C’est à la fin de la première session intitulée « L’indianocéanie, le socle de notre intégration » que le secrétaire général de la COI, qui l’avait lui-même présidée, a affirmé que « Diego Garcia n’est plus une île mauricienne ». Il dit que ceux qui disent le contraire « racontent une histoire ». Selon lui, même si à l’époque le pays était sous administration britannique, la colonie avait donné son assentiment pour cette vente. « L’île a été vendue, on a payé et l’argent a été encaissé avec la mention vente de Diego Garcia ». Jean-Claude de L’Estrac affirme que ce sont des faits même si les conditions dans lesquelles cela a été fait sont discutables. Par conséquent, laisse-t-il entendre, « cela a considérablement affaibli la thèse de souveraineté ». Il indique avoir publié un livre sur la question à partir des documents déclassifiés aux archives britanniques et qui retracent toute l’histoire : « Les actions, les trahisons, les récompenses ou les bribes, dit-il, pour parler comme les Britanniques ». Il affirme qu’il n’y a plus aucun secret à ce sujet aujourd’hui.
Intervenant à la deuxième session dont le thème général était « Échanges et dialogues interculturels dans l’indianocéanie », Jean-Claude Mahoune, doctorant en histoire contemporaine, devait d’abord faire un plaidoyer en faveur de la souveraineté de Maurice sur les Chagos y compris Diego Garcia. Il maintient que Diego Garcia et les Chagos sont aux Chagossiens et aux Mauriciens et a confiance en la mobilisation des intellectuels pour que cette souveraineté leur soit rendue. « Il faut que nous retrouvions ce pays uni », a-t-il dit. Jean-Claude Mahoune a ensuite abordé son sujet : « Indianocéanie : l’histoire et les traditions nous rapprochent ». Il estime que Maurice et les Seychelles sont parentés, « que c’est le sang d’une même famille qui coule dans nos veines ». Il indique que « les Seychelles compte beaucoup sur la COI pour établir des recherches afin que nous retrouvions nos racines ».
Les Chagos et Diego Garcia sont revenus plus tôt dans la communication présentée par Issa Asgarally, linguiste et écrivain mauricien, dont le thème était « Indianocéanie : espace interculturel, espace de paix ? ».
Indignation
M. Asgarally s’interroge sur la paix dans cet espace et cite JMG Le Clézio, qui dans un article paru dans le journal Libération le 2 mai 2013, « s’indignait » de la situation. « Ainsi la boucle est bouclée, et l’archipel des Chagos continuera sans doute, sauf élément imprévisible actuellement, à être les porte-avions de l’Armée américaine au Proche et Moyen Orient (…). La Cour européenne des Droits de l’homme a rendu sa décision, dans l’indifférence des puissants de ce monde. Qu’importe une poignée d’îlois, petits agriculteurs, pêcheurs à la ligne dans leur lagon, quand les intérêts stratégiques et militaires sont en jeu, que ces îles lointaines, perdues au milieux de l’océan Indien, peuvent être transformées à vil prix en une des bases les plus opérationnelles du monde – comme elle le fut pour les bombardiers de la guerre du Golfe ? ».
Il devait aussi citer Noam Chomsky, professeur émérite du Massachusetts Institute of Technology (MIT) qui dans son dernier livre « Hopes and Prospects » écrit : « Perhaps the most egregious violation of the intent of a Nuclear Weapons Free Zone (NWFZ) involves the island of Diego Garcia, a major US-UK base for their military operations in the Middle East and Central Asia, and a storage site for nuclear weapons for future use. The island, from which the population was brutally and illegally expelled by the British overlords to build the huge US military base, is claimed by Mauritius, a signer of the african NWFZ ». Issa Asgarally dit qu’il n’y a pas que les États-Unis et la Grande Bretagne qui militarisent l’océan Indien. « La France le fait aussi. La Chine et l’Inde y ont également des velléités d’extension de leur influence ». Il a fait une série de suggestions pour développer, ou plutôt consolider et étendre un espace interculturel. Il a, entre autres, proposé que l’histoire, la géographie et les littératures des îles indianocéanes figurent dans le programme scolaire, la redynamisation de l’Université de la communication, que l’on procède à un échange de programmes télévisés pour promouvoir l’interculturel. Pour faire de l’océan Indien une zone de paix, il cite Amita Agarwal du Indian Council of Social Science Research (ICSSR) qui dans sa communication à l’occasion du colloque de la Fondation interculturelle et la paix, en décembre dernier, avait affirmé : « Cela peut être réalisé par la promotion de relations cordiales entre les nations régionales, sans tenir compte de leur puissance et de leur influence, en tant que partenaires égaux, et par l’élimination de toute présence militaire extérieure de la région. Une zone de paix exige le démantèlement de toutes les bases existantes dans la région, et l’absence de toute menace de la part des puissances extérieures sur l’indépendance, la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale des États côtiers et ceux se trouvant dans l’arrière-pays ». Pour Issa Asgarally, « les graines de la paix doivent être semées dans l’esprit des jeunes. »