Les dessous du contrat d’exportation de 300 000 tonnes de sucre liant le Syndicat des Sucres au géant européen du sucre Südzucker inquiètent les planteurs de cannes, petits et grands, avec la perspective de l’échéance 2017 au sein de l’Union européenne. C’est ce que fait comprendre un ancien président du Syndicat des Sucres et planteur du Sud, Raffick Chattaroo, qui fustige en même temps le silence des autorités, plus particulièrement la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA), dans la conjoncture.
Le Director Designate du Syndicat des Sucres, Devesh Dukhira, devrait effectuer son baptême du feu cet après-midi lors de la réunion convoquée par le ministre des Affaires étrangères Arvin Boolell, consacrée aux orientations de l’industrie sucrière avec le prochain démantèlement du régime de quotas au sein de l’Union européenne à partir de 2017, avec des répercussions néfastes sur le prix du sucre exporté par Maurice.
La réunion convoquée cet après-midi par le ministre Boolell, en l’absence du ministre de tutelle, Satish Faugoo, a pour but d’établir un état des lieux des arrangements pour les exportations de sucre dans les année à venir, soit pour la période menant jusqu’à 2017 et pour la période coïncidant avec le démantèlement des quotas d’exportation sur le marché européen. La principale inquiétude des planteurs de cannes s’articule autour du prix de Rs 16 500 la tonne de sucre versée par le Syndicats des Sucres et les arrangements convenus dans le cadre du Long Term Partnership Agreement pour des primes de l’ordre de Rs 6 000 par tonne de sucre versées à Südzucker.
Tout semble indiquer que le Director Designate du Syndicat des Sucres, Devesh Dukhira, qui succédera à Jean-Noël Humbert vers la fin de cette année, devrait se retrouver en première ligne des discussions cet après-midi. L’un des dossiers qui devra retenir l’attention concerne les dispositions arrêtées par le Syndicat des Sucres pour le marketing du sucre d’ici à 2017 en marge des changements majeurs enregistrés sur le marché en Europe principalement.
En attendant de prendre connaissance des assurances et des explications du Syndicat des Sucres au sujet de la prime Südzucker, qui pourrait représenter au minimum une enveloppe de Rs 1,8 milliard annuellement, la grogne se fait de plus en plus sentir au sein de la communauté des planteurs au point où un ancien président du Syndicat des Sucres et planteur de cannes dans le Sud, Raffick Chattaroo, dresse un parallèle avec la Hedging Saga à la State Trading Corporation (STC) avec les prix pétroliers en 2008.
« Jusqu’ici, le Syndicat des Sucres s’est drapé dans un silence très lourd sur les primes à Südzucker. En l’absence de toute explication formelle, nous devrons prendre ces détails révélés dans la presse pour de l’argent comptant. Cette affaire de primes ressemble étrangement à la Hedging Saga de la STC. Ce qui est encore plus inquiétant c’est cette absence de réactions de la part de la MCIA ou encore du ministère de l’Agro-industrie. Les planteurs ont besoin de savoir ce qui se passe et au nom de la transparence des informations doivent être communiquées à tous les partenaires de l’industrie », soutient Raffick Chattaroo.
« L’échéance 2017 est un nouveau coup dur pour le sucre après le démantèlement du Protocole sucre. We thought that with the exit of the Sugar Protocol, we would lose on sugar but would be compensated on by products, bagasse and molasses. Mais, planter pa ine gagn nanyen ek aster nou truv Südzucker pe gagn bel prime », s’insurge cet ancien président du Syndicat des Sucres, devenu également un des principaux lieutenants du leader du FSM, Cehl Meeah.
« Un autre exemple du sort réservé aux planteurs : quand vous allez au supermarché, un kilo de sucre se vend à Rs 36. Donc, la tonne revient à Rs 36 000. Savez-vous combien le planteur de cannes perçoit sur la tonne de sucre produite ? Seulement Rs 16 500. Comprenez-vous quelque chose à cette équation », ajoute Raffick Chattaroo, qui croit que le moment est venu pour mettre en place un nouveau mindset au sein de l’industrie sucrière.
« Cette affaire d’échéance 2017 ou encore celle du contrat avec Südzucker, c’est un problème national. Il concerne l’industrie sucrière dans sa globalité. Il n’y a pas de petits planteurs ou de gros planteurs. Nous nous battons pour la survie de l’industrie sucrière. As small planters, we depend on them as they depend on us », a-t-il conclu en dénonçant le fait que des petits planteurs n’ont pas été invités à la réunion des stakeholders de cet après-midi.