Maurice a lancé récemment un Programme national d’efficience énergétique (PNEE) dans le but d’aider les industries qui sont de gros consommateurs d’énergie à réduire leurs factures à travers des audits énergétiques sans en affecter leur performance. Une réduction de 10 à 40% dans la consommation a été observée dans certaines entreprises qui dépendent énormément du pétrole importé pour leur fourniture énergétique.
De manière générale, l’industrie manufacturière à Maurice dépense au moins 20% de leurs coûts d’opérations sur l’énergie. Même si le prix du pétrole a chuté, les coûts d’opération restent historiquement très élevés comparé aux dix dernières années. Meaders Feed Ltd, entreprise située à Riche-Terre, qui produit environ 850 000 tonnes d’aliments pour animaux depuis les deux dernières décennies, se trouve dans une telle situation. Le PNEE lancé en 2014 et financé par l’Agence française de développement (AFD) était comme un grand avantage pour cette entreprise, dont la facture énergétique continuait à augmenter. Elle utilisait le diesel et ensuite le gaz LPG pour produire de la vapeur dans une chaudière de deux tonnes pour cuire les aliments. « Nous avons immédiatement accepté la proposition d’audit énergétique venant de la part de l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM) car il ne nous coûtait presque rien et, en plus, il était mené par des experts européens », déclare Mahmood Hafez Amir, Factory and Plant Manager chez MFL.
À la fin de l’audit énergétique mené l’année dernière chez MFL, les experts ont recommandé l’isolation correcte des tuyaux sortant de la chaudière afin de ne pas perdre de la vapeur dans l’atmosphère et, aussi, un entretien régulier des équipements. « Nous avons observé ces recommandations correctement et nous pouvons dire que le MFL a économisé entre 15 à 20% de sa consommation énergétique durant la phase pilote tout en réduisant sa facture énergétique. Ce qui est non seulement bon pour notre entreprise, mais aussi pour l’environnement et l’économie du pays », observe-t-il. M. Amir estime « qu’auparavant, nous étions quelque peu négligents et indisciplinés, mais maintenant, nous en sommes plus conscients des conséquences du gaspillage d’énergie sur nos finances et notre économie ».
L’efficience énergétique est au centre des défis de la compétitivité du secteur industriel et celui des services pour une île comme Maurice, très vulnerable par nature, et où le développement de bonnes politiques énergétiques est clairement une voie pour contrôler les coûts de l’énergie et renforcer la résilience économique aux chocs externes. Le PNEE est destiné à améliorer la compétitivité des entreprises et protéger ainsi les emplois existants, en en créant de nouveaux, et aussi de nouvelles opportunités de business durable.
C’est en 2012 que la question de savoir si nos entreprises ne consommaient pas trop d’énergie a été posée, suite à une hausse de la demande. Elle a été étudiée et l’on a ainsi découvert que les hôtels, les bureaux, les supermarchés et autres hypermarchés, qui représentent environ 650 grandes entreprises, consomment environ 60% de l’énergie totale produite à Maurice au coût d’environ Rs 8 milliards annuellement. « Nous avons alors travaillé un plan d’audit énergétique, qui nous a montré que nos grandes entreprises pouvaient économiser environ 15% d’énergie, sans en affecter leur performance. Nous pouvons ainsi éliminer environ 40 MW d’électricité du réseau du CEB et réduire aussi l’importation du pétrole dont nous en avons besoin pour produire de l’électricité, tout en réduisant 173 000 tonnes de CO2 annuellement », déclare Mickaël Apaya, chef de mission (Énergie et Environnement) au the Joint Economic Council (JEC). Selon lui, au lieu de 15%, des gains de 10 à 40% ont été obtenus lors de la phase pilote du projet. L’expert en énergie et président de l’Energy Efficiency Management Office (EEMO), Khalil Elahee, estime que le PNEE est une excellente initiative qui devrait servir d’exemple tant au secteur privé que public. « Il faut cesser le gaspillage d’énergie et devenir efficient. Cela ne va pas affecter la performance de nos entreprises », dit-il. Après le secteur alimentaire, l’AMM procédera à l’audit énergétique du secteur manufacturier, de l’hôtellerie et de la chaîne du froid, où la demande en énergie est très forte.