L’on se souviendra de Steve Jobs comme le père de l’iPod, de l’iPad et de toute une sub-culture digitale. L’empire Apple réédifié sous la houlette d’un seul homme. Mais à force de croquer dans la part du gâteau, aura-t-il su laisser des miettes ?
Le fondateur d’Apple Steve Jobs s’éteint le 5 octobre 2011 à l’âge de 56 ans. Le monde entier rejoindra Palo Alto dans son deuil. Des milliers de Chinois, de Japonais, d’Américains pleurent avec effroi la disparition d’une idôle – des scènes à la Pottermania, pour les plus cyniques. On pleurera Jobs un moment encore. Avant que cela aussi ne devienne obsolète. Et que l’application finisse par éclipser le créateur.
Souvenons-nous toutefois de Steve Jobs lors de ses présentations. Un pull turtleneck fait de matière composite, un jean délavé, des baskets – il arrive, présente une enveloppe, en sort un ordinateur portable. Et le monde crie au génie. Apple : la référence en communication, en packaging, en marketing. L’intuition : faire de ce qui est décalé quelque chose de nécessaire. Voilà le symbole Jobs.
Mais les passions retombent. Et vient le temps de l’autopsie du phémonène médiatique. Presque cinq mois depuis la mort du king de Palo Alto et on commence à faire la lumière sur son héritage.
Généreux ?
Pendant que l’on croit apercevoir dans le reflet de l’iPad le regard inspiré de Steve Jobs et que l’on rend hommage à sa mémoire, sait-on vraiment pourquoi l’on rend grâce ? Apple n’étant pas un être humain. Et Jobs non plus ne semble pas tant se dévouer à la cause humanitaire. Lumière avec le Washington Post.
L’article de Peter Whoriskey, Record Thin on Steve Jobs’Philanthropy, ne vient pas démolir l’aura d’un démiurge informatique mais plutôt rendre à César ce qui appartient à César.
Steve Jobs côté « charity », fait plutôt « low profile ». Il n’aura pas emboîté le pas à l’effort Giving Pledge, initiative selon laquelle les milliardaires promettent d’offrir la moitié de leur patrimoine aux causes sociales. Son nom est absent de la banque de données du Indiana University’s Center on Philanthropy.
Selon Times, à son retour aux commandes d’Apple en 1997, il devait interrompre le programme d’aide de la société. Il ne reviendra jamais sur la question. Et ce, malgré les $ 14 milliards de profit d’Apple en 2010.
Pour l’anecdote, l’effort le plus direct de Jobs a été la Steven P. Jobs Foundation, juste après sa démise avec Apple en 1985 – fondation qu’il voulait centrée sur la nutrition et le végétérianisme.
Néanmoins, Peter Whoriskey n’exclut pas que Steve Jobs ait été particulièrement discret dans la gestion de ses avoirs et de ses dons. « En effet, ses plans pour le reste de sa fortune ne seront peut-être connus qu’après sa mort », écrit-il. Et de citer Mike Vermilion, qui gérait sa fondation : « He’s gotten a lot of criticism for not giving away tons of money. But I think it’s a bum rap. There’s only so many hours in a week, and he created so many incredible products. He really contributed to culture and society. »
Gates & co
Le mystère Jobs – un produit marketing presque, mais pas une raison de mettre en doute les élans altruistes de ce dernier. Inventer l’iPod, c’est déjà une « grosse contribution ».
Mais pas de mystère chez Gates et ses amis. Le site web Frugal Dad publie un infographic sur l’oeuvre Gates. Et force est de commenter que si l’on a aujourd’hui tendance à reléguer la technologie Microsoft à l’étagère du dessous, on retrouve M. Bill au faite des donateurs.
Selon le site, Bill Gates, qu’on ne présente plus, aurait sauvé plus de 5 812 000 de personnes à travers ses campagnes de vaccination. La Bill and Melinda Gates Foundation aurait, à ce jour, brassé plus de $ 28 milliards, soit 48 % du net worth du couple. Gates a également demandé aux autres super-fortunes américaines de léguer la moitié de leur bien aux associations caritatives. Et voilà embarqués dans l’arche de Bill : George Lucas, Mark Zuckerberg, et le co-fondateur de Microsoft, Paul Allen. Au total, 40 milliardaires ont promis de se joindre au Pledge.
Paradoxe
L’on ne s’extasie plus autant de la sortie du dernier Windows que du dernier Mac OS. Pourtant, le produit Microsoft aide à vacciner des enfants en Afrique… Tel n’est pas forcément le cas du dernier iPad. Et de donner un sens au logo Apple. La pomme entamée est loin du symbole hippie. Dans le jardin de Silicon Valley, on défend son fruit : péché original, faute d’être originel.