’issue incertaine ? Et c’est en partie vrai. Car oui, rien ne garantit qu’un système d’entraide communautaire, ou tout autre d’ailleurs, et qu’il resterait à inventer, ne serait sans conséquences. En revanche, ce dont on est certain, c’est que le mur, lui, est bien là, quelque part dans un futur plus ou moins proche. Et qu’à cette vitesse, nous le prendrons de plein fouet.

Dans notre malheur, et bien que nous ayons quelques décennies d’actions de retard, il nous est toujours possible d’éviter le pire. Bien sûr, le temps nous est compté, et il nous faut arrêter de tergiverser sur une question aussi cruciale que celle-là. Les petites guéguerres économiques n’ont plus leur place dans ce monde en mutation ; la planète, évidemment, n’attendra de toute façon pas que nous les résolvions. Au vu de l’issue de la dernière COP, mais qui n’est somme toute qu’une réplique des précédentes, l’espoir apparaît, c’est vrai, bien mince. Et c’est pourtant d’espoir dont nous avons le plus besoin aujourd’hui. Un espoir que ne peuvent plus nous donner nos décideurs, trop enracinés dans leur propre réalité, à des encablures des nôtres. Aussi devons-nous, chacun à notre niveau et à travers le monde, générer nous-même cet espoir, notamment en manifestant notre désaccord avec cette religion de la croissance que prêchent nos irresponsables politiques. Seule notre union nous permettra de vaincre cette Hydre de Lerne des temps modernes. « You may say I’m a dreamer. But I’m not the only one. I hope some day you’ll join us. And the world will live as one. »