Michèle Malivel livre à Scope un avant-goût de l’exposé autour de l’impressionnisme, prévu le jeudi 24 janvier à l’IFM. L’historienne d’art et conférencière évoque un courant qui révolutionne la peinture depuis le 19e siècle.
L’impressionnisme est une période artistique fascinante. D’une part, par les nouveautés qu’elle a véhiculées et, d’autre part, par le scandale qu’elle a provoqué.
Voilà des peintres d’origines diverses qui prennent le risque de s’associer pour organiser, en marge des salons officiels, une manifestation révolutionnaire qui va faire rire le public et grincer les dents aux critiques, même les mieux disposés à leur égard.
Vie moderne.
On a souvent réduit l’impressionnisme à la peinture d’une réalité réjouissante, les loisirs, la beauté de la nature, les variations de la lumière et du miroir de l’eau. En réalité, les impressionnistes ont été les témoins passionnés d’un monde en marche qu’ils ont représenté chacun avec une sensibilité différente. Deux éléments fondamentaux vont leur permettre de s’exprimer.
Le premier, c’est Édouard Manet, qui refusa toujours de faire partie de leurs expositions, préférant les salons officiels, mais qui “dynamita” la peinture traditionnelle en représentant des sujets de la vie moderne avec une technique révolutionnaire. Son Déjeuner sur l’herbe fascinera tous ces jeunes peintres, qui vont se regrouper autour de lui. Le deuxième, c’est l’invention de la peinture en tube qui leur permettra d’aller peindre “sur le motif” en plein air.
“Peintres maudits”.
Or, le climat de l’île de France est changeant; donc, ils vont peindre rapidement pour terminer le jour même leur tableau, par petites touches, juxtaposant les couleurs, ce qui donnera à leurs tableaux une “impression” d’inachevé qui va surprendre les spectateurs.
Il y aura sept expositions entre 1874 et 1886. C’est le tableau de Claude Monet, Impression soleil levant, qui donnera l’idée au critique Louis Leroy de qualifier ce mouvement d’impressionnisme pour le tourner en dérision. Monet, Degas, Berthe Morisot, Pissarro, Cézanne, Guillaumin, Lepic, Sisley, Renoir, Caillebotte, Gauguin, Seurat, Signac participeront à ces expositions ainsi que Mary Cassat, jeune Américaine qui persuada ses compatriotes d’acheter les toiles de ces “peintres maudits”, ce qui explique l’importante collection qui se trouve aux États-Unis.
Classes moyennes.
En fait, ces tableaux nous disent le quotidien des nouvelles classes moyennes de la fin du 19e siècle. Ils nous montrent les grandes avenues du Paris d’Haussmann, les cafés animés, les toilettes des femmes, les ouvrières au travail. Le train leur permet de s’évader depuis la fameuse gare St Lazare, que Monet peindra si souvent, fasciné par son modernisme et cette superbe architecture de fer.
Jeunes hommes et jeunes femmes iront canoter à Argenteuil, se baigner à la Grenouillère, déjeuner dans les guinguettes, quand ils ne continueront pas jusqu’aux plages normandes. Ceux qui ne pourront pas voyager iront se promener au village de Montmartre et danser au Moulin de la Galette. Laissant leurs soucis et leur misère à la porte de ce petit bal, ils dansaient à perdre haleine, dégustant de merveilleuses galettes arrosées de vin léger, parfois accompagnées d’une salade. Et Renoir, celui qui aimait tant les femmes, a fixé leur bonheur à l’ombre changeante des feuilles des grands arbres.
Regard.
C’est grâce à Gustave Caillebotte, leur ami au grand coeur, que bon nombre d’entre eux réussirent à survivre, car il achetait généreusement leurs toiles pour les aider. À sa mort, en 1894, il fit don de ses toiles à l’État. La presse, qui n’était pas encore réconciliée avec ces peintres, fit vigoureusement campagne pour qu’un certain nombre de tableaux ne soient pas acceptés…
Ce qui est passionnant dans la peinture des impressionnistes, c’est le regard porté sur la société. Et d’avoir fait entrer la vie quotidienne dans leurs oeuvres avec un enthousiasme pour le monde moderne.