Photo illustration

Le début de récolte sucrière, initialement prévu pour le mois de juin, débutera définitivement en juillet, a annoncé hier Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de la Chambre d’agriculture. « Vers la mi-mai, nous serons en mesure de faire un état des lieux et de proposer les premières estimations pour la récolte sucrière 2020 », a-t-elle fait comprendre.

Jacqueline Sauzier attribue ce changement de calendrier non seulement au prolongement jusqu’au 1er juin du couvre-feu sanitaire, mais également au retard enregistré dans l’octroi de permis afin que les travailleurs et artisans puissent compléter la maintenance des usines sucrières. « On a reçu les permis pour les travailleurs qui procéderont à l’achèvement du montage des usines il y a dix jours alors que des demandes en ce sens avaient été soumises trois semaines auparavant. À ce stade, 60% des travaux de montage des usines ont été effectués », souligne Jacqueline Sauzier, qui précise qu’Alteo sera la première usine à entrer en opération début juillet. Jacqueline Sauzier poursuit : « Plus on démarre tard, et plus on finira tard. Ce qui fait qu’on risque de finir au moment où le taux extraction sera le plus faible. Cela aura des répercussions sur tout le monde. »

La secrétaire générale de la Chambre d’Agriculture explique qu’aussitôt la coupe terminée, les usines sucrières seront démontées et nettoyées. Ensuite, les réparations appropriées seront effectuées avant que l’usine ne soit finalement remontée. Elle rappelle par ailleurs que la récolte 2019 a pris fin le 15 janvier dernier. « Ce qui veut dire qu’on a pris un mois de retard sur la maintenance. Ensuite, il y a eu un mois de confinement, durant lequel on n’a pas fait de maintenance. Donc, nous avons accusé deux mois de retard sur le travail de maintenance de l’usine », reprend Jacqueline Sauzier.

Concernant l’entretien et le nettoyage des champs, plusieurs opérateurs attendent toujours d’obtenir les attestations pour leurs travailleurs. « C’est un travail de fourmi. Tous les contracteurs n’ont pas encore obtenu leurs permis. C’est également le cas pour les fournisseurs de services. Si nous n’obtenons pas les permis, les mauvaises herbes continueront à envahir les champs, nous empêchant ainsi de les fertiliser », explique Jacqueline Sauzier. « Le problème, c’est que quand on discute avec le ministère de l’Agro-industrie, on nous assure que les démarches ont été entreprises. Puis les dossiers vont dans un autre ministère, auquel nous n’avons pas accès », observe-t-elle.

Pour Kreepalloo Sunghoon, les petits planteurs sont « un peu en retard » avec la préparation des champs. « Ils ne commenceront pas la coupe avant juillet. Il y a des travaux qui auraient dû avoir été faits, mais qu’on n’a pas encore débutés. Les travailleurs sont confinés. À partir de la semaine prochaine, il faudra commencer à préparer les voies d’accès afin que l’on puisse retirer nos cannes », ajoute le secrétaire de la Small Planters Association, qui se dit « optimiste » à l’effet que cette année sera marquée « par une bonne coupe ».

Salil Roy, de la Planters’ Reform Association, abonde dans le même sens et se dit « confiant » que cette année connaîtra une bonne coupe. Pour lui, « le Covid-19 a permis de redonner à l’industrie sucrière et aux planteurs de cannes leurs lettres de noblesse ». Il poursuit : « C’est le seul secteur qui n’a pas été affecté par le coronavirus. Pendant cette période de confinement, nous avons continué à exporter notre sucre, ce qui a permis au pays d’obtenir des devises étrangères. Sans compter que les IPP ont continué à produire de l’électricité pour les supermarchés, les hôpitaux et le pays en général. »

Pour Salil Roy, le Covid-19 a eu « l’effet d’un ‘wake up call’ » pour rappeler l’importance de l’industrie sucrière et de l’agriculture à Maurice. « Je sais que les planteurs étaient très découragés. Mais si le gouvernement nous donne les incitations nécessaires, beaucoup de planteurs retourneront vers leurs champs, non seulement pour produire de la canne, mais également d’autres produits agricoles », estime-t-il, tout en exhortant les opérateurs immobiliers à « cesser de bétonner les ‘prime agricultural lands’ ».

Il s’est finalement réjoui que la pandémie ne soit pas arrivée pendant la récolte sucrière. « Cela aurait mis l’île Maurice à genou. Il faut maintenant tout faire pour qu’il n’y ait pas de résurgence du virus », a-t-il terminé.