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S’il y a bien un secteur sévèrement impacté par le Covid-19, c’est bien celui de la restauration. Que se soit les grandes chaînes de restauration rapide ou les petits snacks du coin, tous craignent le pire, mais tentent de garder la tête hors de l’eau. Le Mauricien aura-t-il toujours envie de passer des heures au restaurant ou dans les foodcourts bondés comme à chaque fin de mois ? Aura-t-il toujours le même pouvoir d’achat pour se le permettre ? La restauration survivra-t-elle à la crise ? Nous avons posé la question à une des plus grandes enseignes de restauration rapide de l’île et à un restaurateur local qui n’a pas ouvert ses cuisines depuis plus d’un mois.

« L’avenir s’annonce difficile, car même après le déconfinement, les touristes ne vont pas voyager d’aussitôt, mais nous tenons à dire un grand merci au gouvernement qui nous aide à surmonter cette crise », confie Jennifer Géroflé, directrice de Mich Restaurant, sis à Chamarel. Avec un personnel de huit personnes, et une clientèle essentiellement composée de touristes, le restaurant est resté fermé depuis le début du confinement. Jennifer Géroflé et son époux ne cachent pas leur inquiétude. « Nous n’avons pas encore repris nos opérations, car nous travaillons principalement avec des touristes. Tous les employés sont chez eux depuis le confinement. »

Ouvert depuis 2015, le restaurant propose des plats typiquement mauriciens, à base de fruits de mer notamment, leur spécialité. « Nous avons connu quelques difficultés avant même l’annonce du confinement à Maurice, car les touristes voyageaient déjà beaucoup moins », dit-elle. Aussi, explique-t-elle, il était difficile de se procurer quelques produits. « Un peu avant le confinement, quelques produits étaient en rupture de stock, car malheureusement nous avons subi la pénurie artificielle. »

« Difficile pour nous tous, surtout pour le secteur
du tourisme »

Une situation délicate, certes, mais essentielle, dit-elle. « L’annonce du confinement était difficile pour nous tous, surtout pour le secteur du tourisme. Mais nous savons que c’est pour notre sécurité et attendons impatiemment le déconfinement et le retour à la normale des activités aéroportuaires », dit-elle. « Mes employés et moi sommes restés en contact pendant le confinement, et ils sont plus motivés et impatients de reprendre le travail. » Ainsi, comme ce restaurant ils sont nombreux à avoir mis temporairement la clé sous le paillasson en attendant des jours meilleurs.

Toutefois, parmi ces restaurateurs locaux, plusieurs ont aussi pu reprendre leurs opérations en proposant des services de livraison à domicile. Un moyen pour essayer de rattraper les pertes engrangées durant les premières semaines de confinement. KFC a été sur ce point assez réactif, étant parmi les premiers à proposer un service de livraison à domicile dans presque toutes les régions de l’île. « Nous avons graduellement redémarré les opérations à partir du 10 avril 2020 avec, dans un premier temps, l’ouverture d’un seul restaurant pour la livraison à domicile. Nous avons, par la suite, étendu nos services au fil des jours pour en ouvrir six autres. À noter que 14 de nos restaurants sont complètement fermés depuis le début du confinement », précise Annabelle Fanchette-Thomas, Marketing Manager chez KFC.

Une nouvelle accueillie en fanfare par les Mauriciens. C’est dire que ces derniers sont fans de restauration rapide. En témoigne d’ailleurs l’épisode avec une autre grande enseigne de restauration rapide américaine qui a dû stopper ses opérations quelques heures après l’ouverture de son service au volant ! Et si les choses semblent redémarrer pour KFC, Annabelle Fanchette-Thomas nous confie que les premiers jours ont été très difficiles.

« Nous réinventer et nous adapter aux nouvelles réalités »

« Les premières semaines ont été difficiles pour tous les Mauriciens en général. Depuis le premier jour du confinement, la santé de nos employés est restée notre plus grande priorité chez KFC. Nous les avons continuellement tenus au courant de chaque évolution. Ainsi, quand la livraison à domicile est devenue une éventualité, nos équipes en ont été informées et plusieurs personnes se sont mobilisées pour venir travailler dans nos restaurants. Tous les dispositifs de sécurité ont alors été mis en place : masques, gants, thermomètre pour prise de température, gel hydroalcoolique et, bien entendu, les employés ont été sensibilisés à l’importance de la distanciation sociale. »

Aussi, pour le système de livraison à domicile, elle soutient que « deux prestataires de service de livraison à domicile ont été choisis et, après des séances de formation, nous avons pu démarrer nos activités. Aujourd’hui, nous avons sept restaurants qui fonctionnent à effectif réduit et uniquement pour la livraison à domicile. Nous attendons désormais le plan de déconfinement du gouvernement afin de décider de la marche à suivre pour l’après-Covid. »

En effet, avec 500 employés, KFC a dû prendre les mesures nécessaires, et ce, rapidement. « Nous avons établi un nombre d’employés limité pour travailler dans nos cuisines afin de respecter la règle de distanciation sociale. Le menu proposé aux clients a également été validé en fonction du nombre d’effectifs disponibles dans nos restaurants. C’est la raison pour laquelle nous ne proposons essentiellement que des pièces de poulet pendant cette période de confinement. Nous avons également fait le nécessaire pour le transport des employés qui sont récupérés et déposés à leur domicile chaque jour », explique Annabelle Fanchette-Thomas.

Cependant, grande enseigne ou pas, elle aussi ne cache pas ses appréhensions quant à l’avenir de la restauration. « Cette crise va nous obliger à repenser notre structure et les modes de consommation vont certainement évoluer. L’innovation est ancrée dans l’ADN de KFC et il nous faudra, plus que jamais, nous réinventer et nous adapter aux nouvelles réalités pour continuer à faire partie du paysage mauricien », conclut-elle.