Dans le cadre du programme de l’élargissement de la M1 en trois voies dans les deux sens entre Port-Louis et Phoenix, les travaux sont à un stade avancé puisqu’il ne reste que le tronçon Pont Colville- Grewals en direction de Port-Louis qui est en phase de travaux. Si en 1997, le Pont Colville Deverell avait connu l’adjonction d’un nouveau pont collé à sa structure originelle en direction du sud, cette fois, c’est la partie allant vers le Nord qui connaît une évolution identique. La Road Development Authority (RDA), maître d’ouvrage pour le compte du gouvernement mauricien, ne s’est pas compliqué la tâche, choisissant logiquement de reproduire les aménagements de 1997 ayant fait leurs preuves.
Week-End s’est rendu sur le chantier en cours, jeudi dernier, pour constater l’avancement des travaux de cet ouvrage qui impressionne toujours par son caractère imposant, qui requiert une grande dextérité de la part de ceux qui y travaillent en raison des dangers qui ne manquent pas en ces lieux, aussi marqués par l’appel du vide ayant fait de nombreuses victimes.
Encore quelque 360 jours pour les ouvriers chinois de Sinohydro et les Mauriciens qui y travaillent pour mettre en place cette structure qui, en son point le plus bas, atteint les 50 mètres. Le but étant non seulement d’élargir le pont actuel – en y créant, en fait, un nouveau – pour assurer la continuité de la troisième voie, mais également pour garantir une sécurité sans faille aux milliers d’automobilistes qui l’emprunteront chaque jour pour accéder plus rapidement à Port-Louis.
50 ans après
De 1962, l’année de son ouverture, à ce jour, le Pont Colville Deverell n’a été rénové qu’une fois. C’était en 1997, lorsqu’il fallait agrandir la chaussée pour accueillir, comme c’est le cas aujourd’hui, une troisième voie allant vers Réduit pour décongestionner le fl ux de véhicules quittant la capitale. Cinquante ans après l’inauguration du pont, les autorités investissent à nouveau pour réadapter aux besoins d’aujourd’hui cette structure imposante, essentielle à des 40 milliers d’usagers quotidiens .
L’objectif étant de concevoir une structure identique dans le prolongement de la troisième voie de l’autoroute, déjà terminée depuis Phoenix jusqu’à Bagatelle, pour se raccorder à l’élargissement en cours d’élaboration jusqu’à Grewals, également en phase de concrétisation, et de là vers le centre de Port-Louis où les travaux sont maintenant terminés. Cette fois l’élargissement de l’infrastructure du Pont Colville Deverell est donc réalisée pour faciliter l’acheminement du fl ux de véhicules se dirigeant vers la capitale.
Malgré seulement 32% des travaux complétés à ce stade (dont 15% pour la structure du pont), avec une vue splendide d’en dessous du Pont Colville, le chantier demeure impressionnant. Ce qui l’est davantage, c’est la décontraction déconcertante avec laquelle les ouvriers et ingénieurs y travaillent, alors même que leur terrain d’action comporte de nombreux dangers.
Terrain en pente et précipices
Malgré le temps venteux et nuageux et quelques pluies fi nes intermittentes, les dizaines ouvriers s’activent à la fi nition des talus en terre retenus par des murs de béton et d’acier élaborés en cascade pour stabiliser le sol où seront coulés les pilotis appelés à soutenir la chaussée en contre-haut qui sera construite parallèlement au pont existant. Toutefois, soutient un ouvrier, ce terrassement se fait au fur et à mesure et dans la plus grande attention car la terre doit être testée afi n de garantir la solidité et la sécurité de la base.
Le pont étant un point stratégique et incontournable pour les automobilistes se dirigeant vers la capitale, peu d’entre eux s’imaginent les travaux qui ont lieu en contrebas et les précautions qui sont prises pour la sécurité des ouvriers. De l’autoroute, on n’entrevoit que l’étendue du terrassement effectué en surface à plusieurs niveaux jusqu’à Pailles. Or, il ne s’agit là que d’une infi me partie des travaux. Des sentiers renforcés ont été aménagés pour que les matériaux puissent être acheminés sur le site de construction situé à différents niveaux, sur des pentes parfois dangereuses. Car l’une des diffi cultés majeures auxquelles doivent faire face les ingénieurs demeure la topographie pentue par endroits et les nombreux précipices.
S’appuyant sur les pilotis construits pour élargir l’autoroute en 1997 en direction du sud, les nouveaux pilotis, indiquent certaines sources bien informées, ressembleront à ceux de 1997, soit trois séries de deux pilotis de 1m20 de diamètre pouvant atteindre 50 m de haut.
Sous le pont, un espace sera gardé entre la structure originelle et celle construite vers la capitale en vue de prévenir toute fi ssure ou affaissement. Techniquement, tout a été prévu pour « any structural damage » et « l’expansion due à la hausse en température en été ».
Préserver ce site exceptionnel
Les deux pilotis principaux, en béton armé, ont déjà été coulés à hauteur de 10 mètres. En effet, ces travaux nécessitent que le béton soit coulé au fur et à mesure mais à ce stade, seule la fondation du abutment wall a été complétée. Cet abutment wall consiste en un mur de soutènement entre la route existante et le pont. Le deuxième mur est encore au stade initial, les ouvriers highly skilled venus tout droit de la Chine s’attelant encore à cette partie fondamentale de l’infrastructure. Au fi nal, un mur de soutènement en pierres sera érigé en vue de retenir cette troisième voie qui fera 3m50 de large et sera doté d’une emergency lane de 1m50, l’infrastructure faisant en tout 8m50 de largeur et 111m de longueur.
Malgré l’âpreté des travaux et des délais impartis, les précautions sont prises en vue de ne pas polluer la nature. Ainsi, soutient un haut cadre, un sentier a été conçu pour maintenir le tracé du cours d’eau. Aucun déchet ni béton n’est jeté en pleine nature. Ce ne sont que des restes de déchets domestiques que nous apercevons ici et là. La majorité des détritus a été emportée lors du nettoyage complet du site.
Si le pont Colville est un chantier, et qu’il faut être prudent avant de s’y aventurer, il est encore possible pour les riverains de circuler sous le pont. Les escaliers qui y étaient n’existent plus. Ils ont été remplacés et ont cédé la place à une couche de béton faisant offi ce de passage temporaire. Ce passage est clôturé et protégé de touts parts pour garantir la sécurité des usagers. A la fi n des travaux, des escaliers en béton seront construits. C’est de cet endroit, en dessous du pont actuel, qu’on a une vue imprenable.
Plusieurs rangées de pilotis assurant les assises du pont originel et de son premier développement de 1997 dominent le paysage et impressionnent par leur stature majestueuse. Malgré l’heure de la journée (environ midi) et un soleil timide, la lumière du jour pénètre à peine. Le paysage est glauque et peu reluisant surtout pour être emprunté lorsqu’on est seul. La végétation est tellement dense qu’on ne voit même pas le cours d’eau, un affl uent de la Grande Rivière Nord Ouest.
Les ouvriers s’attelant à leur tâche à l’autre bout semblent ne pas se soucier de l’atmosphère humide ni de ne notre présence. À demi-mot, quelqu’un nous explique qu’il leur faut s’activer pour rendre l’ouvrage dans les temps, soit en janvier 2013. Mais ce n’est que dans un an que les premiers véhicules pourront emprunter cette voie.
A chacun d’imaginer comment serait la circulation aujourd’hui, sans ce pont presque mythique des routes mauriciennes !