Au septième jour, la grève des laboureurs et des artisans de l’industrie sucrière semble ne pas sortir de l’impasse. Au contraire : tout indique que les parties engagées s’acheminent vers un quitte ou double avec un recours à la justice pour mettre un terme au débrayage. Du côté du Joint Negotiating Panel syndical, on ne cachait pas le fait ce matin qu’une radicalisation du mouvement de grève n’est pas à écarter dans la conjoncture. L’heure est à la mobilisation des laboureurs et des artisans en vue de la “marche pacifique” de demain entre Bell-Village et la Plantation House. À la Mauritius Sugar Producers’ Association (MSPA), les dernières propositions du JNP en vue de mettre un terme à la grève ont été tout simplement rejetées sans aucune autre forme de procès. Au ministère du Travail et des Relations industrielles, les différentes options possibles sont évaluées avant d’entériner une décision en cette période électorale.
« Il est malheureux de constater que l’intransigeance du patronat sucrier pousse à une radicalisation du mouvement de grève. Il y a une détermination de la part des laboureurs et des artisans de l’industrie de ne pas accepter un arbitrage indépendant sur leurs droits acquis. C’est l’unanimité à ce sujet suite à une résolution votée sur tous les sites de grève depuis le début de la semaine », déclare Ashok Subron, négociateur du JNP. « Ce durcissement du mouvement de grève pourrait prendre la forme d’un retrait des propositions syndicales soumises au ministère par le JNP depuis dimanche. Ce deal proposé est un gage de la bonne foi des travailleurs dans la conjoncture. Mais les faucons de l’industrie sucrière privilégient une autre voie », a poursuivi le négociateur du JNP syndical.
Les syndicalistes de l’industrie sucrière misent sur une démonstration de force dans les principales artères de la capitale pour faire pencher en leur faveur. « Depuis le début de cette crise dans l’industrie, nous avons fait preuve de flexibilité. Mais les droits acquis des travailleurs restent les droits acquis », fait-il comprendre.
Du côté de la MSPA, les membres affirment qu’ils ont épluché en détail les propositions contenues dans une correspondance transmise dimanche soir par le ministère du Travail et des Relations industrielles, faisant état du nouveau package de propositions du JNP. « Celles-ci ne permettaient pas de mettre un terme au conflit. Malheureusement, la MSPA a informé le ministère que ses membres sont d’avis que ces nouvelles propositions ne permettaient pas d’aboutir à un accord juste et équitable pour les deux parties, et ce pour diverses raisons », déclare le patronat dans un communiqué de presse en date d’hier soir.
Le patronat fait ainsi d’abord ressortir qu’au-delà de la demande d’augmentation de 15%, qui était au-dessus de la proposition du ministre lui-même, soit 13% étalés sur 4 ans, le JNP refusait toujours que le litige et les points de la MSPA soient considérés dans le cadre d’un arbitrage. « De plus, le JNP demandait encore à ce que certaines “conditions sine qua non” soient entendues par le NRB rapidement, alors que ces conditions ne font même pas partie des négociations ou des litiges qui ont été déposés soit par la MSPA ou le JNP. Le JNP continuait aussi à demander l’inclusion des employés des centrales électriques et des raffineries dans les présentes négociations, alors qu’ils sont employés par des sociétés différentes, pour certains avec des actionnaires séparés, et qui ne sont même pas membres de la MSPA. En conséquence, la MSPA n’est absolument pas mandatée pour signer un accord au nom de ces sociétés. Un autre point soulevé par le JNP comme condition “sine qua non” portait sur le cadre légal régissant l’emploi de 20% de saisonniers, alors que ce point est clairement déjà défini dans la loi », commentent les dirigeants de la MSPA.
Dans ce même courrier adressé au ministère, les membres de la MSPA ont aussi réitéré leur proposition pour une augmentation salariale intérimaire de 11% sur 4 ans et qu’ensuite, tous les autres points des deux litiges soient référés pour arbitrage, lequel serait “binding”. Le patronat sucrier reste convaincu que cela demeure « la meilleure solution » étant donné les positions trop éloignées des deux parties. Des contacts étaient toujours en cours dans la soirée d’hier entre les membres de la MSPA et les officiers du ministère. Les techniciens du Travail étaient également engagés dans des consultations avec le JNP syndical. Depuis ce matin, les membres de la MSPA sont dans l’attente d’un document officiel expliquant une éventuelle nouvelle position du JNP.