Dans le sillage de la Journée mondiale des Infirmiers, célébrée jeudi, nous avons recueilli les témoignages de trois infirmières, dont une Ward Manager comptant quarante ans de service dans le service public. Dressant une comparaison entre la profession hier et aujourd’hui, notre interlocutrice, qui a préféré garder l’anonymat, estime qu’« aujourd’hui, il y a une régression au niveau du service. Il faut avoir la vocation car le métier n’est pas facile ». De leur côté, deux jeunes se donnent à fond et se plaisent dans leur métier. En dépit du perpétuel défi que comporte le département des urgences, Mahendrasingh Gour dit devoir toujours faire preuve de « maturité, d’audace et d’intelligence ». Parvatee Chaytoo, également affectée aux urgences, est pleinement consciente des difficultés que posera son métier quand elle se mariera mais « mon fiancé est très compréhensif ».
Ayant quitté la force policière à l’âge de 23 ans pour se faire infirmière, notre Ward Manager dit avoir « toujours été attirée par cette robe blanche. Pour moi, cela symbolisait le service aux autres. Je voyais ma mère, ma soeur dans les personnes qui souffraient ». Pour elle, « il n’y a pas à sortir de là. Il faut avoir la vocation car le métier n’est pas facile », même si elle est loin de dissuader les jeunes qui se sentent portés pour la profession à s’y lancer. Tout en précisant qu’il y a des exceptions, notre interlocutrice estime qu’autrefois, « les infirmiers faisaient preuve de plus de compassion. Maintenant, c’est plus pour de l’argent qu’on fait ce métier. On est quand même bien payé. Moi, je suis entrée avec Rs 320 comme étudiante dans les années 1970 ». Selon elle, les conditions de service se sont améliorées pour les infirmiers. Mais, n’empêche, « il y a un manque de personnel et les patients sont livrés à eux-mêmes. Les infirmiers n’ont aujourd’hui pas cet urge pour aller voir ce dont les patients ont besoin. Autrefois, quand les étudiants étaient en stage, il y avait des tuteurs qui passaient de salle en salle pour vérifier s’ils faisaient leur travail correctement. Maintenant, les étudiants sont livrés à eux-mêmes. Il n’y a que la formation à la School of Nursing. Il y a une régression au niveau du service ».
De son côté, si Mahendrasingh Gour est, dans un premier temps, devenu infirmier par obligation, il n’a pas tardé à ressentir la vocation pour cette profession. « Je suis d’abord entré par obligation car je n’avais pas de travail. Suite à une annonce de la PSC qui recrutait des étudiants en Nursing, en 2003, j’ai postulé et j’ai entamé le cours de trois ans. La vocation s’est développée durant la formation à la School of Nursing et lors du stage pratique à l’hôpital de Rose-Belle. Le métier m’a aidé à développer ma propre personne, à avoir de la compassion pour les autres et la formation m’a motivé à pourvoir des soins aux patients ». Au fil des années, Mahendrasingh choisit de travailler au département du SAMU. « J’ai suivi un cours de service d’urgences dispensé par le Mauritius Institute of Health et le CHU de Bordeaux. Suite à un examen de présélection en décembre 2014, 25 candidats sur une soixantaine ont été retenus pour suivre le cours d’un an ». Le jeune père d’une fille de sept ans témoigne de son quotidien : « Les services d’urgences demandent beaucoup de votre personne. Vous devez avoir la tête sur les épaules, être sûr de ce que vous êtes en train de faire et être proactif. Nous recevons au quotidien tous types d’urgence qui peuvent survenir n’importe quand. » Même s’il a deux jours de congé par semaine, il avoue que les horaires de travail ne sont pas évidents d’autant que son épouse est également infirmière. « On essaie de s’arranger mais parfois nos heures coïncident et c’est ma mère qui doit garder notre fille ». Il ne regrette toutefois pas du tout d’avoir embrassé une telle profession. « Je suis bien armé pour venir en aide aux gens en danger, dans les cas d’accident, d’infarctus qui augmentent à cause du stress ». Pour être infirmier, selon lui, « il faut de l’audace, de la maturité et de l’intelligence ».
Parvatee Chaytoo, elle, vient d’être affectée aux services d’urgences après avoir été infirmière à l’unité cardiaque de Flacq. « J’ai décidé d’entrer dans le SAMU car je sens que je suis taillée pour ce département. Il y a beaucoup de défis. Il faut toujours être rapide et maîtriser plusieurs choses dans les divers domaines d’intervention tels que les accidents, les cas de brûlure, les détresses respiratoires. Il faut toujours agir vite pour gérer les patients de manière professionnelle ». Si elle se dit consciente des obstacles qu’elle aura à surmonter quand elle se mariera, elle se console du fait que « mon fiancé est très compréhensif ».