Le Pr Dhanjay Jhurry et le Dr Archana Bhaw-Luximon ont obtenu, au début du mois, un brevet sud-africain pour une invention découlant de recherches scientifiques effectuées au Centre for Excellence for Biomedical and Biomaterials Research (CBBR) de Réduit.
« Une des thématiques de recherche du CBBR porte sur l’élaboration de transporteurs de médicaments insolubles en milieu aqueux, et donc difficiles à administrer. Il s’agit plus précisément de mettre au point des systèmes polymériques qui s’auto-assemblent dans l’eau pour former des micelles de taille nanométrique. Ce domaine de reformulation des médicaments à l’échelle nano est une révolution à l’heure actuelle puisque les systèmes qui en résultent sont bien plus efficaces que ceux existants à l’échelle du micron », explique Dhanjay Jhurry, chef du CBBR.
« L’invention en question concerne une méthode de synthèse de ces copolymères amphiphiles à partir de la saccharose. La particularité de cette invention est qu’il s’agit de la première fois qu’un tel assemblage est réalisé », a-t-il expliqué. « Dans l’eau, ce copolymère s’organise en une micelle avec un coeur hydrophobe, qui est un polymère biodégradable, et une couche externe, qui est un polymère de saccharose. Ce produit peut trouver des applications dans le domaine pharmaceutique pour l’encapsulation de médicaments, qui peuvent ensuite être libérés de façon contrôlée », a-t-il poursuivi.
Du fait de l’absence de cabinet à Maurice pour la rédaction de ce type de brevet, les inventeurs – le Dr Archana Bhaw-Luximon et le Pr Jhurry – ont eu recours à un cabinet basé en Afrique du Sud, en l’occurrence Adams and Adams Attorneys. Après une demande provisoire faite en février 2012, les deux inventeurs ont finalement reçu l’aval de l’Université de Maurice pour aller de l’avant avec un dépôt final de demande de brevet en février 2013. Une réponse positive leur a été délivrée le 6 septembre dernier, l’octroi du brevet prenant effet à partir du 30 octobre 2013.
« C’est une expérience très riche que nous avons vécue en faisant des pieds et des mains pour déposer ce brevet. Ce premier pas facilitera énormément les choses à l’avenir. C’est avec plaisir que nous partagerons cette expérience avec d’autres », notent-ils au passage. Plusieurs thèses de doctorat sont actuellement en cours au CBBR dans le domaine de la « drug delivery » et des nanomicelles, sous la supervision du Dr Bhaw-Luximon et du Pr Jhurry. Outre ce brevet, une grande première à Maurice, plusieurs publications récentes font état des travaux en cours dans des journaux prestigieux, notamment pour l’encapsulation des médicaments comme les anti-inflammatoires, antituberculeux et anticancéreux. Le Pr Jhurry participe cette semaine a une conférence internationale au SSR Medical College et parlera de l’état de la recherche concernant les « anti-cancer nanodrugs ».
Les deux chercheurs regrettent toutefois de n’avoir pas pu déposer un brevet PCT, autrement dit une demande internationale, et de ne s’être limité qu’à l’Afrique du Sud. Raison invoquée : le financement limité que l’UoM pouvait leur accorder pour ce dépôt. Une couverture internationale coûte en effet environ 70 000 Rands alors que le dépôt en Afrique du Sud ne leur a coûté « que » 15 000 Rands.
Dans le but de favoriser la protection intellectuelle et le dépôt de brevets, indicateur aussi de l’innovation dans un pays, le Pr Jhurry souhaite qu’un
« Patent Fund » soit proposée dans le prochain budget. Ce qui, pense-t-il, est une condition sine qua non pour entrer de plain-pied dans la knowledge economy. D’autant plus lorsqu’il s’agit de protéger l’indigenous knowledge et know-how, et les ressources du pays.