Ces 6 et 7 juin, Maurice et les îles de la région regroupées au sein de la Commission de l’océan Indien (COI) vont se pencher sur la question de l’Indianocéanie. Un concept crucial pour le devenir de ces pays éloignés du reste du monde mais qui, géographiquement, sont proches et partagent une même histoire et un même océan. Le Secrétaire général de la COI, Jean-Claude de l’Estrac nous fait le point sur l’importance de liens plus solides entre l’Union des Comores, La Réunion, Madagascar, Maurice et les Seychelles et situe les perspectives possibles dont chacun peut bénéficier.
 Bien que le concept ne soit pas nouveau, datant de 1961 avec pour auteur l’écrivain mauricien Camille de Rauville, l’Indianocéanie semble peiner à faire son chemin. Il a néanmoins évolué avec le temps. Il a été utilisé à ses débuts pour définir le brassage biologique, culturel, littéraire et psychique de notre région, et d’autres auteurs et historiens et mêmes des acteurs politiques y ont eu recours pour nommer le territoire culturel commun entre les mondes afro-asiatique, hindouiste, indonésien, animiste et chrétien. Ce dont nous devons avoir conscience, souligne le secrétaire général de la COI, estimant que l’Indianocéanie “est un laboratoire interculturel par excellence”.
Enjeux.
Les peuples des îles de la région ont d’autres raisons pour s’approprier ce concept car ayant des défis similaires à relever : développement durable, adaptation au changement climatique, réduction de la vulnérabilité. À ce titre, Jean-Claude de l’Estrac penche pour des échanges commerciaux interrégionaux plus poussés alors qu’ils ne sont que de 5 % actuellement. Cela alors que des entreprises peuvent tirer un plus gros avantage de la croissance. Pour lui, il ne fait aucun doute que les importateurs peuvent s’approvisionner en matières premières agricoles au sein de l’Indianocéanie au lieu de se tourner vers des pays lointains. Une façon de faire des économies mais aussi de miser sur l’écologie. Ces coopérations renforcées pourraient aussi être un atout à l’heure de la mondialisation. “Ensemble, dans une Indianocéanie réellement intégrée et compétitive, nous serions mieux armés pour nous ouvrir au plus vaste monde”, souligne-t-il. Le secrétaire général de la COI situe ainsi l’Indianocéanie comme “un tremplin pour nos économies, pour notre devenir”.
Fort de cette idée, le colloque qui se tient à Maurice va donc regrouper historiens, géographes, anthropologues, linguistes, écrivains, journalistes, sociologues, économistes et architectes, pour réfléchir ensemble sur le thème “Indianocéanie : socle et tremplin de notre devenir”. Les 6 et 7 juin, ils animeront des causeries et discussions pour “saisir les contours de notre région, si riche et si diverse, et prendre la mesure des enjeux qui nous guettent”, fait comprendre Jean-Claude de l’Estrac.
Rapprochement.
Pour y arriver, les défis sont nombreux et la COI s’attelle à les relever. En premier lieu, l’organisme mise sur la sécurité de l’approvisionnement des économies des différentes îles, afin de les relier entre elles et de les insérer dans le flux des échanges mondialisés. Alors que les Seychelles vivent dans l’angoisse de devoir dépendre que d’un seul transporteur maritime, Jean-Claude de l’Estrac espère compter sur la création d’un système de cabotage régional, soit une infrastructure flottante. Afin de mener à bien ce projet, des pourparlers ont lieu actuellement avec les grandes compagnies maritimes internationales.
Au début du mois de mai, des discussions se sont tenues sur la possibilité de création d’une ligne aérienne régionale afin d’améliorer la connectivité entre les différentes îles. Il a été noté que le manque de liaisons aériennes est un obstacle au développement touristique dont chacun peut bénéficier. Cela constitue un autre défi que comptent relever les différents partenaires de la COI, ce qui rapprocherait davantage les pays de la région. Il est aussi question de télévision régionale pour permettre à chaque peuple de mieux connaître les autres.
Stabilité durable.
À bien des égards, la crise politique qui affecte Madagascar depuis quelques années semble être un frein à la mise en oeuvre et la mise en pratique de la coopération sous le label de l’Indianocéanie. La COI suit bien évidemment la situation de près. Jean-Claude de l’Estrac parle même de “motif d’inquiétude” à propos de l’évolution récente de la situation, avec les trois candidatures controversées pour les prochaines élections présidentielles. La COI étudie en ce moment deux options possibles mais reste optimiste quant à une évolution saine de la situation, étant persuadée que Madagascar “est notre chance”. La raison évoquée, c’est que la Grande Île constitue à elle seule 99% du territoire de l’Indianocéanie et regroupe 95 % de sa population. Ce qui place Madagascar comme pays ayant un grand potentiel, dont celui, surtout, de servir de grenier pour l’Indianocéanie et ainsi assurer la sécurité alimentaire de la région. Ajouté à cela, le concept des Îles Vanille, encore en gestation, peut utiliser la Grande Île comme atout touristique avec ses magnifiques paysages.
Il va sans dire que tous les pays de la région devraient se sentir concernés par la crise malgache car elle hypothèque les projets économiques des investisseurs et met un frein à leurs ambitions. Jean-Claude de l’Estrac souligne que le rôle de la COI, en tant qu’organisation de proximité géographique et culturelle, est “d’aider Madagascar à retrouver le chemin d’une stabilité durable” car la Grande Île est “la chance de l’Indianocéanie”. Rendez-vous est donc pris ces jeudi 6 et vendredi 7 juin à Mahébourg.