« The invisible man » par le trio Ashish Beesoondial (comédien, metteur en scène), Lorven Vydelingum (assistant-metteur en scène et ingénieur son et lumière) et Sedley Richard Assonne (texte dramatique), est une superbe réflexion sur la création de l’artiste et la solitude de l’homme dans une société d’hypercommunication. Le théâtre de ce petit groupe, actif et résistant, avec une maturité collégiale, a emballé les organisateurs du Indianapolis Theatre Fringe Festival, aux USA, au point d’être programmé à partir du 13 août jusqu’au 22 août 2015 à downtown Indianapolis. « The invisible man », sur une musique originale de Ram Joganah et du Grup Latanier, sera jouée à Maurice début août en attendant de trouver une salle de représentation.
Petit rembobinage en arrière : Sedley Assonne raconte que l’idée de la pièce lui est venue à la lecture d’un reportage dans la presse locale sur un clochard qui affronte l’hiver. Le point de départ réside dans le paradoxe d`une société ou règne la compétition et qui déverse sur nous un flot d’informations et où le mode de communication virtuelle bouleverse la vie intime. Il y a aussi le paradoxe du monde du travail, la perte de l’emploi ou la mise en retraite qui sont vécues comme une forme de «marginalisation ». C’est l’inactivité. On ne voit plus son voisin, ni ses amis et surgit « The invisible man ». C’est cette confrontation entre le réel et le virtuel qui est au centre de la pièce de Assonne. Le thème est universel. La pièce a été écrite en un mois et dure 45 minutes. Les notions temps, espace, sont presque gommées. C’est Ashish Beesoondial qui interprètera ce SDF dans différentes situations. Il nous parle de son approche littéraire de la pièce après discussion avec ses partenaires et d’une mise en scène qui tient compte de l’exigence du temps. Pour travailler ce personnage complexe, Ashish nous raconte comment il a passé du temps à observer un sans domicile fixe pour s’imprégner de ses gestes, etc. Alors que le metteur en scène décortique la pièce, Lorven Vydelingum parle des aspects techniques de cette création : comment rendre la pièce dynamique et décrire une vingtaine de situations dans lesquelles se trouve le personnage. Ce petit groupe scénique donne l’impression de porter sa maison sur son dos pour arriver à un jeu de théâtre appuyé, une volonté fière d’en finir avec l’ignorance, l’oubli, l’absence de curiosité et d’ouverture. Mettant la main à la pâte, le comédien, l’auteur, l’assistant-metteur en scène entrent dans le vif du sujet. Chacun peut adapter la pièce au fil des discussions, dit Sedley Assonne, grand admirateur de l’approche théâtrale singulière de Ashish et sa capacité de traiter différents sujets. Asonne, plus connu à Maurice comme poète et romancier de langue créole, nous parle d’une première expérience théâtrale et d’un renouveau (lui qui a participé il y a une dizaine d’années à un petit projet théâtral en tant que comédien et metteur en scène). Voilà un collectif dont la vocation est de se réapproprier un thème universel pour le transformer en réalité imaginaire dans l’espace théâtral, et ainsi éclairer le présent. Et en bonus, l’auteur a accepté de partager avec nos lecteurs un extrait de « The invisible man ».