La mort inopinée de onze de nos concitoyens suite aux averses torrentielles de samedi dernier, qui provoquèrent des inondations surtout à Port-Louis, nous a laissés tout pantois et attristés. J’éviterai ces formules creuses, comme l’île Maurice pleure ses morts ou Port-Louis panse ses plaies, qui ne veulent rien dire ou pas grand’chose dans les circonstances qui ont provoqué la mort, tragique et certainement horrible, de tant de nos compatriotes. De mémoire d’homme, aucun cataclysme à Maurice n’a fait autant de victimes en si peu de temps. A toutes les familles endeuillées je voudrais tout simplement et très sincèrement leur réitérer mes sympathies.
Je ne dirais pas, comme l’ont fait allègrement certains, que seul le changement climatique est responsable du drame que notre pays a vécu en cette journée fatidique du 30 mars. Car c’est faux. Ni comme ces illuminés qui dans leur crédulité ou naïveté, l’attribuent à la colère des dieux devant l’accumulation de péchés dans une société à morale relâchée – la nôtre – où sévit, depuis quelques années, une épidémie de corruption, de débauche et de libertinage. C’est également faux.
Je pencherai plutôt, comme le font d’autres, en faveur de l’explication plausible, car logique et rationnelle, à l’effet que ce serait la combinaison ou la rencontre entre la furie de dame nature et l’inconscience, l’irresponsabilité, l’incompétence et la bêtise de l’Homme qui a provoqué ces pertes de vies humaines au centre-ville ainsi que des dégâts matériels inestimables dans plusieurs autres régions de Port-Louis, notamment à GRNW, Pailles, Tranquebar et Vallée Pitot. La douleur est profonde, la colère palpable et la misère ou l’indigence soudaine intenable malgré l’expression de sympathie et la générosité spontanée et la solidarité agissante des Mauriciens des quatre coins du pays – ce peuple vraiment admirable.
Graduellement, le train-train de la vie quotidienne s’installera et bientôt tout sera oublié ou presque. Seuls les proches des victimes qui ont péri dans les inondations continueront à pleurer leurs disparus. Le développement auquel on nous a habitué va, lui, continuer à un rythme accéléré – ce développement sauvage qui ne respecte ni l’environnement, ni les normes de sécurité et qui ne se soucie guère de l’adaptation de l’habitat aux besoins des hommes. On continuera donc à construire, à fouiller, à creuser, à bétonner, à boucher comme on l’a fait jusqu’ici, faisant abstraction des événements du 30 mars. Puis viendront d’autres averses et on évoquera de nouveau le changement climatique, qui aura toujours bon dos, on parlera de milliards de roupies qu’on aura entretemps déversé dans des canaux ou caniveaux qui s’avéreront trop étroits car construits en passant outre les spécifications convenues. Personne n’aura, bien sûr, rien vu, rien entendu et rien dit. On évoquera ensuite, entre deux larmes de crocodile et trémolos dans la voix, la panacée singapourienne qui est censée résoudre tous nos problèmes.
Point n’est besoin de recourir à l’expertise d’autres pays pour trouver des solutions aux problèmes liés aux intempéries chez nous. Les rapports d’experts ainsi que les recommandations de la commission d’enquête présidée par le Juge Bushan Domah, suite à des inondations que le pays a connues dans un passé assez récent nous les ont déjà proposées. Ils ont révélé l’absence de radar et le manque de personnel formé pouvant permettre à notre station météorologique de prévoir et les pluies torrentielles et les inondations afin d’en avertir la population à temps pour lui permettre de prendre les précautions nécessaires. Ils ont aussi clairement démontré les failles de notre système de décharge des eaux pluviales notamment à Port-Louis. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts mais rien n’a été fait qui aurait pu nous éviter ces morts inutiles. La population est en droit de savoir pourquoi. Pourquoi aucune de ses recommandations n’a été mise en pratique depuis cinq ans que le rapport Domah a été déposé ? Qui est responsable ? Qui est coupable ?
Pour éviter que ne se renouvelle la tragédie dont nous avons été les témoins samedi dernier, nous nous attendons à ce que les autorités concernées fassent maintenant diligence pour la mise en oeuvre des recommandations, toutes les recommandations, du juge Domah dans son rapport de mars 2008. On nous a répété à satiété qu’il ne fallait pas faire de ces inondations une affaire politique. Il est bien plus important pour le gouvernement du jour et celui de demain de placer au dessus de la politique partisane toutes les questions ayant trait au changement climatique et aux risques naturels auxquels nous sommes exposés. Pour ce faire, les autorités locales doivent pouvoir apporter leur contribution en termes d’actions concrètes. Dans l’immédiat, les ministères concernés doivent impliquer pleinement la Municipalité de Port-Louis et lui donner les moyens nécessaires pour être effective et efficace au lieu de l’entraver dans ses actions comme c’est souvent le cas aujourd’hui. Seules des actions concertées gouvernement/administration régionale nous rendraient moins vulnérables aux risques naturels.
Je terminerai en demandant à chaque citoyen d’être dorénavant plus conscient de ses actes d’incivisme qui pourraient aggraver les risques naturels et contribuer notamment à provoquer des inondations.