Le directeur de Banker Shoes, Rajoo Permal Sinnapan, est d’avis qu’il vaut mieux importer des chaussures pour les vendre sur le marché local plutôt que d’en fabriquer. « La compétition farouche venant de Chine a tué l’industrie locale des chaussures. De nombreuses entreprises ont fermé leurs portes. D’ici la fin de l’année, Banker Shoes cessera de fabriquer des chaussures et en importera elle aussi », fait ressortir Rajoo Permal Sinnapan.
Banker Shoes, située à Ste-Croix, fabriquait à une époque environ 500 paires de chaussures quotidiennement. Elle en fait dix fois moins maintenant. L’entreprise employait, il y a encore deux ans, une soixantaine de personnes, maintenant elle n’a que 19 employés à son service.
« La situation dans cette industrie est difficile. Li pe al fini », fait ressortir Rajoo Permal Sinnapan, qui rappelle que la dégringolade a commencé dans ce secteur avec la décision du gouvernement, en 2011, d’abolir la taxe de Rs 80 sur les chaussures importées. Cette taxe, affirme-t-il, protégeait l’industrie locale. « Comment concurrencer les chaussures chinoises qui sont placées entre Rs 200 et Rs 250 la paire alors que nous, nous plaçons nos chaussures entre Rs 400 et Rs 450 la paire ? », s’interroge-t-il. Il indique que les entreprises chinoises fabriquent elles-mêmes leurs matières premières, la main-d’oeuvre coûte moins et les chaussures chinoises sont vendues moins cher. « Par contre, nous, nous devons importer notre matière première et notre main-d’oeuvre est plus cher. Comment concurrencer les Chinois dans pareille situation ? », se demande-t-il.
Dès que le gouvernement a enlevé la taxe de Rs 80 sur les chaussures importées, Banker Shoes a commencé à réduire graduellement son personnel. Plus affectées sont les micro-entreprises et les artisans avec qui elle sous-traite ses travaux et qui opèrent dans les régions défavorisées telles que Cité La Cure, Petite-Rivière, Baie-du-Tombeau et ailleurs. « Je n’ai plus de travaux à leur offrir », fait ressortir M. Sinnapan. Il estime que c’est le gouvernement qui est le principal responsable du sort de ces micro-entreprises et aussi des petites et moyennes entreprises (PME) dans cette industrie qui ne peuvent faire face à la concurrence chinoise. « On me dit d’exporter mes chaussures. Je n’arrive pas à vendre mes chaussures dans mon propre pays, pensez-vous qu’il est facile de le faire en terre étrangère ? Même en Afrique, c’est difficile, car la concurrence chinoise est très présente également sur le continent », dit-il. Rajoo Permal Sinnapan a été voir au Mozambique et en a discuté avec de nombreux entrepreneurs africains « mais ce n’est pas facile ». « L’Afrique est encore loin pour nous », affirme-t-il.
Interrogé au sujet de la chute de l’industrie des chaussures, le ministre des Affaires et des Coopératives, Jim Seetaram, indique que les directeurs de ces entreprises étaient venus le voir pour discuter de leur avenir, après l’enlèvement de la taxe sur les chaussures importées. « J’ai pris connaissance de leurs doléances et le conseil des ministres a décidé de leur offrir des facilités financières afin de les aider à restructurer leurs entreprises », répond-t-il. À partir de là, soutient le ministre, plusieurs entreprises ont diversifié leurs activités. « Je constate que de nombreux jeunes intéressés par ce secteur se sont installés à la Tour-Koenig. We still have scope in this field with the Mauritius Business Growth Scheme Unit », affirme le ministre.
Rajoo Permal Sinnapan répond que c’est le service d’un expert français que le gouvernement propose aux entreprises dans le domaine qui « sipoze montre nou kouma fabrik soulie. » « On dépense de l’argent pour rien avec cet expert. Cela fait 45 ans que je suis dans le métier, je connais mon métier et je n’ai pas besoin de design ou autre. C’est le marketing de mes produits qui me préoccupe », lâche-t-il.