Les laboureurs et artisans en sont à leur deuxième jour de grève. Ils sont plus nombreux aujourd’hui à se rassembler devant les trois grandes usines sucrières, à savoir Alteo, Terra et Omnicane. Pendant toute la nuit, les grévistes se sont relayés pour faire le guet devant ces usines afin de s’assurer qu’aucun camion n’entre ou ne quitte les locaux. La conséquence est que les raffineries se retrouvent en chômage technique car elles n’ont pas les moyens de stocker le sucre raffiné sur place. Il y a également une crainte de black-out si les centrales thermiques ne peuvent être approvisionnées en charbon. Dans les deux camps – patronat et travailleurs – on lance un appel au bon sens.
Dans le Sud, les travailleurs de Britannia, Rose-Belle et Mon Désert/Mon Trésor sont venus renforcer les rangs des grévistes devant les locaux d’Omnicane ce matin. Contrairement à hier, tous les camions sont restés au garage aujourd’hui. Les grévistes ont campé devant l’usine pendant toute la nuit pour s’assurer qu’aucun camion contenant le sucre, le charbon ou l’éthanol ne circule. Dans un tel contexte, la raffinerie n’a pas opéré aujourd’hui. En revanche, les activités de la centrale thermique et de la distillerie d’éthanol se poursuivaient à la mi-journée.
Une panne de courant survenue dans le village de L’Escalier depuis ce matin suscite toutefois des interrogations quant à un lien avec la grève. Ashok Subron, négociateur syndical, dénonce ce qu’il appelle le « chantage d’Omnicane » en ce qui concerne la fourniture d’électricité. Selon lui, la centrale thermique de Savannah dispose d’un stock de charbon lui permettant de continuer à produire le courant jusqu’à la semaine prochaine. « Ce n’est pas parce qu’il y a eu deux ou trois camions qui n’ont pu avoir accès à l’usine qu’il n’y a plus de charbon. D’ailleurs, nous n’avons donné aucun mot d’ordre pour bloquer les camions de charbon, les travailleurs font un picketing c’est tout. »
Ce dernier précise que la grève se passe dans des conditions pacifiques avec la collaboration de la police. Il dénonce toutefois la présence « d’agents provocateurs disant appartenir à un certain parti politique qui ont lancé aux grévistes : lizinn bizin roule. Cela, en présence des policiers. »
Ashok Subron dit également avoir reçu un appel des officiers du ministère du Travail l’informant que des négociations pourraient avoir lieu. Il précise cependant : « Il n’y a rien de formel jusqu’ici. On doit savoir ce que propose la MSPA concrètement avant d’arrêter la grève. Les travailleurs veulent un accord à leur satisfaction. » Il lance un nouvel appel aux actionnaires de l’industrie sucrière, leur demandant de mettre fin à leur « attitude intransigeante. »
De son côté, le CEO d’Omnicane Jacques d’Unienville a qualifié cette grève de « regrettable » et dit avoir pris toutes les dispositions pour continuer l’approvisionnement en énergie. « Cette grève est regrettable. Nous avions réussi, grâce à beaucoup d’efforts de part et d’autre, à harmoniser les relations industrielles et grandement améliorer les conditions de travail. Cette grève est bien sûr légale, mais jette un froid sur le chemin parcouru entre les employés et le management. »?Jacques d’Unienville regrette également la démarche des grévistes d’empêcher les camions de circuler. « Nous constatons des intimidations et le blocus qui affecte d’autres composantes du cluster cannier. Nous prenons toutes les dispositions pour continuer l’approvisionnement en énergie au pays. Mais si cela continue ainsi, il y a un point où cela deviendra difficile. C’est regrettable d’en être arrivé à cette situation qui n’est pas bonne pour qui que ce soit, employés, employeurs et surtout, pour le pays. »
D’autre part, des incidents ont éclaté hier après-midi ainsi qu’au cours de la soirée sur les sites de travail, dont celui d’Alteo. Pour des raisons qui méritent des éclaircissements, des dépositions ont été consignées par les travailleurs et des membres de la MSPA pour diligenter une éventuelle enquête. Les recoupements d’informations indiquent que le refus des travailleurs de laisser les camions entrer sur le site d’Alteo dans l’Est serait à la base même de ces incidents. Dans un communiqué envoyé aux salles de rédaction très tôt ce matin, la MSPA confirme que plusieurs de ses membres ont pris la décision de consigner une entrée à la police suite à des cas d’intimidations et de menaces, au point où certains employés ont dû se faire raccompagner chez eux par des services de sécurité.
De plus, dans certains endroits, les camions et autres véhicules devant se rendre dans les centrales thermiques ou les raffineries ont été immobilisés dans les cours des compagnies sucrières par les grévistes, qui bloquaient le passage des routes vers ces entités. Il est important de préciser que les centrales et les raffineries, qui ne sont d’ailleurs pas membres de la MSPA, se trouvent dans les alentours des compagnies sucrières pour des raisons de logistique, mais sont des entités séparées, avec des actionnaires différents, indique le communiqué de presse des patrons de l’industrie sucrière. Ces derniers, craignant tout dérapage, lancent un appel à l’ordre pour que les droits de tous soient respectés.