Shoobanand Aleear, conseiller du village de Mon-Goût, ne veut pas que les habitants de sa localité revivent une nouvelle fois ce 26 mars 2008, où toute l’île Maurice avait été choquée d’apprendre le décès de Laura Paul, âgée alors de huit ans. Cette fillette, qui était en Form I au collège Merton de Pamplemousses, rentrait chez elle quand, arrivée à proximité de sa maison, elle avait été emportée par les flots de la rivière Citron à la suite des averses qui s’étaient abattues sur l’île ce jour-là.

Les déchets obstruant les drains étaient la principale cause de ce drame. Quelque temps après, des travaux d’envergure au coût de Rs 5,2 millions avaient été effectués par le ministère des Infrastructures publiques et la National Development Unit pour protéger les habitants contre les inondations.Le Mauricien s’est rendu sur place pour un constat. Selon le conseiller Shoobanand Aleear, dix ans après, ce pont représente toujours un danger pour les habitants. Car faute d’un suivi régulier et l’entretien des cours d’eau, une partie du mur de soutènement qui avait été construit le long des berges de la rivière a été détruite par les inondations en janvier dernier. « Nous ne sommes toujours pas à l’abri du danger. Sitiasyon fin~ retourn parey. Nou senti nou pli expoze ki avan. Si rien n’est fait pour réparer le pont de la rivière Citron, il finira par céder », prévient le conseiller Aleear. Ce dernier demande aux autorités de venir sur place pour un constat et trouver des solutions au plus vite.

Omduth Ramphul, 64 ans, habite à quelques mètres du lieu où le drame avait eu lieu. Il raconte : « Ti ena gran bouleversman dan vilaz sa zour-la. Pa ti kapav fer naryen pou sov lavi sa zanfan-la. Lotorite pa tir leson du pase. Zot pe atann enn lot dram lerla ou pou trouve depite, minis galoupe pou vini pou dir sympati », ironise le sexagénaire. Il dit avoir déjà approché un député de la circonscription pour attirer son attention sur le danger que représente cette rivière. « Il m’a dit qu’il n’y avait pas d’argent pour refaire les travaux. Il faut attendre. »

Le village, se rappelle-t-il, n’a pas été épargné par les inondations en mai de l’année dernière. Comme dans d’autres régions, les habitants de sa localité avaient passé toute la journée à évacuer l’eau de leurs maisons. « C’était la grosse frayeur. Nous avons vécu des moments très difficiles et pénibles. »

L’habitant de Mon-Goût ne passe pas par quatre chemins pour dire que ce sont les contractuels qui entreprennent des travaux qui sont à blâmer dans certains cas. Car il n’y a aucun suivi. « Les autorités auraient dû mettre en place une structure pour suivre l’évolution des travaux à travers l’île. Une fois que les gros travaux d’infrastructures sont complétés et qu’ils ont empoché de l’argent, il n’y a aucun suivi. Ce sont les habitants qui font les frais de leur négligence après. »

Omduth Ramduth regrette que le coin de détente qui avait été aménagé au même moment où le pont était construit soit tombé en ruine. « La route principale avait été embellie. Un coin de détente avait été aménagé avec des bancs et des lampadaires. On n’y trouve que de vieux morceaux de tôle et de bois, entassés dans un coin abandonné. Bien triste ! »
Sita Callur, mère de famille, est sur la même longueur d’onde que son voisin Omduth. « Le pont de la rivière Citron est le passage obligé des habitants de la localité. Pon-la pe sede. Bann otorite bizin asum zot responsabilite e pran sa tre o serie », insiste-t-elle.

Pour rappel, après le décès de la petite Laura, un Fact-finding Commitee avait été institué sous la présidence du juge Bushan Domah. Dans son rapport, il avait recommandé des structures solides pour éviter un désastre similaire.