Réac is back ! Eh oui, les réactionnaires sont de retour. Qui aurait pensé qu’en 2018, et après 50 ans d’indépendance, il y aurait un leader politique pour non seulement préconiser le maintien du Best Loser System, mais pour aussi suggérer qu’il y ait un nouveau recensement communal après qu’il eut été aboli en 1982, dans le sillage du premier 60/0 et de la grande «communion» entre un peuple et un parti, comme l’avait si bien décrit sir Gaëtan Duval ? Et pourtant, c’est ce dont il a été question hier, lors de la conférence de presse du leader du PMSD, Xavier Duval. La modernité dans toute sa splendeur quoi !

Beaucoup de Mauriciens diront que ce n’est pas une surprise que de telles inepties anachroniques viennent du parti qui a historiquement combattu tout ce qui était synonyme de progrès, à commencer par l’indépendance, l’université de Maurice et même l’autoroute. Mais on est au 21e siècle. Il y a des postures qui sont tout bonnement incompréhensibles.

Que recherche Xavier Duval avec son recensement communal ? S’il y a toujours une majorité nette ou des minorités en progression ? So what ? Et lorsqu’il aura obtenu les chiffres pour chaque communauté, qu’en ferait-il ? Savoir si, après la débâcle de son poulain au N°18, il doit avoir la physionomie exacte de la circonscription pour savoir s’il y reste ou s’il doit migrer ailleurs, dans une région qui correspond mieux à son profil ? Retourner à une des circonscriptions où il a déjà transité, les N°4, 6, 20, 17 ?

C’est bien triste pour le pays qu’il y ait encore de telles demandes primaires relevant d’un autre siècle. Alors que l’on avait, sous la pression du comité des droits de la personne des Nations unies, réussi en 2014 à faire un petit pas, temporaire certes, vers une situation un peu plus saine qui permettait aux candidats à une élection générale d’avoir l’option de ne pas rester dans une case sectaire et ne pas être obligé de se revendiquer d’une communauté. Pourquoi, à chaque fois que l’on peut faire un pas en avant, il se trouve toujours des esprits chagrins pour nous ramener trois pas en arrière ?

À mettre également dans le registre de l’incompréhension l’affaire du bébé mort et qui aurait été victime d’une négligence médicale. Le ministre de la Santé, un professionnel plutôt correct, contrairement à son prédécesseur Anil Gayan, a bien évoqué les grandes lignes du rapport du Fact Finding Committee, mais pourquoi n’est-il pas rendu public, ce document ? Le président et les membres du Fact Finding Committee ont dû être payés pour leur investigation, pourquoi alors ne pas donner l’occasion aux contribuables de faire leur propre opinion ?

C’est un peu trop facile d’être parcimonieux avec la vérité, de désigner un coupable, un bouc émissaire, diront certains, sans que l’on soit mis devant les faits, les tenants et les aboutissants de cette affaire. Comment s’est opérée la chaîne, entre l’admission du petit patient, son examen par un médecin, la prescription délivrée, l’accès à la pharmacie et l’administration du médicament ? C’est tout cela que l’on demande à voir. Il ne faut pas donner l’impression, parce qu’il y a une tête à offrir pour apaiser un couple en détresse, que l’on est économe avec les faits.

Non moins compréhensible ce qui se passe dans nos prisons et autres lieux d’enfermement. Avec un commissaire qui collectionne des faits et propos qui sont loin de rassurer lorsqu’ils ne choquent pas. Veda Baloomoody, alerté sur la situation qui prévaut au Correctional Youth Centre, a évoqué l’affaire de jeunes détenus dévêtus sur leur lit. Le Premier ministre par intérim, Ivan Collendavelloo, a réagi promptement et a référé l’affaire à la commission des droits de la personne qui a fait son enquête.

Le Commissaire des Prisons a décrété que les détenus avaient « chaud » et c’est la raison pour laquelle, selon lui, ils se sont déshabillés. Pour s’aérer un peu. Hervé Lassémillante, qui est le référant de la Commission des droits de la personne pour tout ce qui touche à la maltraitance, a déploré cet état de choses, tandis que l’Ombudsperson, apparemment plus préoccupé par celui qui a pris les photos et qui les a refilées à un élu, plutôt que les conditions de détention de ces enfants, a posé un tout autre diagnostic.

Et lorsqu’on a fini de dire qu’ils présentent des troubles psychologiques et qu’ils ont des tendances suicidaires, que fait-on ? On les laisse doublement enfermés, déjà, à cet âge, reclus du monde et, en plus, seuls avec leur peur et leur angoisse ? Le constat ne suffit pas. Il faut des mesures pour les aider, d’autant qu’ils sont fragiles. S’ils ne peuvent être envoyés pour traitement à l’hôpital Brown-Séquard, ce qui est compréhensible, il faut mettre sur pied des sections distinctes dans ces Correctional Youth Centres où ces enfants pourront être traités et suivis pour qu’ils puissent au plus vite retourner à une vie normale d’adolescents. Partout dans le monde, on est confronté à de telles situations et on a trouvé les voies et moyens de les aider pour qu’ils puissent intégrer la société sans grand problème.

C’est un peu comme ceux qui, hier, enfermaient et isolaient les enfants autistes et ceux qui présentaient un trouble bipolaire ou qui manifestaient des tendances à l’hyperactivité. On est dans un autre monde aujourd’hui. Il n’y a qu’à voir ce que réussit une Organisation non-gouvernementale comme Open Mind, avec des enfants avec des troubles du comportement compliqués, mais qui sont accompagnés de bien belle manière.

Bien sûr, ils ne s’en sortent pas tous, mais ils sont nombreux qui, avec la thérapie appropriée, sont transformés et qui, dans la vie adulte, sont à peu près comme tout le monde, la frontière entre la folie et le génie étant tellement ténue. Ramener nos enfants égarés à une vie décente et responsable, c’est possible. Mais pas avec un Commissaire des Prisons dont la spécialité est d’utiliser des détenues pour qu’elles se déhanchent pour les beaux yeux de quelques invités étrangers !