L’économie mauricienne continue de faire montre de résilience face à des conditions économiques extérieures contraignantes, notamment chez les principaux partenaires commerciaux du pays. Les perspectives de croissance pour le moyen terme demeurent positives, mais il ne faut pas s’attendre à une grande envolée au niveau de notre performance économique (« The economy will continue to operate below trend ») et les risques d’une baisse de croissance sont réelles. C’est ce que relève la Banque de Maurice (BoM) dans sa dernière édition de l’Inflation Report, rendue publique hier. La BoM prévoit que le taux de chômage tournerait autour de son niveau actuel dans les court et moyen termes alors que, sur le front de l’inflation, elle s’attend à ce que le taux en progression annuelle (year-on-year inflation) se situe dans la fourchette de 4,1% à 4,6% au cas où le Budget 2014 n’aurait aucun impact sur les prix.
Se référant aux données sur la performance de l’économie nationale publiées en septembre 2013, la BoM estime que la croissance est toujours affectée par les conditions déprimantes prévalant chez les grands partenaires commerciaux de Maurice. Le taux de croissance annuelle, fin juin 2013, s’élevait à 3,3%, contre 3,6% à la fin du premier trimestre 2013. Excluant la performance négative du secteur de la construction, les autres secteurs clés de l’économie ont tous enregistré un taux positif. L’industrie manufacturière a progressé de 3%, le sucre de 2,3%, le textile de 0,7% et l’agroalimentaire de 2,9%. Selon les prévisions pour le secteur manufacturier, celui-ci devrait croître de 2,7% en 2013, contre 2,2% en 2012. La stratégie de diversification en direction de l’Afrique australe et des États-Unis, en vue de compenser le repli des marchés de la zone euro, a payé. Il y a également eu d’autres facteurs, tels la baisse de compétitivité de la Chine, au niveau des prix. Mais pour l’avenir, il des risques existent que la diversification vers l’Afrique australe ne produise plus l’effet escompté, surtout en raison d’un ralentissement économique plus prononcé. Concernant le marché américain, un changement dans la politique de stimulation monétaire pourrait changer la donne.
Pour ce qui est du Seafood et du secteur des TIC, la BoM prévoit, pour 2013, des taux de croissance de 6,5% et de 7,9% respectivement du fait que plusieurs projets sont en exécution « to expand the range and breadth of activity over the longer-term ». S’agissant du tourisme, la banque centrale observe que les arrivées de janvier à août 2013 ont augmenté de 2,2%, comparativement à la performance de la période correspondante de 2012, mais relève que les arrivées d’Europe ont, elles, diminué de 2,9%, quoi que compensées par une hausse de 28,5% du nombre de touristes en provenance d’Asie. L’établissement de vols directs vers la Chine a eu un impact positif direct sur les arrivées. Cependant, remarque la BoM, alors que les arrivées touristiques totales ont augmenté, les revenus touristiques pour la période janvier-août 2013 ont baissé de 9,1% pour s’élever à Rs 26,8 milliards. « The drop in tourist earnings even as arrivals grew slightly underlines the vulnerability of the tourism sector, which continues to be buffeted by financial woes in traditional European markets », écrit la BoM.
Attrait touristique
Tout en notant que la diversification des marchés a permis au secteur touristique de maintenir les arrivées à un niveau semblable à celui de l’année précédente, la banque centrale constate que « it is not occuring fast enough to  provide the necessary impetus for a full-fledged recovery of the sector » et que cette situation s’est traduite par une baisse des profits, voire a engendré des pertes pour divers groupes hôteliers. Les autorités bancaires relèvent, par ailleurs, que « the attractiveness of Mauritius for traditional tourist markets is ebbing amid increased competition from other countries and in the region itself ». Des pays de la région ont fait mieux que Maurice en termes de performance. La BoM fait état des « increased concerns that the challenges faced by the industry have become structural problems that might persist beyond the recovery in main markets ». Elle fait allusion au déséquilibre entre l’offre et la demande, soulignant que les limitations à l’accès aérien contribuent aux coûts du voyage relativement élevés vers la destination mauricienne. La BoM cite des rapports récents publiés à ce sujet.
Le rapport de la BoM passe aussi en revue la situation dans le secteur de la construction, qui va se contracter plus fortement (-9,4%) en 2013, principalement en raison du fait que plusieurs gros projets ont déjà été exécutés. La valeur ajoutée du secteur à la croissance économique du pays passera de 7,1% en 2009 à 5,5% en 2013. Faisant état de la dernière estimation de Statistics Mauritius concernant la croissance nationale, la BoM considère que le taux anticipé de 3,2% pour 2013, contre 3,4% en 2012, est le résultat d’un repli de la croissance dans les secteurs des TIC, des services financiers et du commerce, ainsi que de la contraction dans la construction.
La performance générale de l’économie mauricienne demeure en dessous de la tendance normale. « The economy is as such estimated to be operating below trend, with some degree of spare capacity. It is expected that sub-par growth will continue in the near to medium-term », poursuit la BoM.