Le ministre du Travail Shakeel Mohamed, envoyé au front par le Cabinet, tentera un tour de force pour trouver un accord lors de la convocation de la Mauritius Sugar Producer’s Association prochainement à Victoria House. Après avoir officiellement entendu l’ultimatum des syndicalistes pour abandonner toute idée de grève hier, le patronat est actuellement en consultation avec ses membres. Le processus de vote par bulletin secret pour une action de grève illimitée a repris tôt ce matin, après la trêve d’hier, avec les artisans des établissements sucriers du Sud se rendant aux urnes. Dans les six centres de vote, l’on retient la présence de la police et l’« ambiance cool », en dépit d’une injonction contre tout préparatif de grève.
Les consultations d’environ trois heures entre Shakeel Mohamed et les membres de la Mauritius Sugar Producer’s Association (MSPA) n’ont donné aucune indication quant aux prochaines manoeuvres qui seront adoptées dans l’industrie sucrière. Toutefois au terme des échanges, Cyril Mayer de la MSPA a qualifié cette session de travail d’extrêmement positive. « Nous avons expliqué en détail au ministre notre position et fait comprendre les différends entre la MSPA et les représentants des travailleurs », a-t-il expliqué à la presse.
Tout en précisant que la MSPA réitère son respect pour le judiciaire, Cyril Mayer a soutenu qu’à ce stade les représentants de l’association ne peuvent prendre d’engagement. Il est primordial, a-t-il souligné, de consulter les membres avant de se prononcer quant aux conditions des syndicalistes. Les derniers recoupements effectués indiquent néanmoins que la date et l’heure de la nouvelle rencontre entre le ministre du Travail et le patronat n’ont pas encore été arrêtées. Mais elle devrait avoir lieu dans les jours à venir.
Aucun consensus n’ayant été trouvé hier lors des consultations et compte tenu de l’expiration de l’ultimatum des syndicalistes, le processus de vote par bulletin secret a repris depuis 6 h aujourd’hui pour les artisans de dix compagnies sucrières se trouvant dans le sud de l’île. Cet exercice se déroule alors que l’Employment Relations Tribunal a prolongé l’injonction intérimaire jusqu’à mardi prochain, soit le jour de la comparution des parties pour débattre sur la légalité de la participation des travailleurs à une grève.
Compte tenu du fait que le président de l’ERT, Me Rashid Hossen, ait réclamé des poursuites au bureau du Directeur des poursuites publiques et au Commissaire de police contre ceux n’ayant pas respectés l’injonction initiale, il existait de fortes probabilités que l’ambiance soit explosive aujourd’hui sur les propriétés sucrières. Mais le strike ballot s’est déroulé jusqu’à la mi-journée dans la sérénité et en présence de la police. Dans un premier temps, trois centres de vote étaient ouverts aux artisans avant que trois autres n’ouvrent leurs portes vers 11 h. « Il y a eu une implication importante des travailleurs ce matin, ce qui reflète leur colère. Nous avons le soutien de l’île Maurice. Nous écrivons une nouvelle page de l’industrie sucrière », explique Serge Jauffret du Joint Negotiating Panel (JNP).
Lors d’un pointage vers midi, les responsables du processus de vote indiquaient qu’un taux de participation général de plus de 67 % avait été atteint. Dans les rangs du JNP, l’on s’attend à ce que la barre, pour les artisans de la région Sud, atteigne 80 % d’ici la fermeture des votes à 18 h. « Nous sommes dans une phase cruciale dans la lutte des travailleurs de l’industrie sucrière, pour tous les travailleurs de Maurice et la liberté syndicale. Le move des patrons pour empêcher cet exercice démocratique de vote par bulletin secret est inacceptable. Il est temps que les membres de la MSPA remettent en cause leur intransigeance », lance Ashok Subron en guise d’ultime tentative de trouver un accord. « Nous lançons un appel aux centrales syndicales et aux Mauriciens pour soutenir l’acte de bravoure des travailleurs du secteur sucre. Nous tenons à remercier les personnalités politiques qui nous soutiennent. Nous avons un record de la position des parlementaires sur ce sujet », a-t-il conclu.