L’enquête judiciaire présidée par la magistrate Ida Dookhy-Ramburrun, pour faire la lumière sur les inondations meurtrières du 30 mars 2013, s’est poursuivie avec le témoignage de Georges Lewis Easton. Cet archiviste est revenu sur les inondations des années précédentes et sur leurs causes.
La séance d’aujourd’hui a été marquée par le témoignage de l’historien et archiviste Georges Lewis Easton, qui avait été approché par le Directeur des poursuites publiques afin de porter un éclairage sur les circonstances ayant mené à des risques d’inondations dans la capitale. M. Easton a puisé dans des textes historiques d’écrivains, à l’instar d’Auguste Toussaint, afin d’aboutir à un rapport détaillé sur les inondations ayant précédemment affecté l’île et les causes de ces montées drastiques d’eau. L’historien a évoqué les débuts de la colonisation française dans l’île lorsque le Jardin de la Compagnie et les ruisseaux du Pouce avaient été construits. Il en découle que le Jardin de la Compagnie était à l’époque un terrain marécageux impraticable et que la communication entre les différentes régions de la capitale était difficile. Le 1er juillet 1979, la construction de la rue La chaussée, reliant la Government House au Ward 4, avait commencé, selon le rapport Tromelin, qui proposait de concentrer les eaux émanant des ruisseaux du Pouce derrière l’actuelle rue La Poudrière pour qu’il puisse se répandre vers les rivages aux côtes des Salines. Un rapport datant de cette époque avait interdit formellement de construire des bâtiments près du Jardin de la Compagnie jusqu’au Champ de Mars, afin d’éviter des risques d’inondations. M. Easton explique : « On a fait des choses “contre nature” et on n’a pas observé cette notion d’équilibre nature-urbanisation. Si vous construisez de droite à gauche, vous obstruerez le passage naturel. »
Le témoin est ensuite revenu sur les inondations précédentes ayant ravagé la capitale. « La première inondation significative date de 1834 et avait fait une victime, une certaine Maurel, qui avait péri suite à un débordement du ruisseau du Pouce associé au passage d’un fort cyclone », soutient-il. L’inondation meurtrière ayant fait le plus de victimes est celle du 12 février 1865, où pas moins de 30 personnes ont péri. « La pluie est tombée pendant deux jours et c’est transformé en déluge, Du jamais vu alors depuis 30 ans. L’eau descendait à hauteur de Tranquebar jusqu’au ruisseau du Pouce. Ne trouvant aucune issue suffisante, l’eau s’est alors répandue avec violence dans les maisons bordant les ruisseaux et dans les magasins de la rue La chaussée. L’eau, dans les demeures, s’est élevée à une hauteur de 5 pieds. La violence de la montée des eaux avait broyé tout sur son passage, même des murs. La Place d’Armes et les quais étaient obstrués par des objets de toute sorte, emportés par les eaux », indique-t-il.
« Des inondations, en 1896, tout aussi ravageuses, avait transformé la rue La poudrière en rivière et emportait des animaux, des arbres et des meubles. Les habitants étaient contraints à abandonner leur demeure pour chercher refuge à la municipalité ou à la police. Les ponts du ruisseau du Pouce avaient été emportés et les rues Desroches et Traverses avaient été défoncées à cause de la pluie », ajoute-t-il.
Questionné par Me rajesh Unnuth sur les risques d’inondations à venir à Port-Louis, M. Easton devait soutenir que la capitale est toujours en danger. « Port-Louis est comme une cuvette. Et si on obstrue le passage naturel, cela constituera un danger pour ses habitants. » Demandant au témoin si les risques d’inondations sont toujours imminents et capables d’exister dans le futur, le témoin a répondu par l’affirmative.