Devant « la dégradation sociale, économique, politique et institutionnelle », l’avocat José Moirt invite les Mauriciens « à se ressaisir et à réagir » à travers une mobilisation de la société civile. À cet effet, il invite les « Mauriciens indignés » à participer à une conférence publique, ce jeudi à 12 h, au centre social Marie Reine de la Paix, Port-Louis, dans le cadre du lancement d’une campagne qu’il a intitulée “Zot Tu Parey”.
« Les Mauriciens ont voté en décembre dernier pour un changement de gouvernement. Ils avaient l’espoir que les choses allaient changer, qu’il y aurait enfin du respect pour les institutions et les procédures. Après plus de six mois, ils se rendent à l’évidence : ils ont voté pour la même chose. Zot tu parey », dit Me José Moirt. « J’invite les Mauriciens indignés par cet état de choses à d’abord venir exprimer toute leur déception et ensemble décider de ce que nous, la société civile, pouvons faire devant cette dégradation sociale, économique, politique et institutionnelle de plus en plus insupportable ». Il avance que « des prétendus nettoyages » se font sans respect des procédures et aboutissent à des conflits entre les institutions. « Parallèlement, des sociétés privées sont démantelées puis remises dans le domaine public hors de toute procédure de justice, entraînant des arrêts de production et des pertes d’emplois, et la police intervient dans une affaire qui est déjà devant la Cour Suprême. La liste est déjà longue pour six mois », ne décolère-t-il pas. Il poursuit : « Le Premier ministre quitte le pays pour trois semaines sans que quiconque ne sache pourquoi. Son fils trouvé coupable a besoin de se trouver un avocat à Londres et les parlementaires prennent des vacances. Vacances au Parlement, vacances au sommet de l’État, et nous assistons au triste spectacle de ministres qui, encore une fois, se disputent sur des questions de représentations communales. Nous avons voté pour le changement, mais c’est du pareil au même. Parski zot tu parey ».
Notre interlocuteur s’interroge ainsi sur les options de la société civile. « La question est de savoir si nous allons, nous aussi, continuer à faire pareil. Allons-nous encore une fois attendre que les mêmes personnages recomposent de nouvelles alliances et ensuite attendre qu’ils nous proposent de nouvelles élections pour voter, encore une fois, les mêmes éléments qui continuent de mener le pays vers les mêmes endettements, de compromettre la situation de l’emploi et de l’environnement, de détruire le patrimoine, qui continuent de se montrer irresponsables sur la question de la toxicomanie et qui remettent aujourd’hui les drogués dans le circuit de la criminalité ? Si nous les laissons faire, c’est que nous sommes comme eux. Nu parey kuma zot ! »
Me José Moirt estime que l’attentisme ou l’indifférence ne sont plus une option. « Il y a des choses que nous devons faire plutôt que d’attendre. Nous ne pouvons pas tout attendre du personnel politique. Il y a plein de choses que la société civile doit faire par elle-même. Voyez par vous-même : ce sont les ONG qui font aujourd’hui tout ce que le gouvernement ne parvient pas à faire. Ce sont les volontaires qui se dévouent pour inventer de nouvelles formes de solidarité. La société civile peut faire bouger les choses. C’est essentiel parce que notre avenir et celui de nos enfants en dépendent. Les partis politiques traditionnels s’attendent à ce que nous continuions à rester pareils, que nous soyons tous de gentils moutons qui restent tranquillement dans le troupeau. C’est cela qui doit changer ». Lors de cette conférence publique, indique Me José Moirt, « nous aborderons ces questions et déterminerons ce que nous pouvons et devons faire ensemble ». Il précise : « Nous verrons comment structurer nos actions afin que le pays soit gouverné effectivement et efficacement. C’est quand nous n’exerçons aucun contrôle sur nos élus que les dérives s’accumulent. Les partis politiques sont restés pareils, mais, au niveau de la société civile, nous ne sommes pas pareils. Nous lancerons ensemble la campagne “Zot Tu Parey” ».