Le bras de fer engagé par la Mauritius Sugar Producers’ Association (MSPA) avec le Joint Negotiating Panel (JNP) dans l’industrie sucrière amorce un tournant décisif dans la conjoncture. Le conseil des ministres devait être en présence ce matin d’un Progress Report sur le mandat alloué au ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, en vue de trouver une solution à la crise susceptible d’affecter le déroulement de la présente récolte sucrière. Les délibérations se dérouleront avec en toile de fond les commentaires répétés du Premier ministre Navin Ramgoolam selon lesquels la prise de position du patronat sucrier est « injuste ». Une nouvelle tentative du ministre du Travail et des Relations industrielles hier pour désamorcer la situation a échoué. D’autre part, les animateurs du JNP ont entamé depuis le début de l’après-midi le décompte du vote des artisans au sujet de la grève aux termes des dispositions prévues dans la loi.
À moins d’une décision émanant du Cabinet Meeting du jour, les dernières indications sur le déroulement des négociations semblent pousser dans la direction d’un enlisement du litige industriel avec le JNP prenant l’initiative d’alerter la Commission européenne à Port-Louis et à Bruxelles au sujet des manquements majeurs par rapport aux conditions stipulées dans les « European Union Regulations 1905/2006 » en date du 18 décembre 2006 et promulguées par le Parlement Européen.
« Nous avons pris la décision de transmettre une correspondance formelle à la Commission européenne pour dénoncer la démarche inacceptable de la MSPA, dont les membres sont les principaux bénéficiaires des subsides de l’Union européenne dans le cadre de la réforme sucrière. Nous dénonçons le fait que la MSPA ne fait que violer les conditions attachées au plan de réforme », a fait comprendre au Mauricien Ashok Subron, un des animateurs du JNP après le round de consultations d’hier.
« La MSPA veut imposer des changements fondamentaux au Pattern of Industrial Relations sur lequel avait été conclu le plan de réforme avec le financement de l’Union européenne. De ce fait, cet entêtement du patronat sucrier porte un sérieux préjudice aux droits acquis des employés de l’industrie sucrière se voyant ainsi refuser le droit à un “fair and equitable” deal découlant des fruits de la réforme », soutient encore le représentant syndical de l’industrie sucrière.
À ce stade, les yeux des syndicalistes, des employés de l’industrie sucrière et de la MSPA sont tournés vers le gouvernement en vue de prendre connaissance des derniers développements après la réunion du conseil des ministres du jour. Très peu de détails ont transpiré sur la riposte de l’hôtel du gouvernement face à l’attitude « injuste » dans la conjoncture de la MSPA et dénoncée par le Premier ministre.
En 48 heures, le Premier ministre est intervenu dans cette affaire. Pas plus tard qu’hier, à Clarisse House lors d’une réception en l’honneur des lauréats des derniers examens de Higher School Certificate (HSC), il a tenu à transmettre un message très fort au patronat de l’industrie sucrière en exprimant le souhait d’un « dénouement juste » dans ce conflit industriel.
« J’aime qu’il y ait la justice. Lorsqu’il y a des exagérations je le fais savoir. Par exemple certains disent que le PRB doit accorder une augmentation de 75 %. Ils vivent dans un autre monde, sur une autre planète. Cela veut dire qu’ils ne savent pas ce qui se passe dans le monde. Je vois que les revendications des travailleurs sont justes et équitables. La MSPA doit revenir sur sa position parce que ce qu’elle fait n’est pas juste. Je comprends qu’elle retournera sur sa position, parski mo krwar zot kone. Enn fwa monn pran enn desizion mo al lorla mwa », a déclaré Navin Ramgoolam avant la réunion du conseil des ministres.
Réagissant aux dernières propositions avancées lors des séances de travail, présidées par le ministre du Travail et des Relations industrielles, les syndicalistes de l’industrie sucrière dénoncent avec force « le piège tapé du patronat avec l’imposition des négociations sectorielles » dans ce secteur. « C’est comme si les travailleurs de l’industrie sucrière retournaient à la case départ avec ces propositions. Plus grave encore demeure le fait que la MSPA demande aux travailleurs de l’industrie sucrière de surrender l’outil de grève en 2013. Le patronat s’est permis d’apporter cette condition des plus inacceptables sur la table des discussions en présence du ministre du Travail alors que le Premier ministre ne manque aucune occasion pour afficher des positions diamétralement opposées et rejoignant celles des syndicats en faveur d’un fair deal. »
Par ailleurs, le JNP poursuit ses préparatifs vers la tenue d’une grève de durée illimitée dans l’industrie sucrière. En attendant le vote des laboureurs prévu à partir de lundi, le décompte du scrutin parmi les artisans a été effectué en cours d’après-midi. Les syndicalistes, qui se disent confiants d’un vote massif en faveur de la grève, ont pris la décision pour avertir le président de l’Employment Relations Tribunal, Rashid Hossen, qu’ils seront absents lors de la prochaine séance de cette instance au sujet de la grève.
« Dans une correspondance que nous avons adressée au président du tribunal, nous lui avons signifié notre intention de challenge son Ex-Parte Order devant les instances appropriées. Nos conseils légaux sont d’avis qu’une telle décision du tribunal en faveur de la MSPA est Ultra Vires », ajoute Ashok Subron.