Le « cloud » ou littéralement informatique en nuage, permet le stockage de données numériques non pas sur un disque dur mais sur des serveurs. Mais pour que cette tâche s’exécute rapidement, les serveurs doivent être proches de leurs cibles. D’où l’attrait de Maurice, qui est à mi-chemin entre l’Afrique expansionnaire et les centres surpeuplés tels Singapour ou Hong-Kong et qui ne possèdent plus l’espace nécessaire au développement de data centres.
Le Mauricien avait déjà présenté le cloud dans ses colonnes. Mais ce phénomène informatique récent semble couvrir de nouvelles sphères et proposer de nouvelles opportunités à notre cyber-économie. Une édition du Monde du mois d’avril présentait un cahier détaillant la formation du El-Nino du numérique. « Depuis quelque temps, ce terme poétique (NdlR : nuage) est sur toutes les lèvres, dans toutes publications, indissociable semble-t-il de notre pratique de l’informatique. » D’une manière imagée, l’on pourrait dire que le nuage prend forme au-dessus d’une mer de données personnelles, libérant ainsi le courant numérique du forçat des récifs, de la limite en mémoire. On opère dans un nuage, la nuée mystique du digital : s’élever au-delà des contraintes, évoluer au-dessus de nos maigres capacités d’utilisateurs restreints. Car on est souvent tenté de penser que « les éléments jouent contre soi ». Le cloud nous affranchirait-il de cela ?
Fi du lyrisme. « L’informatique en nuage permet de stocker des données (musique, photos, vidéos, documents) non pas sur PC ou disque dur externe mais plutôt dans des superordinateurs dotés de capacités de calcul et d’espace de disque bien supérieurs à ceux des PC ordinaires. Ces superordinateurs, appelés serveurs, sont regroupés par centaines de milliers dans de grands hangars, des fermes de serveurs, appartenant le plus souvent à de grands groupes informatiques. » Le cloud n’apparaît donc pas par magie. Il ne s’agit pas d’un super logiciel investissant la toile. Aussi simple que cela puisse paraître, il serait juste de résumer l’idée par : outsourcing de supercapacité, démocratisation de l’accès à cette supercapacité. Car, « une simple connexion Web permet alors de déposer ses fichiers puis de les récupérer à n’importe quel moment ».
Origine
« Surpression numérique et le nuage prend forme en Amazonie » affirmerait sans doute le poète. Car c’est Amazon, géant de la vente sur internet, qui a eu l’idée de mettre à disposition de tous l’espace non-utilisé de ses centres informatiques. En effet, à la fin des années 1990, Amazon craint de ne pas pouvoir absorber les pics de commandes à Noël. La société basée en Arizona investit dans son infrastructure informatique. Et elle voit juste. Mais que faire de la surcapacité le reste de l’année ? En 2006, Amazon fait naître le cloud en mettant à disposition des tiers, entreprises ou particuliers l’espace non-utilisé. Une plateforme Web est créée à cet effet. Le chargement et téléchargement des documents se fait ainsi en toute simplicité.
Attila Narin, responsable de la division Europe, Moyen-Orient et Afrique d’Amazon Web Services (AWS) explique à Sarah Belouezzane du Monde : « Avec AWS, nous avons permis à n’importe quelle entreprise de devenir un géant du Net sans avoir à réaliser un lourd investissement dans les infrastructures de stockage de données. Grâce à nous, n’importe quel individu, qu’il soit étudiant ou salarié d’une grande entreprise, peut créer le prochain Drop Box (site permettant de stocker ses photos ou vidéos en ligne) ou encore Spotify (application de musique en écoute directe sans téléchargement) s’il s’y connaît un peu et dispose d’une carte de crédit. »
Le cloud d’Amazon c’est des centaines de milliers d’utilisateurs professionnels ou privés dans pas moins de 190 pays, plus de 762 milliards de documents stockés dans les fermes de serveurs, et des grands noms comme clients : PageJaunes, Lafarge ou Voyages-SNCF. Selon Le Monde : « l’ambition d’Amazon serait maintenant de faire en sorte que son système soit le plus simple possible afin que ses clients adeptes du langage informatique ne soient pas emprisonnés dans un format particulier et puissent modeler et créer des applications au sein même du cloud d’Amazon. »
Par ailleurs, si Amazon est bien l’inventeur du cloud, cette société aura fait des émules dont les plus reconnus : IBM, Microsoft, HP, Google, Apple.
Maurice
Maurice, île durable. Pourquoi pas, Maurice île nuage ? Car si l’on trouve assez facilement des sites en Amérique du Nord et en Europe, il est nécessaire d’en construire dans le monde entier pour réduire la distance. En effet, plus le serveur est proche de sa cible, plus vite l’information arrive. D’où l’attrait de Maurice, de par sa position stratégique : à mi-chemin entre l’Afrique expansionnaire et les centres surpeuplés tels Singapour ou Hong-Kong qui ne possèdent plus l’espace nécessaire au développement de data centres. Les fermes de serveurs qui y sont installées peuvent faire plusieurs milliers de mètres carrés. Le data centre de Microsoft près de Dublin, en Irelande, a une capacité d’hébergement de 100 000 serveurs. Le data centre d’Apple en Caroline du Nord dépasse les 45 000 m2.
Par ailleurs, l’impératif de proximité fait que des lieux pouvant accueillir ce genre d’installations sont recherchés. Florence Puybareau, du Monde, note : « Parfois, il n’y a pas vraiment de choix et les exploitants se retrouvent obligés d’accomplir des prouesses technologiques. » Et de citer Jean-Marc Gremy, vice-président du Club de la sécurité de l’information français (Clusif) : « L’île de La Réunion est un bon exemple de lieu où il est difficile d’installer un centre de données car la région est en grande partie sismique. Les connexions satellites supportent mal les variations climatiques parfois intenses de ces zones. C’est pourquoi des réflexions sont actuellement menées pour construire un bâtiment à Mayotte ou à l’île Maurice, qui serait relié à La Réunion par de la fibre optique sous-marine. »
Utopie ? Shamim Ramputh, Technology Strategist chez Microsoft Océan Indien décortique. Déjà, « il est essentiel de bien comprendre ce qu’est le Cloud Computing, dit-il, par exemple, un service de mail inbox utilise cette technologie. L’utilisation d’un software (une application) comprend également ce principe ». Nos données seraient hébergées dès le départ. Rien de sorcier. On vivrait la tête dans le nuage depuis longtemps.
Quid des fermes d’hébergement, du potentiel d’une économie Cloud reposant sur la location d’infrastructures, entre autres ? « Le business model peut-être rentable… Mais avant même de considérer cela, il faut pouvoir assurer un certain niveau de connectivité. À titre d’exemple, Microsoft 365 opère en Cloud et offre l’accès à trois logiciels : Sharepoint, Exchange et Link — indisponibles pour le moment à Maurice », la bande passante n’est pas suffisante pour assurer le service. Le business model repose sur des exigences tant au niveau de l’installation réseau, qu’à la qualité de la maintenance et de la connectivité.
Mais de préciser toutefois : « Je pense qu’il y a un intérêt dans les îles de l’océan Indien. On pourrait évoquer la possibilité d’un cloud régional. Mais pour ce qui est de la viabilité du business model, à l’heure actuelle, on ne peut répondre à cette question. »
Cette concession pourrait mener à la conclusion suivante : la première zone franche cloudesque, le premier Jin-Fei numérique — ce n’est pas demain la veille.
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Dépasser les craintes liées à la sécurité
Comment être certain, alors que les données se « baladent » dans le nuage, qu’elles ne vont pas être interceptées, détériorées, voir égarées ? Quelle garantie nous offre-t-on alors que nos données broutent dans les grands espaces des fermes de serveurs étrangères ? Tant de questions qui expliquent la frilosité de certaines entreprises à adopter l’informatique dans le nuage. Reste aux prestataires de faire preuve de pédagogie. Car le nuage n’est pas dénué de non-droit. L’opacité doit être dissipée. Des dispositions légales existent. Et ce, à l’échelle mondiale.
Ainsi, le fournisseur doit mettre en place un plan de continuité et de reprise d’activité au cas où les machines tombent en panne ou si le data centre est victime d’une catastrophe.
Par ailleurs, toutes les données contenues sur un serveur sont dupliquées (parfois même dans trois ou quatre lieux physiques différents). Le contrat doit également stipuler que le client peut récupérer ses données à l’issue de son bail, à charge pour son fournisseur de les restituer dans toute leur intégrité et de faire disparaître les copies.
Ces procédures sont plutôt le fait de grandes entreprises qui disposent de services juridiques compétents et peuvent traiter sur un pied d’égalité avec leurs prestataires. Difficile, en revanche, quand on est un particulier d’exiger de Google ou d’Amazon un audit préalable ou des tests de sécurité. C’est pourquoi ces utilisateurs ont tout intérêt, avant de s’engager, à prendre des garanties sur les prestataires, surtout lorsque des données sensibles sont traitées.
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
Les risques et les avantages
Les avantages du cloud, selon AMD et Le Monde : flexibilité (50 % des utilisateurs à relever ce point positif), économies de coûts (49 %), efficacité accrue (46 %), économies d’espace (42 %), mises à jour aisées et disponibles (38 %), économies d’énergie (36 %), notamment.
Les risques recensés : sécurité (virus, piratage – 63 %), perte potentielle de données (45 %), fiabilité de la connexion internet (34 %), fiabilité des données et applications hébergées à distance (33 %), soucis de bande passante (32 %), entre autres.