En ce troisième jour de grève dans l’industrie sucrière, le gouvernement compte intervenir dans le litige en ayant recours à des moyens légaux, dont une éventuelle injonction de la Cour suprême pour mettre un terme à ce débrayage. Par la même occasion, le GM veut amener les deux parties, soit la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) et le Joint Negotiating Panel des syndicats de l’industrie sucrière à conclure un accord sur le litige industriel. Probablement, cette demande d’injonction, initiée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, devra intervenir en cours d’après-midi, après la réunion de médiation convoquée d’urgence pour 14 heures au ministère du Travail et des Relations industrielles. Toutefois, interrogé à la mi-journée, un représentant de la MSPA devait faire comprendre qu’aucune convocation n’a été reçue à la Plantation House alors que dans les milieux syndicaux, on confirme la participation tout en rejetant la dernière proposition officielle d’une révision salariale de 13 % avec effets rétroactifs depuis janvier dernier. Sur le terrain, la tension commence à monter.
Alors que la grève légale déclenchée dans les établissements sucriers depuis mercredi se poursuivait ce matin, le gouvernement a décidé d’avoir des recours légaux pour mettre fin au mouvement de grève et amener les deux protagonistes à arriver à un accord, a appris Le Mauricien de sources sûres ce matin.
Dans les milieux proches du Premier ministre, on faisait comprendre ce matin que « cette grève porte non seulement atteinte à toutes les parties prenantes de l’industrie sucrière mais également à la réputation de Maurice auprès de ses clients. » Les conséquences de cette cessation d’activités à l’usine et aux champs sont que « si la canne n’est pas coupée et transportée à l’usine à temps la teneur en sucre sera affectée de même que le tonnage de sucre produit ».
Dans les milieux du gouvernement, on craint également que la réputation dont jouit Maurice auprès de l’Union européenne pourrait être entamée et que le pays soit appelé à payer une compensation si l’industrie sucrière ne parvient pas à respecter ses obligations. Des craintes sont également exprimées par rapport à la génération d’énergie électrique à partir des centrales thermiques dans l’industrie sucrière.
Interrogé peu avant la réunion du conseil des ministres de ce matin où il devait « report progress » sur l’évolution de l’action industrielle dans l’industrie sucrière, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, affirme avoir constaté un durcissement de la position dans les deux camps alors que la grève entame son troisième jour. « J’ai eu des contacts avec la MSPA, qui campe toujours sur sa position. J’ai eu également des échanges avec les animateurs du JNP, qui semblent n’avoir pas changé de position depuis. Je constate qu’il n’y a aucun élément menant à une conciliation et encore moins aucune flexibilité », dit-il en confirmant la réunion de cet après-midi. Il a rappelé que les dernières propositions officielles portent sur une augmentation salariale intérimaire de 13 % avec effets rétroactifs depuis janvier dernier et également l’institution d’une commission d’enquête sur l’industrie cannière.
« Chantage de la MSPA »
À la mi-journée, avant de se rendre au ministère du Travail et des Relations industrielles pour la réunion de médiation, les dirigeants du JNP ont tâté le pouls des artisans et des laboureurs au sujet du Package de 13 %. « La réponse a été des plus catégoriques. Ils rejettent cette proposition. Nous sommes ouverts aux négociations, mais il n’est pas question d’accepter une augmentation salariale de 13 % et de laisser les autres sujets au tribunal d’arbitrage », a déclaré Ashok Subron.
L’animateur du JNP rappelle que « la situation des travailleurs saisonniers, de la raffinerie et de la centrale thermique ainsi qu’une retraite décente aux laboureurs et artisans font également partie des revendications. » Il déplore une fois de plus ce qu’il appelle « le chantage de la MSPA en ce qui concerne l’électricité. » Selon lui, les centrales thermiques ont suffisamment de charbon pour continuer à rouler et il est « faux de dire que la grève affecte leurs activités. » Il ajoute qu’en procédant ainsi, la MSPA chercherait à « forcer Navin Ramgoolam à interdire la grève, alors que c’est une grève légale. »
En ce qui concerne la réunion de cet après-midi, le porte-parole de la MSPA laissait comprendre à la mi-journée : « Nous n’avons reçu aucune communication officielle pour la réunion d’aujourd’hui. »
Dressant un bilan de ces premiers jours de grève, le patronat note que des répercussions négatives commencent à se faire sentir avec huit jours de retard sur la coupe et qu’il n’est pas à écarter que celle-ci s’étende au-delà du 31 décembre 2014. « Il est pratiquement certain que la coupe pour cette année ira au-delà du 31 décembre, avec les répercussions négatives sur la productivité car plus une canne est coupée tard, plus son taux d’extraction est bas », fait-on comprendre du côté de la MSPA, qui fait également état de tension.
Maintenir la pression
« Des entrées à la police ont été multipliées durant la journée, et des mesures de sécurité supplémentaires ont été demandées au cas où la situation se dégraderait pendant la soirée », explique Jean Li, directeur de la MSPA. En parallèle, la MSPA confirme que « de plus, depuis hier, les routes d’accès sont bloquées et les camions devant se rendre dans les centrales thermiques, distilleries, ou les raffineries qui se trouvent dans les alentours des usines de trois des douze membres de la MSPA, sont immobilisés. »
« Un mouvement de grève devrait être synonyme d’arrêt de travail de ceux qui sont concernés par le litige en question. Toutefois, il ne devrait certainement pas causer l’arrêt des activités de compagnies qui ne sont nullement concernées par cette grève. Or, nous constatons que les raffineries et distilleries qui ne sont même pas membres de la MSPA sont en arrêt de production, car, non seulement les véhicules sont bloqués, mais il nous a été rapporté que leurs employés sont aussi victimes de graves intimidations », poursuit Jean Li.
De leur côté, les travailleurs en grève ne comptent en aucun cas rentrer chez eux pendant ce week-end à venir en vue de maintenir la pression sur les épaules du patronat sucrier. Les recoupements dans l’est de l’île, soit à l’usine Alteo, tendent à confirmer que la mobilisation est toujours au beau fixe en cette fin de semaine. « Tout se passe bien en ce moment et nous maintenons cette grève de 24h/24. Depuis ce matin il y a une mobilisation de 400 travailleurs devant Alteo dans l’est de l’île avec 100 % des laboureurs et artisans ne participant pas au travail. Nou paré kouma premye zour. Nou pou passe samedi ek dimans ici mem », déclare le syndicaliste Serge Jauffret, responsable des grévistes de la région est.
Par ailleurs, les laboureurs et artisans ont une nouvelle fois fait le picketing devant l’usine d’Omnicane hier soir. Ils se sont relayés pour assurer une présence régulière sur les lieux. Valeur du jour, la centrale thermique et la distillerie d’éthanol du cluster de La Baraque sont toujours en opération. Seule la raffinerie est en chômage technique.