• Le pilote belge, Patrick Hofman, quitte le pays aujourd’hui et compte solliciter l’intervention des organismes internationaux dans son cas de « Prohibited Immigrant »

Après avoir été pendant 10 ans hôtesse de l’air chez Air Mauritius, Isabelle L’Olive-Hofman s’est reconvertie en tant que fleuriste professionnelle. Citoyenne lambda, elle s’est retrouvée du jour au lendemain sous les feux des projecteurs en devenant la compagne du pilote belge Patrick Hofman, aujourd’hui classé comme “immigrant interdit” par le Premier ministre. Au Mauricien, elle livre ses sentiments et dit ne pas comprendre ce « déferlement de haine » alors que le couple n’a jamais demandé quoi que ce soit à l’État. « Notre mariage est une décision qui nous concernait. J’ai le droit de vivre dans mon pays. La décision d’interdire mon époux au pays est en quelque sorte me forcer à l’exil, alors que j’ai les mêmes droits que toute autre Mauricienne », dit-elle.

Originaire de Roches-Brunes, Isabelle L’Olive-Hofman a rencontré le pilote belge alors quelle travaillait comme hôtesse de l’air au sein de la compagnie aérienne nationale. Il était en instance de divorce et avait obtenu la garde exclusive de ses trois enfants. « Ensemble, nous avons élevé les trois enfants. Les procédures de divorce étant compliquées, elles ont duré plusieurs années et, malgré nous, il fallait attendre », fait-elle ressortir. Patrick Hofman a en effet eu trois enfants de sa première union. L’aîné est pilote tandis que l’une de ses filles est vétérinaire en France et que la benjamine, elle, âgée de 23 ans, termine ses études en psychologie en Belgique.

Le quotidien d’Isabelle L’Olive-Hofman sera chamboulé en octobre 2017 quand elle apprend tout ce qu’on reproche à son compagnon, avec qui elle vit sous le même toit depuis 13 ans à Tamarin. « C’était éprouvant d’apprendre tout ce qu’on reprochait à Patrick et de découvrir ce qui se passait. Il a dû quitter la maison et se cacher pendant trois jours car les policiers le recherchaient. Pendant trois jours, ils étaient dehors à effectuer des patrouilles et j’ai dû tout gérer seule. Je ne souhaite à aucune femme de vivre ces moments pénibles », dit-elle.

Le calme avant la tempête

Après un an et demi, elle qui pensait que toute cette affaire s’était calmée et qu’elle allait enfin pouvoir vivre tranquille se retrouve une fois de plus inquiétée par les autorités quand, en décembre 2018, elle fait la demande pour se marier civilement avec Patrick Hofman. « On n’a jamais demandé autant d’attention. Patrick avait obtenu le divorce en juillet 2018 et il fallait attendre 3 mois pour qu’il soit proclamé, soit en octobre. D’où la demande à l’état civil, en décembre. Mariage civil ou pas, on avait déjà prévu de se marier religieusement mais, malheureusement, on n’a pu le faire car la loi demande qu’un mariage civil soit célébré avant le mariage religieux. On n’a pu qu’obtenir une bénédiction. Tout ce qu’on voulait, c’était d’officialiser notre union après 13 ans de vie commune », explique Isabelle L’Olive-Hofman.

Déjà, elle dit ne pas comprendre ce premier refus des autorités car, à travers les documents, souligne-t-elle, les autorités concernées ont toutes les informations sur une personne pour déterminer si elle représente un danger pour le pays. « Il n’y avait aucun besoin d’amender la loi. À aucun moment on a laissé entendre que Patrick allait demander la citoyenneté mauricienne. Je ne comprends pas tout ce déferlement de haine alors que nous n’avons jamais cherché la guerre », dit-elle.

« Africain dans le cœur »

Marié civilement depuis 5 jours, le pilote quitte le pays aujourd’hui sans son épouse. « Après avoir vécu pendant 13 ans en concubinage, aujourd’hui que j’ai les droits légaux de vivre avec mon époux, le Premier Ministre a décidé qu’il est une personne indésirable sur le territoire mauricien. Comment honorer les dispositions légales du mariage civil alors que le gouvernement même l’empêche de vivre sous le même toit que son épouse ? » lance notre interlocutrice. Cette dernière évoque une « persécution » et la « mauvaise foi » du gouvernement. Elle estime que la réaction du Premier ministre est « démesurée », ajoutant que « tout personnage politique dans tous les pays du monde ne fait pas l’unanimité » du peuple.

« Il y a pire que d’être traité de fou. Toute cette histoire est hallucinante et je me demande si c’est là un problème personnel. Le gouvernement a tant de problèmes à régler. Celui du chômage, des dettes publiques, de la drogue, de l’insécurité… Pourquoi s’acharner sur une seule personne, à qui l’on reproche aussi la situation d’Air Mauritius. Avant Patrick Hofman, MK avait toujours eu des problèmes de vols annulés et des soucis financiers. Après l’événement d’octobre 2017, la situation s’est aggravée chez MK. Ces dernières semaines, nous avons vu l’annulation en masse de vols. Cela démontre que la compagnie fait toujours face à des problèmes, peut-être même pire encore après Patrick Hofman. Il ne peut être tenu responsable d’une mauvaise gestion de la direction », insiste l’épouse du pilote.

Visiblement remplie d’amertume face au traitement « injuste » qui lui est infligé, puisque, rappelle-t-elle, elle est la principale concernée dans toute cette affaire, Isabelle L’Olive-Hofman trouve difficile d’accepter que « deux personnes qui se marient par amour ne peuvent vivre ensemble », et ce « alors que le pays ouvre la porte à toutes sortes de personnes qui veulent investir et acheter des terres à Maurice » à travers les IRS et RES. « C’est hypocrite de la part des autorités. Les mariages de convenance ont toujours existé et continueront d’exister. Un étranger n’a pas besoin d’un mariage. C’est facile de passer à travers les mailles du filet. Mais là, changer une loi pour viser une seule personne, c’est inacceptable ! », s’indigne-t-elle.

Isabelle L’Olive-Hofman maintient quelle est Mauricienne et qu’à ce titre, elle a des droits. Avec le départ de son époux, qui ne sait pas quand il pourra revenir à Maurice, elle estime qu’une fois de plus, le couple devra trouver des solutions et des alternatives, lesquelles vont forcément avoir des implications financières et émotionnelles.

« J’ai une mère âgée et toute ma famille ici. On est impliqué dans la communauté, comme tout autre Mauricien. Patrick est Africain dans son cœur car il est né au Congo. Il a fait des concerts pour lever des fonds pour les enfants malades. Il avait mis la main à la pâte pour venir en aide aux personnes durant le problème du Canal-Dayot. La vraie vie mauricienne, c’est ce qu’on vit au quotidien. C’est révoltant que le gouvernement impose une décision à une femme, une épouse mauricienne, qui a ses droits et ses aspirations. On me force à l’exil alors que c’est mon pays et que j’ai le droit d’y vivre. J’ai mon travail, ma famille et mes animaux ici. Comment tout laisser du jour au lendemain ? », s’insurge l’épouse du pilote.

Isabelle L’Olive-Hofman a cependant bien l’intention de lutter pour ses droits. « On sera appelé à vivre au jour le jour, mais j’espère que cette situation va changer », dit-elle.