Face à l’épidémie de Covid-19, qui a fait désormais plus de 100 000 malades et occasionné quelque 3 400 décès à travers le monde, nous sommes forcés d’accepter la dure réalité : « We are extremely vulnerable ! » À force en effet de répéter que nous étions les meilleurs dans différents domaines, nous avions commencé à croire que nous étions invincibles. Mais la réalité, c’est que nous sommes vulnérables. D’abord au changement climatique, parce que nous sommes entièrement dépendants de l’importation de notre approvisionnement, en particulier en produits alimentaires essentiels, parce que nous sommes loin aussi de nos principaux marchés, et parce que nous avons un marché intérieur en dessous de la masse critique. Nous sommes tout autant vulnérables face aux perturbations atmosphériques, en particulier les tempêtes. Et maintenant, il nous faudra accepter que nous sommes également vulnérables face aux épidémies et pandémies.

Comme le faisait remarquer le Premier ministre à l’Assemblée nationale hier, 90 pays, dont les plus avancés économiquement, financièrement et scientifiquement, ou qui, comme Singapour, comptent parmi les plus disciplinés, sont désormais victimes du virus. Aucun pays n’est plus protégé totalement. « There is no such thing as 100% foolproof. » C’est une façon d’alerter la population sur l’éventualité qu’il nous faudra peut-être affronter le pire. C’est-à-dire que le pays n’est pas immunisé contre le Covid-19.

Il faut sans hésiter reconnaître les efforts faits jusqu’ici à tous les niveaux par le gouvernement et le secteur privé pour faire face à la situation, et pour avoir réussi à empêcher que le virus puisse entrer sur notre sol. Souhaitons que nous puissions résister encore longtemps. Il est d’ailleurs heureux que le leader de l’opposition, dans une démarche patriotique, ait affirmé que les partis de l’opposition souhaitaient agir en partenariat avec le gouvernement dans la lutte contre ce fléau. Ce qui ne veut pas dire abandonner leur rôle de chien de garde par rapport au gouvernement. Le Premier ministre semble d’ailleurs avoir accepté cette démarche avec une certaine réserve. Dans un acte de bonne volonté, rien maintenant ne l’empêche d’inviter le leader de l’opposition et d’autres parlementaires à faire partie des comités de coordination chargés de suivre l’évolution de l’épidémie.

L’épidémie de Covid-19 nous ramène également à la dure réalité économique. L’économie mondiale connaîtra une baisse de la croissance. Nos principaux partenaires économiques, en Europe, pourraient aussi connaître une récession. Alors que jusqu’ici on évoquait une baisse de 0,3% de la croissance, Pravind Jugnauth a choisi de dire la vérité des chiffres hier en affirmant que la baisse de la croissance pourrait atteindre 0,9%, sinon plus, en fonction de la profondeur et de la longueur de la crise provoquée par le Covid-19.

Déjà, avant l’apparition de l’épidémie, la situation économique n’était pas brillante : le sucre, l’industrie manufacturière et le tourisme n’étaient en effet pas au beau fixe. Le classement de Maurice sur la liste rouge de GAFI n’est pas non plus encourageant pour le secteur des services financiers. Tous ces secteurs en difficultés sont pourtant connus comme de gros pourvoyeurs d’emplois. Dans le but de protéger l’emploi, justement, mais aussi de limiter les dégâts, le PMO a demandé à chaque ministère de réduire leurs dépenses budgétaires de 10% par rapport au budget précédent. Puisqu’il lui sera impossible de réduire les salaires, on suppose que les ministères devront limiter les dépenses superflues ou, éventuellement, les investissements.

C’est probablement l’occasion de mettre en application les recommandations du rapport de l’audit et du Public Accounts Committee, qui relève chaque année des gaspillages et des cas de mauvaise administration. La démarche de réduire sensiblement les dépenses prévues pour célébrer la fête de l’indépendance reste à ce titre symbolique. Les dépenses initiales de Rs 12 M ont en effet été réduites à Rs 2 millions. Sans compter que les voyages ministériels seront eux aussi revus à la baisse. « Pou bizin ser sintir », dit d’ailleurs le Premier ministre.

C’est donc sous le signe de la sobriété que sera célébré l’anniversaire de l’indépendance et de la République. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’engager une réflexion profonde afin de voir comment nous équiper pour faire face à tous les dangers qui nous menacent et rebondir lorsque l’épidémie aura été maîtrisée. Souhaitons toutefois une bonne fête nationale à toute la population. Nous avons aussi une pensée spéciale pour toutes les Mauriciennes à l’occasion de la Journée internationale de la Femme.

Jean Marc Poché