Pour la petite famille Meetoo de Bon-Accueil, le destin a été implacable ce jeudi matin. Pourtant, rien ne présageait de funeste. La jeune mère de famille, Sunanda Kumari Boodhoo, aussi connue sous le nom de Diksha, âgée de 20 ans, attendait avec impatience et avec une joie indescriptible un heureux événement que toute femme anticipe. Enceinte de neuf mois, l’accouchement étant annoncé pour ce mois, elle a connu l’expérience atroce de perdre son deuxième, Pritish, aussi affectueusement appelé Kodu, âgé de deux ans et demi, dans des conditions cruelles ce jeudi matin.
Jusqu’ici, les cris et les pleurs de ce garçonnet, la proie des flammes, résonnent encore dans la tête de cette maman, pour ne pas dire hantent cette mère qui essaie de comprendre ce terrible coup du sort. Elle arrive difficilement à réconcilier la conjugaison des circonstances de ce matin. Mais plus atroce encore demeure l’image saisissante de la dépouille de Kodu complètement carbonisée, aussi méconnaissable sous le lit, avec à ses côtés deux chiots qui faisaient la joie des enfants et ayant subi le même mort. L’enfant, qui avait cru chercher refuge sous le lit contre les flammes envahissantes, a été fait prisonnier à ce même endroit.
Difficile étape de transition de cette maman, qui refuse de retourner sur les lieux du cauchemar depuis ce jeudi fatidique. Elle a été accueillie chez ses beaux-parents à Laventure où se sont déroulées les funérailles de Pritish et pour accueillir ce troisième enfant, probablement porteur d’espoir pour la famille Meetoo, qui traverse une période très sombre.
Force est de constater que Diksha, abattue par le poids du drame, arrive encore difficilement à prendre la mesure du malheur. C’est une jeune mère meurtrie et taciturne qui a fait des adieux déchirants à son benjamin, lors des funérailles émouvantes, jeudi après-midi à Laventure. Toutes les marques de sympathie et de compassion exprimées par les parents, voisins et habitants des Meetoo ont du mal à atténuer la douleur de cette mère de famille, qui a assisté impuissante au décès tragique de son fils.
Pourtant, cette journée de jeudi avait commencé comme les précédentes. Les deux enfants Parish, connu sous le nom de Baboo, 4 ans, et Pritish, s’étaient réveillés vers 6h15. Selon une routine bien établie, après avoir fait leur toilette, ils se mettent au lit pour regarder des dessins animés pendant que Diksha s’attèle comme d’habitude à la lessive dans la salle de bain, se trouvant à environ 25 mètres de leur maisonnette, qui consiste en tout et pour tout de deux pièces en tôle, soit la cuisine et la chambre à coucher.
La tête baissée, les yeux humectés de larmes, Diksha raconte qu’elle a d’abord entendu une explosion. « Mo finn galoupé, mo finn ale gété ki finn arrivé. Mo trouv difé partou. Enn gros la fimée noire, pas kapav rentré, pas kapav respiré », murmure-t-elle, bouleversée. En même temps, elle voit sortir Parish, son aîné. « Mo tann mo tipti (Pritish) pé krié, pé ploré. Mo na pas finn kapav fer narnien. Mo finn zis krié difé, difé, pou ki mo bann voisins tandé », dit-elle en n’arrivant pas à dissuimuler la douleur.
Son époux, Permanand Meetoo, plus connu comme Raju, 35 ans, arrive en même temps sur les lieux. Marchand de fruits confits en face du collège Bon Accueil SSS, il était venu récupérer une corde lorsqu’il a vu sa maison en flammes. Impuissant devant la poussée de flammes, il a eu le réflexe de demander à un voisin de conduire son fils aîné plus loin pour qu’il n’assiste pas à l’incendie.
Ravin Lutchmiah, un voisin, propriétaire d’une quincaillerie a aperçu de la fumée en ouvrant la fenêtre arrière de son commerce. « Mo finn kroir ki enn dimoun inn met difé dan saleté. Lerla mo finn tann madam-la (Diksha) krié difé, difé », raconte-t-il, encore sonné par les récents événements. « Ti éna enn bonbonne gaz rouz dan la cour. Nou finn tir sa pou évite enn explosion. »
Faisant preuve de solidarité, les voisins alertés par les cris des uns et des autres ont alors tenté de maîtriser les flammes avec les moyens du bord. « Nou finn met lance, éna finn teigne ek scéo dilo ». Les pompiers de Flacq ont presque au même moment été prévenus. Ils sont arrivés sur les lieux une dizaine de minutes plus tard, mais il était hélas trop tard. Après avoir circonscrit l’incendie, les soldats du feu n’ont pu que constater le décès du petit Pritish, sous le lit. Il croyait probablement pouvoir se protéger.
Auparavant, Rooben S., un autre voisin, avait réussi à enfoncer la porte. « Séki monn trouvé bien triste. Enn zimaz ki na pas pou kit mwa d’aussitôt. Monn trouv so ti lé corps finn fini carbonisé avek so deux ti lisiens », raconte-t-il, les larmes aux yeux. L’autopsie pratiquée par le médecin légiste de la police a conclu le décès de Pritish à une asphyxie.
Parish, l’aîné, a dû être transporté à l’hôpital de Flacq pour cause de brûlures sur l’avant-bras gauche. Ce dernier a pu regagner le domicile de ses grands-parents dans l’après-midi. Il se serait brûlé en tentant de porter secours à son jeune frère en le faisant sortir du sinistre. C’est ce que racontaient les proches à l’enterrement qui affirment par ailleurs être inquiets pour la suite des événements, car le petit s’est refermé sur lui-même. Ce drame a, semble-t-il, marqué cet enfant. « Nou pas ankor gagne létemps kozé. Nou pas koné même kouma finn arriv sa, ni ki finn passé andan », laisse quant à lui entendre Raju ainsi qu’un de ses frères.
Cela fait bientôt deux ans que le couple Meetoo a emménagé dans cette humble demeure. Auparavant, le couple habitant à Laventure avec les parents de Raju. Mais en raison de la promiscuité des lieux, le couple a bougé quelques kilomètres plus loin à Bon-Accueil.
Bouleversés par cette tragédie familiale qui s’abat encore une fois dans un milieu pauvre, les députés de la circonscription de Flacq/Bon-Accueil), dont les ministres Raj Dayal et Pritiviraj Roopun, ont apporté leur soutien. Présent aux funérailles du petit Pritish, Raj Dayal a donné la garantie aux parents en présence de la presse que la construction de la maison des beaux-parents sera achevée pour qu’ils puissent y emménager avec leur fils rescapé et le bébé dont la naissance est prévue le 19 août. Hormis une cotisation des voisins du couple, le District Council de Flacq a fait un don de Rs 25 000, et les frais de l’enterrement et des prières ont été pris en charge par les députés de l’endroit.
Raj Dayal, également responsable du Disaster Committee, estime qu’il est impératif que les parents apprennent aux enfants les premiers gestes à faire pour se protéger lors d’un incendie. Certains ont le mauvais réflexe de se cacher sous le lit ou dans l’armoire.
Les circonstances exactes du drame n’ont pu être établies, quoi que les enquêteurs penchent pour un court circuit, d’autant que le couple s’alimentait en électricité grâce à un branchement des voisins.