Les infections résistantes aux antibiotiques et aux antimicrobiens sont un phénomène grandissant dans le monde et les Mauriciens ne sont pas épargnés. « Même si la situation n’est pas encore alarmante, la résistance des micro-organismes à plusieurs médicaments est régulièrement détectée lors des traitements de patients », a déclaré Lormus Bundhoo, ministre de la Santé, lors de l’ouverture d’un atelier de travail ce matin à l’hôtel La Plantation à Balaclava, destiné aux médecins, pharmaciens et pathologistes des secteurs public et privé. En cause : un usage inapproprié des antibiotiques et des médicaments antimicrobiens par les patients, des dosages insuffisants de médicaments anti-infectieux et l’automédication, achat de médicaments dans les pharmacies sans prescription médicale. Le Pharmaceutical Quality Control Laboratory du ministère de la Santé a analysé 81 médicaments en 2012. « D’ici à la fin de l’année 100 médicaments auront été analysés », a indiqué le ministre de la Santé. L’État a investi Rs 27 M pour l’achat d’équipements de pointe, dont un chromatographe High Performance Liquid et des appareils de dissolution, entre autres. Le ministère de la Santé, a indiqué M. Bundhoo, a dépensé Rs 560 M pour l’achat de médicaments en 2012, dont Rs 39 M pour les achats d’antibiotiques. Par ailleurs, le ministère de la Santé a acheté des équipements de protection pour le personnel soignant — gants, masques, bonnets, entre autres — pour un montant de Rs 29 M. Le contrôle de la malaria, du vih/sida et de la tuberculose se heurte de plus en plus à la résistance aux médicaments.
L’atelier de travail a été organisé avec le soutien de la Commission de l’océan Indien et l’Agence française de développement. Les professionnels de Santé discuteront de la classification des antibiotiques, de la surveillance en laboratoire de la résistance microbienne, du mauvais usage des antibiotiques en cas d’infection virale, du traitement de l’infection des pieds des diabétiques, des reins et de la pneumonie. Les congressistes soumettront ensuite des recommandations au ministère de la Santé.
Le laboratoire central du ministère de la Santé a par ailleurs été équipé pour la surveillance de la résistance aux médicaments antimicrobiens, a indiqué Lormus Bundhoo. « La résistance à plusieurs médicaments anti-infectieux est une question critique qui requiert toute notre attention. Bien qu’il s’agisse d’un phénomène qui existe depuis des décennies, des infections résistantes aux médicaments sont un défi croissant pour la profession médicale », a-t-il déclaré. Le ministère de la Santé a établi des protocoles et des normes pour le contrôle des infections. Un comité de prévention et de contrôle des infections, composé de chefs de service et des départements concernés, a été constitué dans les hôpitaux régionaux. « En outre, les patients hospitalisés sont les principaux réservoirs de micro-organismes résistants qui sont des sources d’infection nosocomiales (contractées dans les hôpitaux) pour d’autres personnes », indique le ministère de la Santé.
L’Organisation mondiale de la santé a demandé aux gouvernements d’instituer des programmes nationaux de lutte contre la résistance des infections aux médicaments antimicrobiens. Selon l’OMS, la moitié des médicaments sont prescrits, délivrés et vendus de façon inappropriée et la moitié des patients ne les prennent pas correctement.
Le phénomène de résistance aux médicaments anti-infectieux représente aujourd’hui un obstacle majeur pour le contrôle de maladies infectieuses telles que la malaria, le vih/sida et la tuberculose, indique le ministère de la Santé. Chaque année dans le monde, il y 440 000 nouveaux cas de résistance aux médicaments antituberculeux dans 64 pays causant ainsi 150 000 décès. La résistance de médicaments au vih/sida est de plus en plus répandue. « Bien que pas alarmante, des actions urgentes sont nécessaires pour préserver l’efficacité des antirétroviraux », note le ministre de la Santé.