Une mascotte qui « kroinke » sérieusement (whatever that means). Un stade construit à prix d’or qui ne sera pas prêt. Des athlètes suspendus pour suspicion de dopage. Des histoires de billets. Une « ferveur populaire » qui peine à prendre.

A cinq jours du début des Jeux des Iles, nos « Jeux Olympiques de l’océan Indien », on pourrait en être à se demander s’il vaut vraiment la peine d’investir autant d’efforts et d’argent dans un tel rendez-vous sportif qui ne viserait au final qu’à exciter et satisfaire l’expression d’un patriotisme qui serait celui d’un pays ravi d’asseoir et de crier sa supériorité sur les autres. L’actualité nous montre toutefois que parfois, le sport peut aussi servir à faire avancer des choses fortes au niveau d’un pays et internationalement.

Cette actualité nous vient de la Coupe du monde de football féminin qui vient de s’achever en France sur la victoire de l’équipe des Etats-Unis. A la tête de cette équipe, une femme rayonnante, Megan Rapinoe, qui serait sans doute considérée comme « grossly antipatriotic » par le président de son pays. Parce qu’on se contente de se satisfaire de ramener la victoire aux Etats-Unis, la charismatique capitaine ne s’est pas privée de la plateforme ouverte par leur talent pour s’exprimer. Et exprimer un certain nombre de positions allant dans le sens de l’humain, de la solidarité, de l’entraide, et se positionnant en ce sens, ouvertement, contre des éléments de la politique nationale et internationale de Donald Trump.

Outre de gagner leur Coupe, Rapinoe et sa team ont ainsi amené leur pays à parler économie et équité. Et plus particulièrement de la question du salaire égal pour les femmes. Sur les chaînes sportives, lieux en général peu préoccupés par les questions d’inégalité de genre, dans les rues de New York lors de leur défilé de la victoire mercredi dernier, la question de equal pay s’entendait partout. Et c’est un message fort que Rapinoe et son équipe ont contribué à envoyer au monde entier.

Selon le cas entré en cour en mars dernier pour discrimination, l’équipe américaine de football féminin a fait ressortir que les footballeuses ne gagnent que 38 cents là où les footballeurs gagnent 1 dollar. L’expression d’une situation nationale dans ce pays où, selon les plus récentes études, à travail égal, les femmes ne touchent en moyenne que 80 cents contre 1 dollar pour les hommes. Et si Megan Rapinoe et ses co-équipières espèrent arriver à renégocier leur contrat, il est clair que c’est le contrat économique et social dans son ensemble qui est à renégocier, aux Etats-Unis mais aussi quasiment partout à travers le monde. Même en Suède, par exemple, pays connu pour son équité sociale et économique, les femmes gagnent toujours 12% de moins que les hommes. En 2017, l’Islande a été le premier pays (et jusqu’ici le seul), à légiférer pour qu’il soit interdit de payer les femmes moins que les hommes.

A travers le monde, c’est à une injustice structurelle que l’on se heurte. Et pour en arriver à bout, il faudrait apporter des changements majeurs aux politiques publiques, aux règles du business, et plus fondamentalement, des mutations culturelles.
Par rapport à la conception que le travail des femmes est « fondamentalement » de s’occuper de la maison, des enfants, et des membres âgés de la famille, ce qui ne mérite pas rémunération. Par rapport au fait que les grossesses sont traitées comme un handicap. Par rapport à des congés payés insuffisants. Par rapport à l’accès à des soins et services à la personne à des coûts abordables. Par rapport aux plafonds de verre imposés aux femmes dans le monde du travail. Par rapport à la « conception » qu’une femme ne devrait pas gagner plus que son mari pour l’équilibre du couple…

Par rapport au sexisme.

Et il n’y a pas que la question de la rémunération inférieure. Il y a aussi, paradoxalement, le fait que les femmes, tout en gagnant moins, sont plus taxées. Dans une étude publiée le 10 juillet dernier, le magazine Life s’intéresse à ce qu’on appelle désormais la « pink tax ». Sous le titre « 7 weird examples of how women pay more than men for the same products », le magazine montre, à travers une virée dans les supermarchés américains, à quel point les femmes sont couramment appelées à payer plus que les hommes pour les mêmes produits. Ainsi des laxatifs « pour femmes » coûtent 3 dollars de plus que ceux destinés aux hommes, alors que les composantes du produit sont strictement les mêmes. Deux calculatrices aux fonctions identiques, l’une noire à $5.99, l’autre rose à $8.99. Des chevillières supposément plus petites pour des chevilles féminines plus fines, qui coûtent $9 de plus que celles pour les hommes. Et que dire des assurances voiture plus élevées pour les femmes alors qu’il est prouvé, statistiquement, qu’elles sont moins susceptibles que les hommes d’avoir au volant des comportements occasionnant des accidents. De fait, il est estimé que les femmes, alors même qu’elles gagnent moins, payent en général $1300 de plus que les hommes chaque année pour essentiellement les mêmes services », fait ressortir l’étude.
Megan Rapinoe et son équipe ont bien fixé le but : faire changer ces inégalités. Ce sera du sport…