L’on a arrêté de compter. Le nombre de nids-de-poule sur nos routes pullule depuis les grosses pluies des derniers jours, plus que d’habitude. Cela fait plusieurs mois depuis que l’on parle des risques d’accidents liés à ces trous béants. Pour cause, un motocycliste a été grièvement blessé en entrant littéralement dans un nid-de-poule. Une vraie nuisance pour les automobilistes.

« J’ai dépensé presque Rs 8 000 chez le mécanicien », nous confie Rajeev, habitant de Bambous. Ce jeune homme est tombé des nues en voyant la note salée de son garagiste. Changement de radiateur et d’huile. Tout ça, après que sa voiture est entrée dans un nid-de-poule à Belle-Rose. « J’ai eu une fuite d’huile après ça. Ce jour-là, il pleuvait beaucoup et le nid-de-poule était gorgé d’eau, ce qui fait que je ne pouvais estimer la profondeur du trou. Par ailleurs, je n’ai pas eu le temps de l’éviter, car il se trouvait sur un tournant », explique-t-il.

« En plus de la somme que j’ai dû débourser pour les réparations, j’ai aussi dû laisser ma voiture au garage pendant plusieurs jours. Ce qui a été un gros inconvénient, car je devais prendre le bus pour aller travailler à Port-Louis et avec les embouteillages, j’arrivais très souvent en retard. » Une situation incongrue qui n’est malheureusement pas un cas isolé. « Selon mon mécanicien, il y avait aussi d’autres clients avant moi qui avaient eux aussi été victimes de ces nids-de-poule. C’est devenu monnaie courante », confie-t-il.

« Évaluation minutieuse des drains existants »

Selon le mécanicien, ce sont les roues, la carrosserie ou encore les suspensions qui subissent les chocs. En sus des dégâts causés sur le véhicule, combien sont ceux qui ont failli faire ou occasionner des accidents à cause de ces nids-de-poule ? À Phoenix, vers le Sud, juste après le rond-point, la route ressemble à un véritable champ de bataille. Crevasses, trous, fissures, tout y est ! Si certaines voitures sont contraintes de décélérer jusqu’à 40 km/h ou même 30 km/h, d’autres tentent d’esquiver les trous, au risque de heurter les véhicules sur la voie à droite. Un cafouillage énorme surtout aux heures de pointe.

« C’est malheureusement très commun », nous indique une ingénieure. Elle nous explique que ces fissures, nids-de-poule et autres sont dus à plusieurs facteurs, dont le non-respect de la température idéale pour appliquer le bitume de couverture, ou encore pas assez de bitume dans le mélange. Citant le chercheur en la matière Frost, elle explique que seule une chose est importante pour obtenir une bonne surface routière : « drainage. » Elle ajoute aussi que « le sol dans son état naturel est capable de supporter la charge du trafic routier quotidien sans s’affaisser. Cependant, lorsqu’il est gorgé d’eau, peu importe son épaisseur, le sol perd de support et s’effondre automatiquement. C’est pour cela qu’il est important de bien construire les routes pour soutenir le poids de gros véhicules, mais aussi d’aménager des drains pour éliminer l’eau accumulée en surface des routes. »

En effet, les nids-de-poule se forment en cinq étapes. Il y a d’abord la fissure, l’infiltration de l’eau, le gel, le dégel et, enfin, le passage d’un véhicule. C’est d’ailleurs pour cela que les routes empruntées par les camions surchargés, dont ceux transportant la canne, sont souvent les plus fissurées. Ou encore les camions obligés d’emprunter les petites routes locales menant à des quartiers résidentiels. Les routes fragilisées par les intempéries et la mauvaise qualité de l’asphalte supportent mal le poids des camions parfois surchargés. Mais alors, quelle est la solution ?

Elle nous explique qu’il existe deux façons de réparer les nids-de-poule. Premièrement la temporaire et ensuite la « longue durée ». Les temporaires sont les « raccommodages » disgracieux que l’on aperçoit un peu partout, où les trous sont recouverts grâce à une machine de colmatage. Une solution comme son nom l’indique, de courte durée, car les nids-de-poule colmatés finissent par réapparaître après quelques passages de pluie et de camions. Les plus grosses opérations, elles, demandent de refaire entièrement la voie. Une opération coûteuse et, qui plus est, très longue.

Elle avance à cet effet que le pavement management et le highway asset management sont très importants. « L’on doit se poser de nombreuses questions, notamment : quelle est la capacité portante de la structure de la chaussée ? Quelle est la qualité de conduite à atteindre ? Quelles sont les normes de conception de la maintenance ? Les types et périodes de maintenance ? Les installations de drainage actuelles sont-elles en cours de révision pour répondre aux nouveaux défis du changement climatique, par exemple les inondations ? Le ruissellement de surface est-il correctement calculé pour répondre à l’écoulement dans les drains ? Outre le calcul correct du drainage des eaux de surface, une attention particulière devrait être accordée aux types de drains et de ravins à fournir. Il comprend également une évaluation minutieuse des drains existants et une évaluation du coût du drainage et de son entretien. Un bon drainage ne doit jamais être compromis, en particulier lorsque notre île est vulnérable aux inondations. »