Des prêtres catholiques des basses Plaines-Wilhems se sont exprimés aujourd’hui sur la situation de « souffrance et d’insécurité » qui prévaut dans le pays. Ils avancent qu’en tant que citoyens et au nom de l’Évangile, ils ne peuvent rester tranquilles et être complices de la situation. Ils dénoncent la dégradation des institutions et « l’impunité » à l’égard de certaines personnes. Ils invitent les Mauriciens à signer une pétition pour dire leur désaccord avec cette situation et demandent aux dirigeants de rétablir la stabilité dans le pays.
Depuis plusieurs semaines, des prêtres de la région des basses Plaines-Wilhems ont commencé une réflexion sur la situation dans le pays. Cette démarche découle de leurs rencontres avec des Mauriciens – toutes confessions confondues – qui leur ont fait part de leurs inquiétudes, leurs souffrances et leur manque de confiance dans les institutions. « Nous ne pouvons rester tranquille et être complices, devant la dégradation de nos institutions. C’est pour cela que nous avons voulu dire haut et fort ce que grand nombre de Mauriciens pensent tout bas », explique le père Gérard Mongelard. Ce dernier précise qu’il n’est pas question pour les prêtres de s’ériger en donneurs de leçons. « Nous aimons tous notre pays et nous invitons les dirigeants à prendre des décisions courageuses pour y rétablir la stabilité. »
Deux événements en particulier ont poussé les prêtres concernés à commencer leur réflexion : le cas de pédophilie allégué au MITD et l’accident de Yatin Varma. « Dans l’affaire MITD, il est choquant de voir comment des professionnelles qui ont fait leur travail, se sont retrouvées au banc des accusés et ont été suspendues de leur travail. Si de telles choses se passent à Maurice en 2013, cela démontre qu’il n’y a pas de limite pour certains », ajoute le père Patrick Fabien.
Dans l’affaire Varma, le prêtre trouve inquiétant à quel point les témoins avaient peur de venir de l’avant. « Par la suite, on a entendu parler de complot. Cela veut-il dire qu’il faut détourner la justice lorsque des personnalités sont impliquées dans des problèmes ? », s’est-il demandé. Ce qui mène le père Mongelard à dire : « Est-ce que nous vivons dans un État de droit ou dans un état des protégés ? »
Pour le père Jean-Claude Véder, il est très grave que certaines personnes se considèrent au-dessus de la loi. « Maurice est en train de donner des signes d’impunité. Certains se permettent de faire et de dire des choses sans être sanctionnés. » Dans notre société fragile, a-t-il ajouté, il n’y a aura pas de paix s’il n’y a pas de justice. « Le communautarisme se fait aujourd’hui ouvertement. Les gens n’ont pas honte d’afficher leur communautarisme. Les événements que nous vivons ressemblent souvent à des rapports de force entre communautés. »
Jean-Claude Véder s’est aussi questionné sur l’indépendance de la justice et s’est demandé si nous verrons un jour, un ministre démissionner de son propre gré pour laisser la justice faire son travail. Tout en dénonçant la culture du « pouvwar dan nou lame », il précise que cette démarche ne vise pas à attaquer qui que ce soit. « Nous voulons faire part du sentiment d’insécurité. » S’il y a des personnes qui se sentent offensées par ces paroles, a-t-il ajouté c’est qu’elles « ne sont pas prêtes à entendre la vérité ».
Jean-Claude Véder s’est aussi demandé quelle image les politiciens sont en train de donner aux jeunes. « Quelle génération de politiciens préparons-nous ? » Par ailleurs, il a tenu à saluer « l’audace » du ministre des Technologies de l’Information et de la Communication Tassarajen Pillay Chedumbrum qui a affirmé que « chacun doit assumer ses responsabilités », en faisant référence à l’affaire Varma. Il a souhaité que d’autres aient la même « audace ».
Clarifiant leur prise de position, Jean-Claude Véder devait ajouter que « les prêtres ont une liberté de parole que d’autres non pas. Ils ont peur des représailles ». Pour le père Eddy Coosnapen, cette démarche vise aussi à « libérer la parole ». Les prêtres, a-t-il dit, ont la possibilité d’exprimer ce que la majorité de Mauriciens pensent.
Le père Alex Macca devait lui faire remarquer que les prêtres représentent souvent l’autorité morale. « On ne peut venir nous dire que nous faisons un trial lorsque nous parlons pour le redressement moral. »
Pour le père Gérard Sullivan, même si cette démarche peut représenter une goutte d’eau dans l’océan pour certains, « au moins elle est importante pour notre conscience ».
Pour aller plus loin, les prêtres feront circuler une pétition à tous les Mauriciens, les invitant à dire non au laisser-aller, non à l’impunité et au rétablissement de la stabilité dans le pays. Celle-ci sera par la suite envoyée aux autorités concernées. La pétition sera disponible dès ce week-end dans les paroisses ainsi que le site www.dioceseportlouis.org et la page facebook du père Jean-Claude Véder.
Les prêtres ont par ailleurs condamné l’attaque d’Anil Bachoo à l’égard des journalistes. Le père Mongelard trouve un tel comportement « inacceptable », alors que le père Véder estime qu’il a « manqué de respect aux malades mentaux ».