Le gigantesque incendie qui a ravagé dans la nuit du 13 au 14 juin la tour Grenfel, un immeuble d’habitation dans l’ouest de Londres ? faisant 80 morts et plusieurs blessés, suscite peine et consternation dans le monde entier. La polémique sur la question de la sécurité en cas d’incendie de cette tour de 24 étages, dont la fin de la construction date de 1974, dotée d’une seule cage d’escalier, étroite, et d’une seule entrée, enfle. Pouvons nous nous prémunir prévénir d’un tel incendie ? «Oui» disent les pompiers à condition que tout le monde joue son rôle. Pourtant  Maurice avait vécu une épreuve semblable, toute proportion gardée, le 11 septembre 1975, lorsque l’immeuble d’Harel Mallac à la rue Edith Cavell fut la proie de flammes. Cet incendie avait donné lieu à une commission d’enquête présidée par le juge Victor Glover.
D’emblée, le Chief Fire Officer Louis Pallen et l’Assistant Chief Fire Officer Dorsamy Ayacouty, du Mauritius Fire And Rescue Service (MFRS) — qui compte 700 pompiers pour les 10 casernes réparties à travers l’île et qui dispense des formations aux 105 autres à Beau-Bassin, — répliquent que « ce genre d’incendie ne devrait pas avoir lieu ». Pourtant, il est bien survenu à Londres, l’une des villes les plus riches du monde. Nos soldats du feu seraient-ils des super-héros, capables de braver des flammes que les 40 camions à incendie et les 200 pompiers mandés à la tour Grenfel n’ont pu circonscrire ? « Non », répondent-ils, « de par la somme de connaissances que nous avons sur les différentes causes d’un incendie et les expériences accumulées à travers le monde, ce genre d’incendie ne devrait pas survenir ».
Selon eux, « ce qui s’est passé est le résultat d’une faille d’un ou de plusieurs des maillons dans la chaîne de protection à prendre pour éviter un incendie». Ce qu’avance également Ben Williams, Station Manager de Red One, compagnie de Devon and Somerset Fire and Rescue Service, basée au Royaume-Uni qui était récemment à Maurice aux côtés d’Andrian Sellick et Donna Nelmes, occupant les mêmes fonctions, et de Michael Anthony Burroughs, diplômé et membre de l’Institution of Fire Engineers dans le cadre d’une formation à l’intention de 30 officiers mauriciens dans le domaine de l’Incident Command System (ICS), niveau 1, à 16 autres officiers pour le Fire Investigation niveau 1 et à quatre officiers du Forensic Science Laboratory (FSL). « Aujourd’hui, avec le nombre d’informations que nous avons, l’on peut maîtriser les situations d’incendie ». Dans le cas de l’incendie de Londres, disent-ils, les défaillances dans la sécurité et des négligences, dont un revêtement hautement inflammable, des systèmes d’alerte incendie qui ne sonnent pas à tous les étages, des avertissements d’habitants qui avaient été ignorés… expliqueraient le bilan humain très lourd.
Des bâtiments aux normes
La liste des anomalies qui ont occasionné l’incendie de la tour d’habitation à Londres semble longue, notent Louis Pallen et Dorsamy Ayacouty : « Aujourd’hui, et ce, selon les Guidelines Building Construction de 2006, lorsqu’un bâtiment est construit, qu’il s’agisse d’une simple maison ou d’un immeuble, il doit être construit selon des normes qui éliminent les risquent d’incendie. A commencer par les ouvertures, les couloirs, les escaliers, etc. » Et avec les différents types de revêtements disponibles sur le marché, il existe une combinaison de facteurs qui font que les risques d’incendie sont amoindris. « Cela consiste en des Passive Fire Protection measures. » Ils rappellent que depuis 2006, selon la loi, les immeubles doivent disposer d’Active Fire Protection Measures comme des alarmes, des détecteurs de fumée, un système de suppression automatique, etc., qui sont autant d’avertisseurs en cas d’incendie.
La Banque de Maurice,  le bâtiment le plus haut
Cependant les risques d’incendie existent bel et bien, concèdent-ils. A Port-Louis surtout, où se trouvent les plus hauts immeubles de Maurice (78 au total), le plus élevé étant la Banque de Maurice (21 étages, 400 occupants). «Nous avons connu de grands incendies, les plus spectaculaires sont ceux de Harel Mallac, Hassamal, CMT, Courts de Quatre-Bornes, et Chantier de Port-louis », rappellent les combattants du feu de la MFRS. Mais heureusement aujourd’hui, avec les normes établies, nous pouvons éviter ces incendies ravageurs, ajoutent-ils. En plus des normes à respecter, la maintenance est obligatoire. « C’est comme un véhicule. Il faut un servicing régulier pour éviter des problèmes ». A ce titre, le rôle du Fire & Safety Manager de chaque entreprise est capital, tout comme celui du Fire Warden, appelé à mobiliser le personnel en cas d’alerte incendie. Une mesure à laquelle chaque logeur ou promoteur d’un bâtiment doit se plier en nommant un responsable pour respecter la loi.
« Pas possible de circonscrire un feu out of control »
Si le Chief Fire Officer et l’Assistant Chief Fire Officer du MFRS sont d’avis qu’ « on n’est jamais prêt pour ce type d’incendie de Londres, car il n’est pas possible, quels que soient les moyens qu’on se donne, de circonscrire un feu qui est out of control », ils soutiennent que les pompiers de Maurice sont correctement formés et sont équipés pour combattre un incendie : « Non seulement nous avons la formation et l’expérience requises, mais nous disposons aussi d’équipements: les survêtements, les appareils de respiration, les plan d’action, etc., qui nous aident sur le terrain à sauver la vie des gens. » Non pas que les pompiers mauriciens soient des super-héros, mais ils sont plus efficaces du moment que tout le monde joue son rôle. « S’il y a accumulation de négligences, définitivement dans n’importe quel pays, on ne pourra rien faire. Nous ne sommes pas des super-héros, le feu est dangereux. Le tout c’est de respecter les normes. » Avant de construire un bâtiment, le promoteur doit faire une application auprès du MFRS qui formule des recommandations, et par la suite, après vérifications, octroie un certificat, si le bâtiment répond aux normes. 
Defensive et Offensive Response
Ce sont les circonstances qui déterminent la meilleure stratégie à adopter par les pompiers lorsqu’un feu se déclenche. Ainsi, tous les bâtiments à Maurice doivent disposer d’un plan de construction et d’un plan d’évacuation, ce qui facilite la tâche des pompiers une fois sur le terrain. « Nous avons des procédures préétablies. Sur le site, nous observons ce qui se passe et nous adaptons ensuite notre plan d’action appelé le Incident Command », expliquent-ils. «Sur le lieu d’incendie, nous faisons une évaluation dynamique de la situation et décidons sur le tactical mode à suivre, soit le Defensive mode (en extérieur), soit le Offensive Mode (en intérieur) ». Et d’ajouter que, normalement, en prenant en considération la sécurité et les risques, les pompiers commencement toujours par le mode défensif. « Toutefois, s’il y a des gens coincés à l’intérieur du bâtiment, nous passons directement à l’offensive car notre mission est de sauver des vies », disent-ils.
Louis Pallen et Dorsamy Ayacouty évoquent la dernière acquisition du MFRS qui est un camion doté d’une échelle avec possibilité d’extension de 30 mètres pour un working height de 32 mètres. S’agissant des jumping mats, dont on voit souvent l’utilisation dans les films, ils sont unanimes : «Nous travaillons de nos jours dans la modernité. Outre le fait que tous les bâtiments doivent être conçus pour éviter toute propagation d’incendie, il y a des Fire Wardens, et différents dispositifs pour contrer un feu à l’intérieur, ce qui fait que dès le déclenchement d’un incendie, tout le monde, comme le recommandent les lois du Health and Safety, sait ce qu’il faut faire et par où évacuer. Ce qui facilite le travail des pompiers, qui eux, avec l’expérience, savent tout aussi bien quoi faire sur le terrain. Dans tous les cas, il faut qu’un bâtiment dispose d’un Emergency Evacuation Plan », expliquent les pompiers, qui font ressortir que généralement il faut trois minutes au maximum pour évacuer. Ce travail relève du Fire Warden designé par l’entreprise. C’est pourquoi les membres du MFRS estiment que « si chacun joue son rôle et assume ses responsabilités, nous n’aurons pas d’incendie aussi dramatique que celui de Londres ». D’où leur plaidoyer pour que les Mauriciens adoptent une « safety culture». « C’est comme on le fait pour la sécurité routière. Dans un accident, on ne sait jamais quand un feu peut se déclencher. Il faut pouvoir réagir vite », disent Louis Pallen et Dorsamy Ayacouty.