Vainqueur de sept élections municipales sur huit tenues à Port-Louis depuis sa première participation, en avril 1977, le Mouvement Militant Mauricien (MMM), tout affaibli et fragmenté qu’il soit après sa cuisante défaite aux générales, aurait néanmoins bien l’intention de reprendre à nouveau le contrôle du conseil municipal de la cité le 14 mars prochain.
Lalians Lepep, coalition aux commandes du gouvernement central, avait été le premier à descendre sur le terrain, lundi soir, mais, visuellement, c’est l’opposition MMM, le moral bien requinqué, qui a mobilisé le plus ses partisans à La Tour Koenig vendredi.
La présente bataille électorale dans le chef lieu du pays entre le camp coalisé du gouvernement et le principal parti de l’opposition promet ainsi d’être aussi âpre que les précédentes. La joute aura pour arbitres le Front Solidarité Nationale de Cehl Meeah et d’autres petites formations dont Rezistans ek Alternativ, le Mouvemant Authentique Mauricien d’Éliezer François, le Front des Citoyens Libres-Front de Libération National de Georges Ah Yan et les Verts Fraternels Zanfan Landwra. Il y aura également un nouveau regroupement dénommé Faez Group et quelques indépendants.
Toutefois, les observateurs ne manqueront pas de suivre la performance particulièrement du MMM, d’autant que le parti de Paul Bérenger soutient qu’avec pour symbole “un drapeau mauve frappé d’un coeur pur, il se battra seul contre tous les adversaires gouvernementaux réunis” (Arianne Navarre dixit).
 C’est Lalians Lepep (MSM-PMSD-ML) qui a donné le coup d’envoi des réunions publiques avec un congrès nocturne organisé lundi dernier dans la salle du conseil municipal. L’objectif de l’alliance gouvernementale était de rameuter les électeurs de l’ensemble des huit arrondissements de la cité. Or, si on devait uniquement se fonder sur l’assistance plutôt modeste qu’a attirée ce congrès malgré la participation des principaux leaders “lepepistes” — Pravind Jugnauth et Showkutally Soodhun (MSM), Xavier-Luc Duval (PMSD) et Ivan Collendavelloo (ML) —, il y aurait lieu de craindre pour eux que prendre l’offensive ne garantit pas nécessairement la victoire.
Les affaires de BAI hantent les débats     
D’ailleurs, certains candidats de Lalians Lepep ont du mal à masquer leur inquiétude de subir les retombées sur l’électorat de la gestion des dossiers de British American Investment et de la Bramer Bank par le gouvernement central. Cette inquiétude est palpable particulièrement dans les arrondissements Nos 2, 4, 5 et 6 où le Deputy Leader du MMM, Reza Uteem, s’est chargé de mettre l’accent sur ce qui qualifie de “politique de vengeance” du gouvernement envers ses adversaires.
L’évidence que les dossiers BAI, Bramer bank et les péripéties de la famille de Dawood Rawat seront au centre de la campagne électorale dans les arrondissements précités n’échappe à personne. Obligé de contrecarrer l’adversaire, le vice-Premier ministre Pravind Jugnauth a dû en faire le thème prioritaire de son discours lundi soir.
“Le gouvernement ne pouvait pas rester insensible au fait que l’argent investi par le public dans des fonds d’investissements de la BAI était dilapidé, transféré à l’étranger et utilisé pour s’acheter des appartements de luxe, des châteaux, etc. L’argent des détenteurs des polices d’assurance a été mis sur des comptes personnels et a été utilisé pour garantir l’achat de campement par l’ancien Premier ministre. Lorsque nous avons agi, nous l’avons fait pour protéger ceux qui ont investi leur argent et pour sauver les emplois”, a voulu expliquer Pravind Jugnauth. Xavier-Luc Duval a, lui, cherché à donner “l’assurance qu’il n’y a rien eu de communal” dans la façon dont le gouvernement a traité les affaires concernant la BAI.
Beaucoup plus virulent, le leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo, a de son côté “dénoncé une campagne communale qui serait menée à Port-Louis”. Selon lui, “le gouvernement de Lalians Lepep a pris des mesures contre la BAI pour protéger, entre autres, aussi les musulmans qui ont investi dans les entreprises de Dawood Rawat”.
“Dawood Rawat a couillonné tout son monde pour qu’on investisse chez lui. En vérité, li pa guet ou kouma kamarad et ce n’est pas Reza Uteem qui vous protégera. Au contraire, il veut votre malheur afin de faire de la politique”, a soutenu Ivan Collendavelloo.
Portée nationale
Quoi qu’il en soit, en comparaison à l’assistance du congrès de Lalians Lepep, celle réunie par les mauves dans l’arrondissement a été visuellement beaucoup plus conséquente. Et les différents orateurs, Paul Bérenger et les deux derniers lords-maires sortants, Dorinne Chukowry et Jenito Seedoo, ont fait fort de préciser que “la réunion ne mobilisait que les électeurs des arrondissement 1, 2 et 3 de Port-Louis afin de leur présenter nos neuf candidats concernés”.
Paul Bérenger, très en verve, en a profité pour affirmer que les élections municipales “sont avant tout des élections locales, mais étant donné la gestion catastrophique du pays par le gouvernement alors qu’il n’est que depuis six mois au pouvoir, ces élections auront bien une portée nationale”.
Selon le leader du MMM, “il n’y a pas véritablement de Premier ministre. Le pays va à la dérive. Ils ont eu le gouvernement par accident en raison de l’impopularité de Navin Ramgoolam et des propos insignifiants que ce dernier avait tenus à travers ses meetings. Et lorsqu’Anerood Jugnauth ne sera plus là, je ne vois pas sa ti garson-la (allusion à Pravind Jugnauth) diriger le pays”.
“Je ne vois pas non plus le Parti travailliste relever la tête. L’avenir, c’est le MMM. Il se battra seul contre l’alliance MSM-PMSD-ML et également contre le groupe d’Alan Ganoo, dont un des membres, Jean-Claude Barbier, a appelé ouvertement à voter Lalians Lepep. Il n’y aura pas d’alliance avec le Parti travailliste ni n’y a-t-il même de contact”, a déclaré Paul Bérenger.
Paul Bérenger a dit “sa confiance que le MMM va rebondir à travers les élections municipales parce que les citadins savent que sa gestion des villes a toujours été propre et qu’on ne peut la comparer à celle du PMSD”.