La passe difficile que traverse l’industrie touristique dans le sillage de la crise dans la Zone Euro continue à retenir l’attention des principaux opérateurs du secteur. La dernière édition de Beachnews, publication du groupe Beachcomber, préfère s’en remettre au diagnostic des spécialistes du marché touristique en Europe, principalement en France, pour réaffirmer que « la destination Maurice se porte bien et conserve une notoriété haut de gamme sur le marché français » tout en mettant en exergue que « le point vulnérable de ce secteur se situe au niveau de l’offre aérienne, dont le prix du billet et la disponibilité des sièges avion ».
Dans son éditorial, Malenn Oodiah souligne avec force que « Maurice reste “une destination facile à vendre” en raison de la “qualité des prestations hôtelières”, du “sens de l’accueil”, de la “gentillesse des Mauriciens”, et de “la sécurité de la destination”. Pour nos invités, le principal frein à la vente de la destination est l’accès aérien. Il y a la “cherté du prix du billet d’avion”, “les taxes à l’aéroport” et la non-disponibilité de sièges d’avion avec le resserrement du réseau qui fait de Paris le seul point de départ pour toute l’Europe ». Et de rappeler : « C’est un fait que le tourisme mauricien souffre de ces deux problèmes structurels : un déséquilibre entre une offre (hébergement touristique) excédentaire et une demande (arrivées touristiques) déficitaire,
ainsi qu’un problème d’accès aérien dû en grande partie aux difficultés d’Air Mauritius qui a été obligée de revoir son business model avec comme conséquence un resserrement de son réseau et une diminution de sièges d’avion disponibles. La compagnie aérienne ne pense qu’à la rentabilité en oubliant son rôle de développer la communication avec Maurice ».
Analysant l’état de l’industrie touristique mauricienne, François-Xavier de Boüard, coprésident d’AFAT Voyages-Selectour, à la tête de 15 agences et plus d’une centaine de collaborateurs en France, ne passe pas par quatre chemins. « Le principal frein est l’aérien. Il y a le niveau tarifaire – le prix du billet d’avion – qui est trop élevé par rapport à d’autres destinations. Il y a aussi les taxes diverses à l’aéroport qui s’élèvent à 450 euros pour une personne. Un autre gros problème est la disponibilité de sièges d’avion avec la nouvelle politique de desserte aérienne d’Air Mauritius qui fait de Paris le seul point de départ de l’Europe. Il y a aussi le côté un peu “People” parfois relayé par une certaine presse qui a un peu orienté la clientèle vers une autre destination plus tranquille », fait-il comprendre.
Ce spécialiste du marché touristique français récuse également la thèse de tourisme de masse dans le pays. « L’île Maurice, ce n’est pas le tourisme de masse. C’est ce qui a fait son succès. En tant que professionnels nous ne souhaitons pas que le pays devienne une destination de masse. Regardez ce qui se passe à Marrakech avec un développement qui s’est appuyé sur une densification de l’hôtellerie. À ce type de développement, je dirais trop c’est trop. La formule “All Inclusive” peut parfois donner lieu à une baisse de la qualité. Mais la formule Serenity Plus du Shandrani ne me pose aucun problème. »
Bonne image du pays
De son côté, Jean-Pierre Mas, occupant les mêmes fonctions que François-Xavier Boüard chez AFAT Voyages-Selectour est catégorique que Maurice ne souffre d’aucun préjudice sur le plan de l’image sur les principaux marchés. « Non, il n’y a pas de problème d’image sur le marché français. Il y a eu certes dans un passé récent quelques litiges d’après-vente sur certains dossiers concernant des produits d’entrée de gamme, et qui ont dû fermer leurs portes. Dans le public, le pays continue d’avoir une très bonne image axée sur les deux piliers que sont la sécurité de la destination et la qualité de l’hôtellerie et de ses services », répond-il tout de go.
Mais il trouvera à redire sur le dossier de l’aérien en mettant en garde contre la concurrence venant de la République dominicaine et d’autres destinations dans les Caraïbes, les Maldives, les Seychelles. « Les problèmes liés au transport aérien, c’est-à-dire le prix du billet d’avion et la disponibilité des sièges, constituent un véritable frein à la vente. La baisse du pouvoir d’achat des potentiels clients, due à la crise économique, et le moral des ménages, plus précisément l’inquiétude quant à l’avenir, pèsent également sur les décisions de voyager. Le prix des vacances avec la forte composante que représente l’aérien est un inconvénient. Il y a aussi un peu de l’usure de la destination. Il faudrait, tout en sachant que Maurice reste une destination balnéaire, communiquer sur la richesse et la variété de l’île. Le tourisme d’intérieur peut être exploité comme un complément », fait comprendre Jean-Pierre Mas.
Sur un plan plus général, l’éditorialiste de Beachnews note qu’« au niveau de Beachcomber, l’heure est à la poursuite de la mobilisation de tous pour faire face aux difficultés actuelles et à venir. Une mobilisation axée sur l’amélioration constante de la qualité des produits et des prestations – à l’exemple de la rénovation au Shandrani ; les innovations en marketing avec l’utilisation intelligente des nouveaux outils que sont Facebook, Twitter ou les blogs ; les efforts sans relâche pour lutter contre toutes les formes de gaspillage. La crise que traverse le tourisme mauricien n’a aucunement entamé notre acte de foi dans le tourisme et le pays, de même que notre engagement citoyen à travers la FED et des initiatives écologiques ».