Leur calvaire, à leur avis, « n’a pas de fin ! » Ces nombreux habitants du voisinage de l’hôpital Jeetoo, à Port-Louis, se disent « excédés et dégoûtés » ! À l’instar de ce professionnel de la médecine qui, chaque jour, ne peut que constater « à quel point la fumée et les cendres ont, petit à petit, raison de notre santé, à tous, et détruisent notre environnement ». Cependant, leurs pétitions et doléances, présentées aux ministères de la Santé et de l’Environnement, « ne sont pas restées lettre morte », rassurent ces autorités. « Une solution globale et nationale, moyennant le financement adéquat » viendra « résoudre la situation ».
« Oui, le ministère de la Santé et celui de l’Environnement ont pris note de nos problèmes », soutiennent, en retour, les habitants concernés. « Mais quand viendra cette solution et combien de temps encore devons-nous vivre cloîtrés dans nos maisons ? À subir les conséquences sur notre santé et voir nos cours, nos maisons, nos voitures et nos meubles être lentement détruits ? »
À voir les arbres noircis dans le voisinage direct de l’hôpital, les rebords des fenêtres des maisons enduits de solides couches de poussières émanant des fumées crachées par l’incinérateur ainsi que les sols des maisons, crasseux, les plantes – qui n’arrivent plus à respirer –, l’état des dégâts pousse les habitants concernés « à ne plus savoir à quelle porte frapper » !
Mais ce problème ne se limite pas uniquement au voisinage de l’hôpital Jeetoo. « Certains membres du personnel sont également révoltés par cette situation », affirment quelques habitants. « Mais comme ils sont des employés du secteur public, ils n’ont pas d’autre choix que de se taire… »
Une autre habitante de la localité, professionnelle de la médecine, explique comment, cette semaine, « en rentrant de ma consultation, à l’heure du déjeuner, il y avait un énorme brouillard » ! Elle poursuit : « Je croyais, au départ, à un incendie. C’était très dense, je ne voyais même plus ma maison… » Mais après quelques minutes, cette Mauricienne s’est rendue compte que « c’était tout bonnement la fumée crachée par l’incinérateur, on n’en peut plus ! »
En revanche, les patients de la Chest Clinic, eux, ne comptent pas garder le silence. « Mo deza malad, mo gayn problem bronches », explique cette jeune femme d’une vingtaine d’années. « Mo vinn fer tretma isi, regilierman. Me souvan, kan insinerater la rezet so la fime, mo koumans pli malad… » D’autres malades, dont certains atteints d’asthme et de problèmes respiratoires, abondent dans le même sens. Selon les habitants, « des médecins nous ont expliqué que cette fumée a définitivement une réaction nocive sur notre santé ». Certains avancent même qu’elle « contient des particules cancérigènes ».
Au niveau du ministère de la Santé, on assume le problème : « Nous sommes en présence des doléances des habitants autant que des patients, et nous sommes d’accord sur le fait que cet incinérateur pose problème. » Notre interlocuteur ajoute : « Avec le ministère de l’Environnement, nous planchons sur une solution à long terme. Il s’agit d’un projet très coûteux et qui ne se limitera pas uniquement à l’hôpital Jeetoo. Il concerne tout le pays, car pas seulement les hôpitaux, mais également les cliniques, doivent gérer ce problème. »
En effet, chaque jour, ces incinérateurs placés dans les centres hospitaliers doivent « brûler ces déchets, comme du plastique, mais aussi d’autres choses », le tout « dans un souci d’hygiène et de respect » des normes. « C’est un mal nécessaire. Mais nous convenons que ces fumées causent du tort au voisinage. » Ce qui fait, poursuit cette source du ministère de la Santé, que « dans un premier temps, ces incinérateurs sont opérationnels, dans la mesure du possible, uniquement durant les heures où les personnes ne se trouvent pas dans leurs maisons ».
Début de solution que les habitants trouvent « totalement illogique » puisqu’il n’y a « pas d’heure où nous ne sommes pas chez nous » ! Pour l’heure, ainsi, concluent-ils, « nous n’avons de répit que les dimanches et les jours fériés, quand l’incinérateur n’est pas opérationnel ». Sinon, « c’est le même calvaire toute la semaine et une demi-journée durant, les samedis… »