La pluviométrie excessive et les fortes marées avaient été avancées comme cause certaine par une enquête de l’Infrastructure Publique
Les événements du mercredi 13 février en termes d’accumulation d’eau sur la Nationale, du Ruisseau du Pouce jusqu’au front de mer en englobant une partie de l’avenue John Kennedy entre la Rogers House et le Paille-en-Queue Court, fait aussi exceptionnel qu’inhabituel, qui a eu des répercussions en cascade sur le flux du trafic routier expliqueraient en partie la psychose qui s’était emparée du pays, allant jusqu’à pousser les autorités à aller à l’extrême de décréter un closing down des activités pour la journée ne demeurera pas sans explication.
Selon un quotidien du matin, les autorités gouvernementales — des officiers du ministère des Infrastructures publiques — se sont attelés à la tâche de découvrir quelles sont les raisons qui ont entraîné cette brutale montée des eaux à la Place d’Armes, qui a paralysé un pays tout entier au point d’engendrer un manque à gagner de Rs 300 millions.
Ces enquêteurs, autoproclamés, qui n’ont à ce stade rendu aucun rapport public et qui ont trouvé une plume généreuse pour retransmettre leurs conclusions dédouanent comme par hasard le ministère des Infrastructure publiques d’Anil Baichoo, et le contracteur qui a la charge d’élargir la route au niveau du Ruisseau du Pouce. Leur conclusion est radicale : ce n’est certainement pas la construction de la troisième voie et l’obstruction du Ruisseau du Pouce à l’arrière de Rogers qui sont la cause, ce sont les grandes marées de ce jour-là qui ont créé les débordements. Pour soutenir leurs dires, ils vont même jusqu’à affirmer que la veille au soir les petits drains élaborés pour laisser passer l’eau avaient été nettoyés par la General Construction. Week-End aurait donc eu tort d’émettre l’hypothèse que ce sont les travaux de construction le long de l’autoroute qui sont à la base du psychodrame qu’a connu le pays ce fameux mercredi.
Aucune utilité face à la furie des eaux
Pour rappel, Week-end avait écrit dan son édition du 17 février, photos à l’appui : « En effet, pour faciliter les travaux de l’élargissement du pont enjambant le Ruisseau du Pouce, les contracteurs ont mis à exécution la « lumineuse idée » de combler le lit de ce ruisseau, qui charrie l’eau de la montagne du Pouce jusqu’à la mer depuis l’aménagement de Port-Louis avec l’arrivée des colons français. Les responsables de chantier ont pris le soin de ne faire installer que quatre faibles conduits en béton pour faire évacuer l’eau après avoir bloqué tout le passage avec des monticules de gravats et de terre. En temps normal, aucun problème ne serait survenu, vu que le débit d’eau n’est nullement conséquent, surtout à la sortie d’une période de longue sécheresse. Néanmoins, ce qui devait arriver arriva dans la nuit de mardi à mercredi avec l’arrivée des premières pluies diluviennes. Les quatre passages temporaires installés sous le pont ne furent d’aucune utilité face à la furie des eaux pendant la nuit. Dans un premier temps, le niveau d’eau dans le ruisseau s’est mis à monter en inondant les environs avant de déborder sur le tablier de l’autoroute pour descendre rapidement en direction du front de mer en raison de la topographie. L’eau ainsi bloquée devait également être refoulée sur son cours pour transformer l’avenue John Kennedy en véritable rivière temporaire. »
Dans son édition suivante toujours, photos à l’appui toujours, Week-End avait même démontré que les détritus qui avaient été bloqués en amont du pont constitué par l’autoroute et visible de la cour intérieure de Rogers House se retrouvaient au niveau de la chaussée de la M1, ce qui confirme que c’est à ce niveau que l’eau a débordé sur la route avant de se diriger vers la Place d’Armes.
Week-End réitère avec force la seule explication plausible à ce jour. Ce sont bien les obstructions au Ruisseau du Pouce au niveau de l’autoroute qui sont la cause directe des débordements d’eau exceptionnels notés dans les environs du Caudan. Ni la pluviométrie ni les marées en sont responsables. Explications obtenus auprès d’experts qui préfèrent à ce stade garder le mutisme.
Une forte et intense pluviométrie à Port-Louis mais loin des records
S’il a beaucoup plu en ce 13 février sur toute l’île et qu’on a enregistré les pluies diluviennes dans plusieurs localités, Sans Souci (205 mm), Grande Providence (190 mm), Arnaud (156 mm), Plaisance (159mm) et Pamplemousses (113mm), il n’en demeure pas moins vrai qu’à Port-Louis il n’était tombé que 73,4mm, ce qui est important à cette période de l’année. Mais cette pluviométrie intense, car il a surtout beaucoup plu en peu de temps, n’a aucune comparaison avec les records enregistrés en 1987avec des précipitations de 195mm (17 janvier) et 210mm (13 février) et 1989 avec 200mm (28 janvier). Et pourtant, à cette époque, il n’y avait pas eu d’inondation à la Place D’Armes susceptibles de mettre tout un pays en mode stop. L’eau descendant des montagnes formant le bassin de Port-Louis est allée directement à la mer. Cette fois, c’est le manque de place pour l’évacuation qui en est la cause.
Et la marée a-t-elle pu stopper cette furie d’eau venue des montagnes ? Peu probable, selon un spécialiste qui explique que la marée est une explication peu plausible puisqu’une montée des eaux aurait envahi partout et l’autre ruisseau qui termine sa course dans le port au niveau du Caudan, le Ruisseau xxxx aurait aussi débordé au niveau des Salines, ce qui n’a pas été le cas. Cette constatation physique est démontrée de manière empirique par les chiffres.
Il est vrai, et cela est indiscutable, que les coefficients de marée étaient très importants le 13 février dernier vu que nous étions seulement trois jours après la nouvelle lune. Les tables des marées viennent cependant détruire de manière radicale l’explication des enquêteurs du ministère des Infrastructures publiques. Pour le 13 février, elles s’établissent comme suit : marées hautes 2h55 et 14h58 et marées basses à 9h04 et 21h18.
Marée basse à 9h04 : l’inondation aurait dû avoir diminué
Ce qui fait qu’à l’heure des intempéries qui ont inondé Port-Louis, la mer était à marée basse, c’est-à-dire à son niveau le plus bas. En effet, le coefficient de marée étant très élevé, cela veut dire que le niveau de la mer était plus bas que le niveau habituel à 9h04, alors que l’eau avait déjà commencé a s’accumuler sur le port. Au lieu d’être ralentie par une marée montante, l’eau du Ruisseau du Pouce, comme l’ont été les autres canaux de Port-Louis, auraient dû descendre encore plus rapidement vers la mer.
Ainsi, l’explication des fortes marées avancées ne tient pas la route et il appartient à l’État de diligenter des experts, sans agenda de protection de tel ministère ou encore intérêt privé, pour trouver les vraies raisons de la catastrophe. Comme un simple accident sur l’autoroute, la moindre intempérie ne peut influencer de façon radicale la machine productive du pays. Il faut donc se prémunir contre de tels accidents de parcours.
Pour l’heure, et sans aucune autre explication plausible, le facteur principal qui a causé les inondations à Port-Louis était lié à l’obstruction du passage naturel de l’eau par les travaux qui sont toujours effectués pour la troisième voie. En effet, ces canaux avaient été dimensionnés et construites à l’époque de Mahé de Labourdonnais pour pouvoir évacuer l’eau de ruissellement de Port-Louis. Le fait de réduire la section avec des gravats et des rochers pour des travaux a automatiquement fait monter le niveau de l’eau en amont, et ainsi fait déborder l’eau vers les zones les plus basses. Ces inondations sont aussi la conséquence directe d’un manque d’entretien des canalisations, du bétonnage et de l’asphaltage massifs de grandes portions de la capitale.