Malgré les efforts du Central Procurement Board essayant de rassurer par rapport aux procédures adoptées pour l’octroi du contrat sous le Mauritius Road Decongestion Project d’un montant maximal de Rs 30 milliards, la controverse gagne en intensité en ce début d’année. En effet, le consortium allemand/sud-africain de J.V. GroupFive-Strabag, écarté par la Road Development Authority au profit de Colas/Bouygues (PLAN), a pris l’initiative de contester le choix de ce dernier groupe en tant que Most Preferred Bidder. Comme déjà indiqué par Week-End, la décision d’allouer ce contrat, dont les volets majeurs sont la gestion du réseau de routes à péage à travers l’île aussi bien que la construction du Harbour Bridge enjambant le port, a été entérinée pendant la période des festivités de fin d’année. Cette affaire viendra se greffer aux controverses caractérisant d’importants travaux d’infrastructure exécutés sous la supervision du ministère alloué au vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique, Anil Bachoo. Il ne fait aucun doute que cet important contrat se transformera en une Very Hot Political Potato (VHPP) comme le sont depuis l’année dernière les réclamations de Rs 709 millions soumises par Colas pour les travaux de la Terre-Rouge/Verdun Link Road d’une valeur initiale de Rs 2,2 milliards (+ 30%). Un autre important projet d’infrastructure routière devra commencer à prendre forme en 2013, soit le Light Rail System (métro-léger), avec les procédures d’allocation du contrat engagées vers la fin de l’année.
Malgré l’ambiance de fêtes de fin d’année, les consultants et responsables du consortium J.V. GroupFive-Strabag n’ont nullement chômé. Travaillant de concert avec un important cabinet d’avocats d’affaires mauricien et des conseils légaux venant d’Allemagne et d’Afrique du Sud, ce consortium évincé de l’exercice d’appel d’offres par la Road Development Authority a mis au point son dossier pour le challenge du choix de Colas/Bouygues. Le Mauritius Road Decongestion Project comprend plusieurs projets d’envergure dont la mise en opération et la gestion du Toll Road Network sur des axes routiers stratégiques, soit la Port-Louis Ring Road, la construction du Harbour Bridge, le pont reliant les régions basses des Plaines-Wilhems à la Nationale, la Terre-Rouge/Verdun Link Road, la Verdun/Trianon Link Road, l’autoroute reliant Bagatelle à Valentina, celle entre Pont-Fer et Port-Louis et le tronçon de l’autoroute du Nord entre le Quai D et Terre-Rouge.
En principe, le consortium germano-sud-africain disposait d’un délai de 15 jours pour signifier formellement son désaccord quant au choix de la Road Development Authority pour le Most Preferred Bidder. Les recoupements effectués par Week-End indiquent que la lettre officielle avec les raisons justifiant cette contestation de la décision de la RDA a été déposée auprès des autorités compétentes à la mi-journée, vendredi, pour réclamer une révision du choix de Most Preferred Bidder.
Indépendamment de la décision de la RDA au sujet de ce challenge, le consortium J.V. GroupFive-Strabag se prépare à aller défendre sa position devant l’Independent Review Panel dans les délais prescrits par la loi régissant le Procurement. Ce faisant, le dossier que compte soumettre ce soumissionnaire comprend un véritable chapelet de lacunes et de manquements relevés jusqu’ici dans les procédures adoptées par la RDA pour le choix de Colas/Bouygues.
Du côté de GroupFive-Strabag, l’on se garde de faire état de la teneur des objections à être logées. Toutefois, ils pourront capitaliser sur les modifications et les changements intervenus depuis la Clarification Letter du Central Procurement Board au consortium Colas/Bouygues en date du 16 novembre dernier. Suite à des objections soulevées, le CPB avait formulé des demandes à ce consortium en vue d’apporter des changements dans le design des propositions et des Interchanges dans la région de Phoenix.
Cette demande du CPB intervenant bien après la clôture de la date limite pour l’appel d’offres, soit le 23 octobre, est considérée comme une infraction de taille présumée aux dispositions du Public Procurement Act. Cette demande de clarification auprès du soumissionnaire Colas/Bouygues au sujet des « details of their proposed design of the Phoenix, Dowlut and Jumbo Interchanges » avait été formulée par le Transaction Advisor, soit SPP Projects Solutions, représentée par Darron Johnson.
La Note 1 dans le Road Decongestion Program PPP Project : TET Final Evaluation Report à la page 45 de ce document confidentiel confirme cette demande de modification des propositions, dont « The design proposed in the clarification response is preferable to that proposed in the Best and Final offer (BAFO) response. The Technical TET did not update its scoring of the consortium’s BAFO response since the consortium had proposed a revised design. However the Technical TET recommends that the revised design should be adopted should the consortium be appointed as Preferred Bidder ».
Au sein du consortium GroupFive-Strabag, la chronologie des événements depuis la fermeture de la période de cotation avec l’octroi avorté de la Letter for Most Preferred Bidder en date du 26 novembre en faveur de Colas-Bouygues constituera une pièce maîtresse dans le challenge.
En effet, le plan initial avec pour échéance le 26 novembre de l’année dernière avait été déjoué suite à de sévères dénonciations dans les colonnes de Week-End et du Mauricien. Un document, qui circule depuis la fin de l’année dernière sous le manteau, met en exergue le fait qu’à un certain moment, il avait été question de brûler les étapes, dont celle de l’aval du Conseil des ministres.
« This is scandalous as the government will need to pay and give Sovereign Guarantee and the Transaction Advisor feels that it is not necessary to get the approval of the government », soulignent des spécialistes en la matière. Plus loin, dans cette même correspondance de dénonciations adressée aux membres du gouvernement pour faire échec à ce plan, mention est faite que « the most scandalous issue is that the submission of Colas-Bouygues is not compliant and do not meet the Request for Proposal technical requirements ».
Pour preuve, les lacunes identifiées dans les soumissions de Colas-Bouygues, soit l’absence de Graded Separated Interchanges, des problèmes de trafic routier aux ronds-points de Phoenix, Dowlut et de Jumbo sans aucune solution aux problèmes de congestion déjà existants, un trop-plein de trafic déversé dans le réseau local, le report à 2022, soit cinq ans après la fin des travaux, des « Upgrades at Interchanges » et la nécessité d’avoir recours à des acquisitions obligatoires de terrain pour la réalisation de ce projet.
En sus de cela, le design pour la construction du Harbour Bridge, avec un pilier incontournable placé au beau milieu du port et réduisant tout potentiel de développement du Cruise Terminal, figure en première ligne des faits controversables attribués aux propositions de Colas-Bouygues.
En tout cas, ce n’est pas la première fois que le groupe Colas est pris dans la tourmente de la contestation. Un autre chantier d’infrastructure routière conséquent, soit la construction de la Terre-Rouge/Verdun Link Road, fait l’objet d’une véritable épreuve de force entre les contracteurs et la Road Development Authority.
Le vice-Premier ministre et ministre de l’Infrastructure publique concède l’existence depuis le mois de septembre de l’année dernière d’un litige sur des réclamations de paiement supplémentaire de Rs 709 millions sur un contrat initial de Rs 2,2 milliards. A la fin de l’année dernière, cette demande de réclamations était encore à l’étude par la RDA, provoquant également des menaces de fermeture de ce chantier de la part des contracteurs.
Une autre conséquence directe de ces problèmes à des travaux supplémentaires porte sur le retard accumulé pour la mise en opération de cette route de dégagement entre le Nord et le centre de l’île en évitant le piège de Port-Louis. A l’hôtel du gouvernement, l’on croit encore que cette route pourrait être ouverte à la circulation dès la fin de ce premier trimestre.
Compte tenu de l’état des travaux sur le terrain et des affirmations de Colas confirmant d’importants retards pour des raisons topographiques et autres, force est de constater que la mise en service de cette route ne devrait intervenir que vers la fin de cette année au plus tôt.
D’autre part, le projet de construction de métro-léger entre Curepipe et Port-Louis devra se frayer un passage dans la liste des travaux forcés d’Anil Bachoo. En ce début d’année, les consultants de la Singapore Cooperation Enterprise seront appelés à soumettre les premières esquisses du nouveau tracé qu’empruntera le Mauritius Light Rail Transit System pour la partie initiale, précédant les éventuelles extensions au Nord (de Port-Louis vers Grand-Baie) et au Sud (de Curepipe jusqu’à Mahebourg).
Au cours de ces trois derniers mois, les Singapouriens ont eu l’occasion d’effectuer une série de descentes des lieux pour identifier les contraintes dans la formulation de ce tracé. Même si l’option d’un métro-léger, construit sur pilotis à plusieurs endroits, est retenue, des acquisitions obligatoires de terrain sont à prévoir. La Singapore Cooperation Entreprise présentera ses premières propositions au gouvernement en ce début d’année en vue de respecter le calendrier fixant un premier appel d’offres vers la fin de l’année et le démarrage des travaux en 2014.
Dans cette même perspective, le gouvernement a démarré à la fin de l’année dernière une Market Sounding Session Mauritius Light Rail Transit. « To address the problem of congestion, the government of Mauritius is investigating the introduction of the Mauritius Light Rail Transit System (MLRT) between Curepipe and Port-Louis, together with supporting measures such as integrated bus services and integrated ticketing system. The Government of Mauritius is strongly committed to the success of this project », soutient le ministère de l’Infrastructure publique, qui ajoute qu’avec la Market Sounding Session « the Government of Mauritius is seeking to establish the potential market interest and the range of alternative PPP schemes that will determine the viability, sustainability and capacity of the future Mauritius Light Rail Transit System ».
Du pain sur la planche au ministère de l’Infrastructure publique…