L’un des projets d’infrastructure les plus controversables de ces quinze dernières années, soit la construction de Bagatelle Dam, est sur le point de franchir le cap de Rs 5 milliards au niveau des coûts. Ce chiffre représente le double des estimations de ce projet visant à améliorer la fourniture d’eau dans les principales agglomérations du pays et techniquement les travaux de Bagatelle Dam devront coûter un peu plus de Rs 5,4 milliards à la livraison en juillet de l’année prochaine. Toutefois, une étape majeure est en vue pour la fin de cette année avec la mise en eau, prévue pour décembre prochain, de cette digue mesurant 45 mètres de haut et 2,7 kilomètres de long avec une capacité de 14,2 millions de mètres cubes d’eau. Entre-temps, les consultants français de Coyne et Bellier, engagés au tout début des travaux, sont engagés dans un bras de fer avec le gouvernement, avec notamment un recours à un arbitrage international pour le paiement de leurs factures de Rs 60 millions alors que les autorités mauriciennes, en particulier le ministère des Services publics, a fait servir à cette même société française des réclamations de Rs 1 milliard en dédommagements pour ces mêmes travaux.
Le vice-Premier ministre et ministre des Services publics, Ivan Collendavelloo, dressant un constat des lieux des travaux sur le chantier de Bagatelle Dam suite à une interpellation du député de l’opposition Alan Ganoo, a confirmé que 82 % du projet a été complété à ce jour. La prochaine étape déterminante consistera en la mise en eau de la digue en décembre prochain, alors que les ouvrages accessoires seront bouclés en juillet de l’année prochaine.
De ce fait, les travaux, qui ont démarré en décembre 2011, auront accusé un retard d’une trentaine de mois. En principe, le calendrier initial avait fixé la fin des travaux à décembre 2014. Des problèmes géologiques sur le site avec des risques de fuites d’eau conséquentes dans le réservoir ont gêné l’avancement des travaux et le gouvernement a eu à mettre un terme au contrat des consultants français de Coyne et Bellier.
Néanmoins, le délai dans la livraison de ce réservoir n’est pas l’unique problème auquel ont eu à faire face les autorités. Les coûts devront être le double des estimations initiales. À ce jour, le gouvernement a dû débourser Rs 4,9 milliards, déjà le double prévu alors qu’il faudra compter sur quelque Rs 500 millions additionnelles pour compléter la facture pour encourir les frais avec les changements majeurs dans le design du projet pour contourner « the potential presence of dispersive material in the foundation ». Les travaux sont exécutés par la China International Water and Electric.
« During the implementation of the works, there were two major design changes, namely in September 2012, change of the spillway from Ogee type to Morning Glory and in January 2013, suspension of grouting (a procedure by means of which a mixture of cement and sand and other materials such as epoxy are injected into voids and cavities in soil or rock formations to reduce permeability and increase strength) and design and construction of a Cut Off Wall of 80 cm thickness and average depth of 30 metres along the entire dam foundation as dam foundation treatment », a fait comprendre le vice-Premier ministre dans une réponse écrite et déposée à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale. Cette décision a été prise suite à une contre-expertise en matière géologique du consultant indépendant Lutz Schewe.
Indépendamment des coûts des travaux sur le chantier de Bagatelle Dam, le gouvernement doit prévoir d’autres coûts, notamment sur le plan des honoraires des hommes de loi et pour les procédures d’arbitrage. Depuis le mois dernier, les consultants de Coyne et Bellier ont saisi la London Chamber of International Arbitration – Mauritius International Arbitration Centre Ltd. La société française a opté pour la formule de médiation en vue de se faire rembourser les frais encourus avec l’exécution des travaux.
Coyne et Bellier conteste la thèse de « faute lourde » retenue par le gouvernement lors des délibérations du conseil des ministres du 4 octobre 2013, notamment pour des manquements allégués lors des relevés des caractéristiques géologiques du site. Les consultants français soutiennent que la nature de la couche de basalte au fond du barrage ne pouvait être déterminée lors des exercices de relevés préliminaires et qu’il fallait attendre la déviation du cours de la rivière pour en obtenir confirmation.
Dans la conjoncture, le ministère des Services publics a refusé de rembourser les notes de frais soumises par Coyne et Bellier. En plus, des réclamations de plus de Rs 1 milliard en guise de dédommagements ont été servies aux consultants français par le gouvernement.
Affaire à suivre…