Le grand-père des fi llettes dans la chambre où elles dormaient dans la nuit fatidique
  • La fillette, qui aurait fêté ses 2 ans le 15 prochain, est décédée dans la soirée des funérailles (le 29 décembre) de sa soeur Aurélia, 10 mois

Nathalia aurait eu deux ans le 15 janvier. Mais comme sa jeune soeur, la fillette n’a pas survécu à ses brûlures après l’incendie dans la maison familiale aux Résidences Mon-Bois à Forest-Side dans la nuit du 28 décembre dernier, jour des Saints Innocents. Nathalia ne chantera plus avec sa maman la berceuse « Dodo Nathalia, kan to leve to pou gagn gato. »

Ce drame chez les Ravina et Quetel a bouleversé tout un pays et anéanti un jeune couple qui doit désormais se battre contre de mauvais souvenirs et pour leurs deux fils âgés de six et quatre ans. Jeffrey Quetel, le père des fillettes, qui a tenté de les sauver des flammes, a été brûlé au visage et sur le corps. Toujours hospitalisé, il se remet lentement. Il n’a pu assister aux funérailles de ses filles.

« Mo santi mwa vid », confie Pasqualina Ravina, la mère de Nathalia et d’Aurélia. La jeune femme qui, à hier matin, était au chevet de ses deux fils, Kingsley, 6 ans, et Kensley, 4 ans, à l’hôpital de Candos, concède qu’elle appréhende son retour au domicile familial. « Mo pa pou kapav res dan lakaz. Mo pou prefer al travay pou mo pa panse », dit-elle.

Âgée de 26 ans, Pasqualina Ravina est chargée du nettoyage dans un supermarché. Depuis dimanche dernier, elle n’a pas quitté ses deux fils hospitalisés à Candos pour des aphtes dans la bouche. « On sera à la maison probablement dimanche (ndlr : aujourd’hui) », dit-elle. Pasqualina n’a pas de mot pour décrire la souffrance qu’elle endure depuis l’incendie qui a coûté la vie à ses deux fillettes. « Je n’arrête pas de penser… Je dors peu. Dès que je m’endors, je me réveille et je repasse cette soirée fatidique dans ma tête. D’ailleurs, ici à l’hôpital, je ne peux pas m’allonger car il n’y a pas de lit d’appoint pour les mamans qui accompagnent leurs enfants. On m’a autorisée à rester auprès de mes fils, c’est déjà ça », confie-t-elle encore. Pasqualina Ravina a rencontré une psychologue mise à sa disposition par les services de santé. « Mo pa kapav pran kalman », explique-t-elle.

« Dodo Nathalia… »

Pendant son séjour à l’hôpital, la jeune maman doit s’occuper non seulement de ses deux enfants — lesquels, dit-elle, ne mesurent pas bien l’ampleur du drame et la disparition de leurs petites soeurs —, mais aussi de son compagnon, Jeffrey Quetel, 26 ans également. Ce dernier, brûlé au visage et sur certaines parties du corps alors qu’il tentait de sauver ses enfants, avait été admis à l’unité des soins intensifs, avant d’être transféré en salle commune en fin de semaine. La père est accablé tant par la douleur physique que morale. Depuis peu, il arrive à faire quelques pas, nous dit sa compagne, qui l’assiste tous les jours. Jeffrey Quetel n’a pu assister aux funérailles de ses deux filles. Si Aurélia a péri dans l’incendie, rien ne laissait entrevoir que Nathalia allait rendre son dernier souffle le lendemain soir. La fillette qui avait été admise à l’unité des grands brûlés à Candos, donnait des signes qui rendaient son entourage optimiste. « Elle avait même mangé et bu un peu », raconte la mère de l’enfant. Mais son état s’est détérioré.

À Résidences Mon-Bois, des membres de la famille Ravina racontent : « Pour la faire dormir, sa maman lui chantait toujours une berceuse : Dodo Nathalia, kan to leve to pou gagn… Et de sa petite voix, elle complétait : Gato. À l’hôpital, Nathalia n’a pas réagi à la chanson. On savait alors qu’elle n’allait pas s’en sortir. » Et Pasqualina Ravina d’ajouter : « Je lui parlais, mais elle ne répondait pas. »

Pour les Ravina et Jeffrey Quetel, plus rien ne sera plus comme avant. Malgré les projets de travaux pour redonner vie aux pièces de la maison de 16e Mille, et les couches de peinture pour enlever les traces de l’incendie, rien ne saura effacer la mémoire des deux petites. « Mo mem mo pa kapav dir se ki mo resanti », lâche Jean-Marc (Ton Wills) Ravina, le grand-père des deux fillettes en accompagnant Week-End à l’étage de sa maison, là où s’est déroulé le drame. Dans la chambre où dormaient les fillettes, peu avant le court circuit qui aurait déclenché l’incendie, la structure en métal de leur lit a résisté aux flammes. Le feu a fait des dégâts, abîmé a mobilier, épargné la cuisine de Christopher, un des enfants de Ton Wills Ravina. Une partie des enfants de celui-ci et de sa femme, Rosinette, occupait l’étage de la maison. Les fillettes décédées y vivaient aussi, avec leur mère et leur père.

Il ne reste pas grand-chose après les ravages de l’incendie meurtrier…

« Pa kapav dir se ki mo resanti »

Désormais, ils sont 16 adultes et enfants à habiter la maison du patriarche. Au retour de Pasqualina et de sa famille, tous, explique ce dernier, auront à cohabiter au rez-de-chaussée jusqu’à la rénovation de l’étage. « Le destin a voulu que ce drame survienne au moment où j’ai fini de régler la maison auprès de la NHDC », soupire Ton Wills Ravina. Cela fait 15 ans depuis que le Rodriguais, originaire du petit village de Bigarade, s’est installé aux Résidences Mon-Bois avec sa famille. « Mes enfants sont nés et ont grandi à Maurice. J’ai quitté Rodrigues avec mon épouse pour trouver du travail ici », raconte le grand-père de Nathalia et d’Aurélia.

Employé dans le secteur agricole, il agrandi sa maison pour garantir un toit à ses enfants. Rodrigues n’était jusque-là pas d’actualité pour lui. Mais comme son engagement financier avait pris fin auprès de la National Housing Devlopment Company, il s’est décidé à s’offrir un voyage mérité, question de faire un retour aux sources après de très longues années loin de son île natale. « On m’a dit qu’il y a eu des développements dans l’île… », dit le grand-père meurtri. Son départ, il l’avait planifié. La veille, il était entouré de sa famille. Sa fi le Pasqualina, son gendre et les deux fils du couple étaient aussi à ses côtés. « Mo ti pe kwi manze », explique Pasqualina Ravina. « J’ai demandé à mon fils aîné d’aller jeter un coup d’oeil sur mes filles. Il est descendu en me disant qu’elles dormaient. J’ai entendu un bruit. Puis, des pleurs… Personne ne pouvait se douter que le feu avait été déclenché et que les flammes s’étaient propagées », précise cette dernière. Mais au lieu de prendre l’avion le 29 décembre comme convenu, Ton Wills Ravina a eu la douleur d’enterrer la petite Aurélia au cimetière de Midlands et y retourner le lendemain pour conduire Nathalia auprès de sa soeur. « Nathalia aurait eu deux ans le 15 janvier », indique Ton Wills Ravina. Et son oncle Christopher fêtera ses 30 ans le jour d’après. « Je serais rentré à Maurice pour célébrer l’anniversaire des deux », poursuit le grand-père. Rodrigues, il veut y aller. Non pour voir les développements qui ont façonné son île, mais pour faire le vide dans sa tête, dit-il.