La Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) se propose de manifester devant le bureau du ministre de la Santé et de la Qualité de la vie, Anil Gayan, pour protester contre la levée de l’interdiction de l’importation des fibres d’amiante. L’interdiction de l’amiante à Maurice a été le cheval de bataille de cette confédération syndicale durant deux décennies. Selon des experts, les expositions courtes et répétées à l’amiante peuvent provoquer de graves maladies respiratoires, et même des cancers.
« Cette décision du gouvernement de lever toutes les interdictions constitutionnelles sur l’amiante fait de Maurice le tout premier pays au monde à avoir infirmé cette si importante décision pour la santé publique d’interdire l’amiante sur notre sol. Et tout cela parce que le ministre des Finances, dans son récent Budget, a décidé d’enlever toute bureaucratie afin de faciliter les affaires et attirer des investisseurs à Maurice, même si c’est au prix de la vie des travailleurs et des citoyens de notre pays ! » tempête Reeaz Chuttoo, le président de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), dans une déclaration au Mauricien.
Le 2 juin dernier, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Protection des consommateurs, Ashit Gungah, a en effet porté un amendement à la Consumers Protection Regulations pour enlever l’interdiction qui pesait sur l’importation des fibres d’amiante à Maurice. Or, il faut savoir que l’amiante est une fibre minérale naturelle massivement utilisée dans l’industrie pour ses performances techniques remarquables associées à un faible coût, mais que, selon des experts, les expositions courtes et répétées à cette matière peuvent provoquer de graves maladies respiratoires, et, même, des cancers. Ces maladies se déclarent en moyenne 20 à 40 ans après le début de l’exposition.
« Durant plus de 20 ans, nous avons mené une lutte acharnée pour faire interdire l’amiante à Maurice », explique Reeaz Chuttoo. Il raconte ainsi qu’en 1999, un des membres de l’actuelle CTSP, Claude Marguerite, est décédé d’un mésothéliome, une forme rare et virulente de cancer du poumon causée par  l’exposition à des fibres d’amiante.
« Nous avons demandé l’autorisation à la Cour suprême pour faire exhumer le cadavre de Claude Marguerite et nous avons demandé au Prof Hasselton, de la Manchester University, et au Dr Pravin Oogarah, spécialiste du cancer,  de faire un décompte de fibres d’amiante dans son poumon. Nous avons tous été choqués de découvrir qu’un échantillon de seulement 10 g de son poumon contenait 86 000 particules d’amiante », poursuit le président de la CTSP.
Reeaz Chuttoo relate que, bénéficiant du soutien du ministre des Finances d’alors, à savoir Paul Bérenger, la CTSP avait réussi, dans un premier temps, à faire interdire l’importation de tout amiante brute par un amendement à la Consumer Protection Act. Puis, toujours sous la pression de la CTSP, le gouvernement de l’époque avait fait venir un expert en amiante, en l’occurrence John Addison, qui avait fait une quête sur la présence de l’amiante à Maurice. Son rapport a été remis en 2001 au gouvernement.
« Aucun gouvernement n’a voulu jusqu’à présent rendre public le rapport Addison, car s’est un rapport trop accablant pour eux ! » commente notre interlocuteur. « Mais nous avons réussi à nous informer sur son contenu », se félicite-t-il.
Le rapport Addison fait ainsi état de la présence d’amiante dans 3 113 maisons construites après le cyclone Carol en 1962. De même, le bâtiment Emmanuel Anquetil, à Port-Louis, et l’hôpital Victoria, à Candos, ainsi que plusieurs écoles du gouvernement en contiennent. « L’ironie veut qu’alors que l’amiante qu’il y avait dans les bâtiments du secteur privé (les sucreries et les usines manufacturières notamment) ait été enlevé et remplacé par d’autres produits moins dangereux, les bâtiments appartenant à l’État, eux, en contiennent toujours, exposant leurs occupants à un danger certain pour leur santé », s’indigne Reeaz Chuttoo.
Selon le président de la CTSP, ce n’est qu’en 2004 que le gouvernement a pris la décision d’introduire un Dangerous Chemicals Act pour interdire l’amiante, entre autres produits dangereux, sur le territoire mauricien.
Reeaz Chuttoo argue toutefois que c’est la Consumers Protection Act (CPA) qui offre une « garantie constitutionnelle » contre l’importation de l’amiante, et non la Dangerous Chemicals Act (DCA). « L’interdiction sous la CPA est contraignante, tandis que celle sous la DCA dépend du bon vouloir des membres du Dangerous Chemicals Board, où ne siège aucun syndicaliste ou représentant de la société civile. Sous la Section 27(2)(3) de la DCA, le board peut ainsi enlever une interdiction, ce qu’il vient de faire », s’indigne le syndicaliste.
Reeaz Chuttoo explique que le DCB n’a jusqu’ici pas réussi à démontrer sa volonté d’en finir avec l’amiante à Maurice. La preuve, selon lui : des bâtiments publics en contiennent encore. « L’amiante a un effet désastreux sur la santé publique qu’on ne peut laisser l’avenir de la santé de la population dans les mains d’un groupe de fonctionnaires n’ayant pas, jusqu’ici, démontré leur volonté d’en finir avec l’amiante. D’où notre campagne pour forcer le gouvernement à infirmer sa décision du 26 juin dernier de lever cette interdiction sur l’importation de l’amiante sous la Consumer Protection Act. Quand le ministre Gayan vient dire que l’amiante est toujours interdit sous la Dangerous Chemicals Act – alors que ce n’est pas nécessairement le cas – il vient nous montrer le peu de cas qu’il fait de la santé de la population alors même qu’il en a la responsabilité. Nous n’écartons pas la possibilité d’organiser une manifestation cette semaine devant son bureau ! » s’est indigné le syndicaliste.