Le drame de samedi est une conséquence directe d’un système de drains inadapté, du développement sauvage et surtout d’un manque de vision des autorités. C’est ce que nous ont fait comprendre les architectes urbanistes et les ingénieurs que nous avons interrogés. Pour certains des experts, les autorités ont négligé les avertissements et les signes avant-coureurs.
Il n’y a pas que la nature ou encore le réchauffement climatique. Les événements survenus samedi sont dus à plusieurs facteurs, dont certains directement liés à l’activité humaine et à la mauvaise gestion. Comme plusieurs autres experts en ce moment, un ingénieur contacté par Scope pointe du doigt les récents travaux entrepris sur l’autoroute à hauteur de Montebello. “Nous avions recommandé au gouvernement de ne pas mettre du béton tout au long de l’autoroute de Montebello à Port-Louis mais de laisser quelques espaces chaque 500 mètres de sorte à ce que les services d’urgence puissent intervenir plus facilement lors d’accidents. On ne nous a pas écoutés. À cause du béton des deux côtés, l’autoroute est devenue comme un canal qui fait converger toute cette eau vers Port-Louis avec les conséquences que l’on connaît”, soutient-il.
Pour un architecte urbaniste, ces dégâts auraient pu être de moindre importance si on n’avait pas obstrué les drains qui sont eux-mêmes singulièrement petits. “Sur le Ruisseau du Pouce, on a bloqué les drains aussi bien à gauche qu’à droite. Sur l’autoroute vers Port-Louis, les drains font à peine 30 centimètres de large et ça se bloque au niveau du rond-point du Caudan. Les drains de Port-Louis ont été bouchés par les particuliers mais aussi par la Mairie. Dans le cas du parking du Harbour Front, celui-ci aurait dû avoir un système d’évacuation, des pompes pour empêcher l’eau de s’y accumuler.”
De son côté, Vassen Kauppaymuthoo explique que la situation morphologique et structurelle de la région de Port-Louis a largement contribué aux inondations. “Il y a eu une pluie torrentielle de plus de 150 mm en quelques heures dans une ville entourée de montagnes, comblée sur la mer avec une altitude très faible. Pour rappel, la mer se situait près du Champ de Mars quand l’île a été découverte. Le système de drains est désormais non adapté à une ville qui a plus que triplé de taille depuis que les canaux ont été construits il y a plus de 250 ans par Mahé de La Bourdonnais. Ce système de drains n’a pas été entretenu, sans compter qu’il y a eu des constructions sauvages et mal planifiées, des obstructions, et de nombreuses zones où le béton a remplacé les espaces verts, réduisant du même coup drastiquement la capacité d’absorption déjà limitée avec une gestion du territoire erratique”, soutient cet ingénieur en environnement.
Un ingénieur civil abonde dans le même sens. “Maurice est petite et comporte des habitations sur les flancs de montagne. Quand il pleut continuellement, les risques d’inondations sont bel et bien là. Il y a la Rivers and Canals Act qui dit qu’aucune construction ne doit être entreprise à 30 mètres des deux bords d’une rivière. Or, cela n’est pas respecté.”
Négligence
Les autorités, relève Vassen Kauppaymuthoo, n’ont pas tenu compte des mises en garde de Dame nature. “Malgré les nombreux avertissements que j’ai lancés à différentes reprises, les autorités ont négligé les différents signes avant-coureurs. Les spectaculaires inondations du 13 février dernier, qui miraculeusement n’avaient fait aucune victime, auraient dû faire réagir.”